Tibulle fait allusion aux attributions de cette divinité
tré docile aux plus tendres leçons de Taniour.
« Là, ajoute-t-il, ce ne sont que danses et chansons, les oiseaux font retentir les airs de leurs refrains, les plantes odoriférantes poussent sans culture et l'odeur des roses parfume délicieusement les campagnes. Les jeunes garçons et les jeunes tilles se livrent aux plus doux jeux, et l'amour y engage de continuels combats. C'est là le séjour des amants que la mort cruelle a surpris ; on les reconnaît à la couronne de myrte qui pare leurs têtes. »
TibuUe est tout entier dans cette élégie ; il nous fait voir le paradis de ses rêves, qui vaut bien, à mon avis, ceux qu'on nous a fait connaître ; c'est le paradis de l'amour, de Tamour que les poètes, les philosophes et les naturalistes considéraient autrefois comme Vâj7îe du inonde.
Malgré ses appréhensions, TibuUe ne tarda pas à guérir. Mais, à peine est-il de retour, c'est Déhe, sa bien-aimée, qui est malade. De quoi,
qui n'est autre chose que l'image allégorique de la puissance créatrice, qui fait succéder Ja mort à la vie et la vie à la mort. Elle avait, en etfet, un temple à Rome où elle était adorée sous le nom de déesse des sépulcres.
Les anciens lui reconnaissaient plusieurs origines : par la première, elle est fille du Ciel et de la Lumière; par la seconde, elle naît de l'écume de la mer; par la troisième, elle est lille de Jupiter et de Dioné; par la quatrième, enfin, elle vient de Tyr et est appelée Astarté. On expliquait sa naissance de l'écume de la mer par l'histoire de Saturne qui mutila d'un coup de faux les parties viriles dç son père Cronus, et Ics jeta dans la mer. En y tombant tout ensanglantées, elles produisirent une écume qui donna naissance à Vénus Aphrodite.
il ne nous le dit pas, il se contente de le lui rappeler un jour qu'elle était de mauvaise humeur : Quand une maladie cruelle t'enchaînait sur ton lit, c'est moi, lui dit-il, dont les vœux t'arrachèrent au trépas. Trois fois, je promenai autour de toi le soufre purificateur...
Ipseque ter circum lustravi sulfure puro.
Ainsi, il avait adressé des vœux à Hécate, en sa qualité de reine des enfers, présidant à la magie et aux enchantements, mais pour plus de sûreté, il avait brûlé du soufre pour désinfecter l'air de la malade... Et la cruelle partit malgré toutes ces preuves d'attachement dont il lui fait le récit. Pauvre cher poète I que va-t-il devenir pendant la bouderie de son amante ? Plus d'une fois, dit-il, j'ai essayé de noyer mes chagrins dans le vin, mais toujours la douleur changeait mon vin en larmes. Bien des fois, j'ai voulu serrer dans mes bras une beauté, mais quand j'allais goûter le plaisir, Vénus me rappelait ma maîtresse et trahissait mon ardeur.
Admonuitdominae deseritque Venus.
Alors, la belle quittait ma couche ; elle disait qu'on m'avait jeté un sort et qu'elle possédait un secret peu flatteur pour ma puissance virile.
Tune me devotum descendens fœmina dixit, Et pudet, et narrât scire nefanda mea.
Voilà bien la croyance populaire, me devotum ensorcelé, celui à qui on a jeté un sort. On
a cru de tout temps au pouvoir des sorciers de réduire à Timpuissance. C'est ce que chez nous on appelait uouej^ V aiguillette^ à cause de Taiguillette avec laquelle étaient attachés les hautsde-chausses. Voltaire en parle ainsi * :
Ami lecteur^ vous ave^ quelquefois Oui conter qu^on nou2it laiguillette.
C'est une étrange et terrible recette... D'un pauvre amant le feu se tourne en glace Vif et perclus^ sans rien faire il se lasse ^ Dans ses efforts étonné de languir.
Quant au fait que raconte TibuUe, il est très vrai. L'impuissance passagère tient presque toujours à une cause morale; elle se manifeste principalement sous Tintluence de la tristesse, de l'inquiétude, du dégoût, de la jalousie, de la peur. L'excès des désirs, rémotion,la crainte, la timidité peuvent également paralyser la puissance virile chez certains hommes très vigoureux et très bien portants. Et voici, à ce propos, quelques histoires que raconte Montaigne :
« Je sais par expérience que tel de qui je puis respoiidre comme de moy-mesme, en qui il ne pouvait choir de soupçon aucun de foiblesse, et aussi peu d'enchantement, ayant ouï faire le conte à un siencompaignon d'une défaillance extraordinaire, en quoi estait tombé sur le point, qu'il en avait le moins de besoin se trouvant en pareille occasion, l'horreur de ce conte lui vint à coup si rudement frapper l'imagination, qu'il encourut une fortune pareille, et de là fut subjet à y rechoir, ce vilain souvenir de son inconvénient legourmandant et le tyrannisant.