‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 73 sur 79 · LIVRE SIXIEME III · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME III

Que mon destin est rigoureux!

Iris, l'aimable Iris a perdu la lumière.

Douce, obligeante, quoy que fiere, Prés d'elle je trouvois tout ce qui rend heureux

Dans les avantures fâcheuses, Les égards et les soins d'une tendre amitié ;

Parmi les peines amoureuses,

Tout le support de la pitié. Appuyé d'un secours si seur et si fidelle, De tous ses déplaisirs mon cœur venoit à bout;

Iris me consoloit de tout,

Et rien ne me console d'elle.

Ma jeune Iris n'est plus, le Ciel me i'a ravie Ce cher objet de mes amours, Ce que je voyois tous les jours,

Je ne le verray de ma vie.

Elle occupoit tous mes désirs;

Je n'avois point d'autres plaisirs; Tous mes soins se bornoient à servir cette belle. Que feray-je, grands Dieux? que dois-je devenir' Helas! n'auray-je plus de commerce avec elle

Que par un triste souvenir?

APPENDICE

Tirés du Recueil des plus beaux Vers qui ont esté mis en chant (Paris, Sercy, 1661, et Luynes, 1680. 2 vol. in-8°).

Je vous dis toujours : Aimez-moy; Philis, vous sçavez bien pourquoi :

C'est que le plaisir est extrême, D'estre aimé quand on aime.

Lorsque vous aurez de l'amour, Vous nous direz à vostre tour :

Ha! que le plaisir est extrême

D'estre aimé quand on aime!

Lorsqu'amour, par ses traits vainqueurs,

APPENDICE

Se rend le maistre de nos cœurs, Ha! que le plaisir est extrême

D'estre aimé quand on aime !

J'aime bien quand je suis aimé; Mais je ne puis estre enflammé Des belles qui sont inhumaines; Je ne subis jamais de loy Et ne souffre jamais de peines Qu'autant qu'on en souffre pour moy.

Aussi toutes sortes d'objets

Ne peuvent estre des sujets

Pour forcer mon cœur à se rendre;

Et, si l'on veut me posséder,

Il faut des charmes pour me prendre

Et des faveurs pour me garder.

Ouy, c'est pour vous, cruelle, que j'expire, Et cependant vous riez du martyre

APPENDICE

Que je ressens de l'ardeur de vos coups; Si je prétends quelque part à vostre ame, Vous repondez, en riant de ma flamme : Oûy! c'est pour vous!

Petites fleurs qui ne faites qu'éclore, Dont l'éclat est plus beau que celuy de nos lys,

Quittez, quittez le sein de Flore Pour aller rendre hommage à celuy de Philis.

Allez trouver ce miracle des belles, Et dites librement aux Grâces d'alentour

Que ses beautez sont immortelles, Et que la vostre au plus ne peut durer qu'un joui- Devant ses yeux évitez de paraistre, De crainte des tourments que l'on peut encourir

C'est un soleil qui vous fait naistre, Mais Philis en a deux qui vous feroient mourir.

8 APPENDICE

Tu demandes, Tirsis, si je plains ton martire, Ou si pour toy je n'ay que du mépris; Helas! helas! on m'a souvent appris

Que quand on aimeroit, il ne faut pas le dire.

Quand tu dis que ton cœur en mes chaisnes expire. Qu'autre que moy ne l'auroit sceu lier, Helas! helas! que ne puis-je oublier

Que quand on aimeroit, il ne faut pas le dire!

Triste, mélancolique et sombre, Tirsis au fond d'un bois se reposoit à l'ombre, Espérant à son mal donner soulagement, Et disoit en pleurant : « Ah ! cruelle Sylvie, Si tu ne finis mon tourment, Je vay bientost finir ma vie! »

Tirsis, ne dis plus que ton ma N'en trouvera jamais d'égal;

APPENDICE

Mon cœur t'assure du contraire.

Nous courons un mesme danger; Tes jeux n'ont sceu que trop vanger Le mal que mes yeux t'ont sceu faire.

Si tu te plais en ta langueur, Mon mal, si doux en sa rigueur, Me perd à force de me plaire.

Nous courons un mesme danger; Tes yeux n'ont sceu que trop vanger Le mal que mes yeux t'ont sceu faire.

Je n'aime point la tourterelle, J'aime bien le moyneau ; Jamais il ne plaint ni ne querelle, J'aime bien le moyneau, C'est un gentil oyseau :

Aux bois, aux champs, sur le toit, dans la cour, Il baise sa femelle

Et luy fait l'amour Mille fois en un jour.

Il est gay dans ses amourettes,

) APPENDICE

Il court, il vole, il vient, ^ Il luy conte cent mille sornettes, Il court, il vole, il vient, La suit et l'entretien :

Aux bois, aux champs, sur le toit, dans la cour, Il baise sa femelle

Et luy fait l'amour Mille fois en un jour.

Évitons les tromperies De ces volages bergers; Courons des jardins aux vergers, Des vallons aux bois, et des bois aux prairies. Fuyons ces filous, Et gardons bien nos bergeries D'amour et des loups.

Fy de leurs galanteries, Nargue de leurs vains caquets, Ce sont des trompeurs, des coquets.

Sautons et dansons sur les plaines fleuries

APPENDICE

Fuyons ces filous, Et gardons bien nos bergeries D'amour et des loups.

Tous les jours la raison me presse De quitter ma belle maistresse, Et me dit que je pers mes pas :

La raison veut que je change Et qu'enfin le mépris me vange; La raison veut que je change, Et moy je ne le veux pas.

Je sçay bien que je fay folie, Que Philis est aussi jolie, Et qu'Iris n'a pas moins d'appas : La raison veut que je change, Et qu'enfin le mépris me vange; La raison veut que je change, Et moy je ne le veux pas.

122 APPENDICE

Antres affreux dont les sombres horreurs Surpassent les horreurs dont la mort est suivie,

Funestes lieux où les noires fureurs Viennent pour achever l'ouvrage de Sylvie, Si je vous racontois mon mal et mes amours,

Vous y verriez tous les traits d'une flamme A toucher vos lions, vos tigres et vos ours, Et qui n'ont sceu toucher son âme.

Mais en Testât où m'a réduit le sort, A leur faire pitié j'aurois peu davantage,

Et dans un mal où je cherche la mort, Loin de les adoucir, j'ay besoin de leur rage : Enfin que serviroit à mes tristes amours,

Par le récit d'une si belle flamme, De toucher vos lions, vos tigres et vos ours, Puisqu'ils n'ont sceu toucher son âme.

Pour estre aimé, Le secret est d'aimer;

Pour enflammer ïl faut estre enflammé ;

APPENDICE

Ce n'est pas tout de plaire et de charmer; Pour estre aimé, Le secret est d'aimer.

Qui veut tromper, En amour, est trompé;

Tel veut dupper Qui se trouve duppé; C'est un plaisir que de voir attraper;

Qui veut tromper, En amour, est trompé.

Voicy le temps Que les fleurs sont écloses ;

Le beau Printemps Fait pousser toutes choses.

Sortez, sortez, ô jeunes lis!

Sortez, sortez petits boutons de roses, Sortez, sortez du sein de ma Philis.

O belles fleurs !

Serez-vous toujours closes,

APPENDICE

Et de mes pleurs Les éternelles causes?

Sortez, sortez, ô jeunes lis; Sortez, sortez, petits boutons de roses, Sortez, sortez du sein de ma Philis.

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