‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 52 sur 79 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Et ce qu'impunément un autre auroit pu prendre,

Vous pouvez me le refuser!

Que sert tant de respect, tant de délicatesse?

Un peu de force, un peu d'adresse, M'auroit fait obtenir, sans vous importuner, Ce que vous aymez mieux pardonner que donner.

Rien ne dure si peu que le temps des plaisirs, La grâce, l'enjouement, la beauté, la jeunesse : On a bien-tost perdu ce qui fait la tendresse;

Il ne reste que les désirs, Et cependant, au lieu d'en tirer quelque usage, L'on passe tristement son aage, Ne voulant pas ce que l'on peut, Ne pouvant plus ce que l'on veut.

Si nous voulions tous deux nous desacoutumer, Vous des poursuites de Melinte, Et moy des caresses d'Aminte, Nous pourrions, je crois, nous aymer ; Mais doit-on, dans l'incertitude, Quiter une douce habitude Sans sçavoir quels succès auroient de nouveaux feux Si l'amour, belle Iris, pour moy vous sollicite, Vous n'aurez, pour avoir mes vœux, Qu'à me rendre ce que je quite.

Si je néglige vos apas,

On me fait la mesme injustice;

L'amour me fait aymer où l'on ne m'ayme pas : Il faut s'en prendre à son caprice.

D'un réciproque amour je connois bien le prix;

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