I. G. Castel, Les Plantes, poème. Paris
En continuant notre lecture, nous allons voir que Catulle a indiqué un caractère de présomption assez curieux de la grossesse. Dans une de ses pièces héroïques, les Noces de Ihétis et de Pélée^ il félicite les heureux amants; il les engage à se hâter de céder à leurs brûlants désirs. « Epouse chérie, dit-il à Thétis, rends-toi aux vœux de Tépoux qui t'adore, demain à l'aube du jour, ta nourrice curieuse s'applaudira de ne pouvoir plus ceindre ton col de cygne avec le collier de la veille. »
Non illam nutrix orienti luce revisens Hesterno collum poterit circumdare filo.
Currite ducentes subtemina, currite, fusi.
Les matrones prétendaient, à ce signe, reconnaître la grossesse des nouvelles mariées.
Elles avaient encore un autre moyen de connaître la virginité des filles : On mesurait avec un fil la grosseur de la gorge. Ensuite, la jeune personne soupçonnée prenait dans ses dents les deux extrémités du fil magique. Si la tête passait dans le tour que ce fil pouvait former, il était certain que la jeune fille n'était plus vierge.
Cabanis* a fait remarquer que le premier essai des plaisirs de l'amour est souvent nécessaire pour compléter le développement des organes qui en sont le siège, et la sensibilité de ces organes n'existe tout entière qu'après s'être exercée. Aussi le gonflement général de toutes les parties
I. Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'Homme, 8« édition, par L. Peisse. Paris, 1844.
OÙ se trouvent situées les glandes, notamment celui du sein et de la face antérieure du cou estil souvent la suite de cette vive commotion.
Tous les organes chez la femme sont susceptibles de ces turgescences spontanées, car ils sont entourés et pénétrés par un tissu cellulaire plus abondant; et ce tissu prend toujours lui-même une part active à l'état des parties auxquelles il se trouve uni. Ce n'est donc pas sans raison qu'on considère encore aujourd'hui le gonflement subit du cou chez les jeunes filles comme un signe de défloraison.
Examinons maintenant les épigrammes :
Dans celle contre Egnatius, Catulle dit que celui-ci a des dents belles et la bouche toujours ouverte pour rire.
(( Tu n'es cependant, lui dit-il, ni un Romain, ni un Sabin, ni un Etrurien, ni un citoyen d'un pays quelconque de l'Italie oii l'on se rince la bouche avec de Teau pure. »
Si Urbanus esses, aut Sabinus, aut Tiburs, Aut Transpadanus, ut meos quoque attingam Aut quiiibet, qui puriter lavit dentés.
« Mais tu es un Geltibérien, ajoute-t-il, tu es de ce pays dont les habitants enlèvent chaque matin le tartre de leurs dents roussâtres avec ce liquide que tout le monde a pissé. Ainsi, plus tes dents sont blanches, plus leur éclat trahit la dégoûtante recette que tu puises dans ton vase de nuit. »
Nunc Celtiber es : Cekiberia in terra, Quod quisque minxit, hoc solet sibi mane Dentem atque russam defricare gingivam.
Utquoque iste vester expolitior dens est, Hoc te amplius bibisse prasdicet loti.
On voit avec quel mépris Catulle traite ce Geltibérien qui « prend son dentifrice dans sa table de nuit », suivant l'expression de Pezay, — avec quel orgueil de Latin il affirme que cette sale habitude n'existe pas chez le Lombard transpadaniis, ni chez le Toscan etriiscus^ et encore moins chez le Romain iirbanus. Il laut qu'il soit de la Celtibérie pour faire sa toilette avec cette chose,
Quod quisque minxit.
Pour lui, Egnatius est donc un être malpropre, mal élevé, un étranger qui a une manie.
Qui hune habet morbum,
dont les mœurs ne sont pas celles des pays civilisés.
Strabon et Diodore disent, en effet, que les Espagnols se lavaient non seulement les dents, mais tout le corps avec leur urine, et cela par raison d'hygiène !
^Maintenant, il faut bien convenir qu'il y a des Celtibériens partout, aujourd'hui comme autrefois.
Gomme on le voit, il n'était pas toujours aimable notre poète. Ses épigrammes à Émilius et au nouveau marié de Colonia le prouvent amplement.
Pour le premier, qui n'a que le tort d'être laid et d'avoir des maîtresses, sa plume mordante a tracé ces lignes : On ne saurait dire ce quMl y a de plus sale et de plus immonde ou de sa bouche ou de son podex : il a des dents longues d'un pied,
Praeterea rictum, qualem diffissus in aestu Meientis mulas cunnus habere solet.
« et sa bouche, fendue jusqu'aux oreilles, ressemble à la vulve épanouie d'une mule qui urine pendant les chaleurs de Tété. »
M. Ménière, à qui nous empruntons cette traduction, fait observer, à ce propos, combien Catulle, SI charmant dans ses tendresses, est implacable dans ses haines.
A Tautre, qui vient de se marier à une très )olie fille, il souhaite de lui voir faire un plongeon du haut du pont de la ville, « pour secouer la ridicule léthargie dont il est atteint ».
Si pote stolidum repente excitare veternum.
L'homme en question n'est qu'un imbécile, dit Catulle. Il se soucie de sa jeune épouse comme d'un poil de sa barbe ; et, couché près d'elle, il reste immobile comme une souche. Aussi insensible aux charmes de la belle que si elle n'était pas à ses côtés, ce sot ne voit rien, n'entend rien, ne sait s'il existe ou non et il ignore même de quel sexe il est.
Voilà pour Catulle un crime abominable qui mêriie une punition exemplaire. En revanche, il
s'en prend à un autre qui n'a pas le méaie défaut. Il a enlevé à son ami, à Virron, la femme qui faisait son bonheur.
Pour consoler celui-ci, notre satirique lui annonce que son rival est devenu goutteux, en se livrant avec elle à tous les excès vénériens. De plus, son aisselle a la senteur exécrable du bouc. Cette double infirmité le venge donc en même temps de tous les deux. Car chaque fois qu'ils font l'amour, il l'infecte par ses fétides exhalaisons, et lui-même ajoute aux douleurs de la goutte qui le tuera prochainement.
Nam quolies futuit, toties ulciscitur ambos; lUamaffligit odore, ipse périt podagra.
Voilà donc Tamour classé par Catulle dans l'étiologie de la goutte ! mais ces exhalaisons fétides n'ont jamais été reconnues par aucun clinicien comme un symptô.ne delà diathèse goutteuse.
TIBULL
Albius Tibullus fut une des gloires poétiques du siècle d'Auguste. 11 app^rL^^nait à l'une des plus illustres familles de Rome; et, tout jeune encore, il fut attaché à i'état-major de \'al. xMessala, générai d'armée, avec lequel il fit plusieurs expéditions. Mais, après la guerre contre les Aquitains, il renonça à la carrière des armes, et s'adonna complètement à la poésie et à Tamour. Il eut pour amis Ovide et Horace. L'ami de Mécène, dans une de ses épîtres, a loué ses belles qualités ; en raison de l'incertitude de la vie, il l'engageait naturellement à jouir des jours que le ciel lui avait accordés. Voici la première partie de son épître*.
De mes faibles écrits, judicieux critique, Aux champs près de Pedum, quelle œuvre poétique Dois-tu dans ton désir enfanter, Albius? Par le nombre des vers vaincras-tu Cassiusf DôiS'je plutôt penser que dans ta solitude ■ Méditer la sagesse est ton unique étude?