‹ Mâedecine et moeurs de l'ancienne RomeChapitre 13 sur 46 · Mercure àt noy · texte numérisé non relu

Mercure àt noy

nORACE J. 5

Aimable fille de la treille, Doux charme de l'oisiveté^ Fidèle ami. chère bouteille^ Viens, amène la volupté.

Que dans l'ardeur de ton délire Nos jours passent en un instant ; Obéis aux sons de ma lyre :

Hâte-toi, Messala t'attend.

Viens, et que les Grâces badines Qui ne t'abandonnent jamais, Des plaisirs que tu nous destines Redoublent encore tes attraits.

A la lueur de cent bougies, Rivales de l'astre du jour, Nouj célébrerons tes orgies.

Sans songer même à son retour.

On voit que les anciens s'y connaissaient dans Part de mener la vie joyeuse ! Il n'est donc pas étonnant que sur les pierres noircies des monuments funèbres, on lise des épitaphes dans le genre de celle-ci :

Ede, bibe, lude, post mortem nulla voluptas.

Mange, bois, songe enfin à te bien réjouir; Après la mort, plus de plaisir.

Avant que Dante eût mis dans son Enfer tous les êtres vicieux de son temps, Horace avait fait comparaître dans une de ses satires tous les pauvres d'esprit de son époque. C'est Damasippe et Stertinius, deux philosophes stoïciens, qui jouaient le rôle que Virgile a rempli dans la Divine Comédie. Ce sont eux qui montrent à Horace tous ces fous plus ou moins lucides qui vivent dans la société romaine, fous de la même

espèce que ceux que nous rencontrons journellement dans notre monde.

« La folie, disent-ils, n'épargne personne que le sage ; elle atteint les individus, les peuples et les rois; elle peut changer de forme, mais elle ne guérit jamais. Ainsi passe la douleur, du côté ou de la tête, dans la poitrine, — ainsi le délire succède à la stupeur et le malade devenu provocant frappe son médecin. »

Emovit veterem mire novus, ut solet, in cor

Trajecto lateris miseri capitisve dolore;

Ut lethargicus hic, quum fit pugil et medicum urcct.

Cette comparaison est très remarquable.

Cette mutation d'une maladie qui cesse dans un endroit de l'économie animale pour apparaître dans un autre, sa nature restant ou ne restant pas la même, c'est bien la définition exacte de la métastase, telle que la comprenaient les anciens et comme, à peu de chose près, les pathologistes modernes la conçoivent. Quant à ce fou qui se réveille tout à coup pour se porter à des actes de violence sur le médecin qui le soigne, c'est ce que l'on constate tous les jours dans nos asiles d'aliénés. Horace était un grand observateur, et on voit qu'il savait bien profiter de ses relations amicales avec Musa et Craterus.

Dans cette classification de maniaques, il nous montre les collectionneurs de vieilles statues, les bravaches et les poltrons, les rois sanguinaires, les jaloux, les prodigues, les avares, les

souteneurs de filles, les fanatiques, les superstitieux.

Parmi ces derniers, il cite une mère qui a un enfant alité depuis cinq mois et qui fait ce vœu ridicule :

O Jupiter, toi qui donnes et ôtes les grandes douleurs, si le frisson de la fièvre quarte abandonne mon fils, le matin du jour où tu nous imposes le jeûne, je le plongerai nu dans le Tibre.

Frigida si puerum quartana reliquerit, illo Mane die, quo ta indicis jejunia, nudus In Tiberi stabit.

Horace qui hait les préjugés du vulgaire,

Odi profanum vulgus,

Horace qui possède quelques notions médicales, fait justement cette réflexion : Que le hasard ou la médecine arrache ce pauvre enfant à la tombe entr'ouverte, sa mère, en délire, va le tuer, en le retenant sur la rive glacée, car elle lui rendra sa fièvre. Quelle maladie a donc frappé son cerveau ? La superstition !

Combien rencontrons-nous dans le monde de mères aussi folles que celle-là, sans compter celles qui, au lieu de conduire leurs enfants rachitiques, scrofuleux ou chlorotiques aux bains de mer, les mènent boire de Teau bénite à Lourdes. La bêtise humaine est immortelle.

Dans son épître à Julius Florus, nous voyons un habitant d'Argos qui allait au théâtre quand

il n'y avait personne ; là, il croyait entendre les meilleurs tragédiens,

Qui se credebat miros audire tragœdos,

et il les applaudissait de tout son cœar.

Lorsque, à force de soins et d'argent, on parvint à le guérir et que, grâce à de bonnes doses d'ellébore, on eijt chassé sa folie, notre halluciné, rendu à lui-même, s'écria : Hélas ! mes amis, vous m'avez tué au lieu de me sauver! Vous m'avez enlevé mes plus douces illusions et vos remèdes m'ont ravi une erreur qui faisait mes délices.

Pol, me occidistis amici, Non servastis, ait, cui sic extort a voluptas, Et demptus per vim mentis gratissimus error!

Boileau a imité cette histoire*, en trouvant l'occasion d'être désagréable aux médecins.

Pour Horace, l'avarice est une forme de délire, une pseudo-monomanie. Il se figure être tombé dans cette aberration d'esprit, et il se livre alors au monologue suivant :

« Si rien ne pouvait étancher ta soif ardente, tu le dirais à ton médecin; et cette ambition, ces désirs qui croissent, à mesure que tu les assouvis, tu n'oses pas les avouer à personne.

u Si pour guérir une blessure. Ton t'avait indiqué une herbe ou une racine et que cela ne pût en rien te soulager, tu abandonnerais tout

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