LIVRE QUATRIEME
Je sçay, belle Philis, quel mérite est le vostre Mais j'ayme les froideurs d'Iris Plus que les caresses d'une autre.
Si jamais je cesse d'aimer,
Je meure si je me r'engage !
De trop de passions on se sent consumer, Et de trop de malheurs on éprouve l'outrage : Ou la belle, de peur d'allarmer son jaloux, Ne vous voit que fort peu, manque cent rendé-vous, Ou de quelque importun elle est toujours suivie. Exempt de ces chagrins, n'est-on pas bien-heureux? Mais, helas! c'est d'Iris que je suis amoureux :
Ha! j'en ay pour toute ma vie.
Toute indifférente qu'elle est, Cette fîere beauté me plaist; Toujours mon ame en est ravie.
Je l'aime avec sa cruauté Plus que Philis, plus que Sylvie, Avecque leur facilité.
Un baiser bien souvent se donne à l'avanture, Et n'a de prix qu'autant qu'il dure ; Mais ce n'est pas en bien user :
Il faut que le désir et l'espoir l'assaisonne, Et, pour moy, je veux qu'un baiser Me promette plus qu'il ne donne.