I. Martial, Lib. XI
Ses habitudes de fellator ont dépassé le cynisme, et l'ont amené à des pratiques qui rentrent dans le domaine de la pathologie mentale. Il ne s'est arrêté qu'au moment où une maladie honteuse eût paralysé cette langue insatiable :
Partem gulosam solvit indecens morbus.
Ménière a commenté ce passage. Il considère la maladie de Mannéius comme une paralysie de la langue par suite d'une affection du nerf trijumeau. Rosenbaum pense que le mot solvit indique, la destruction, le dépérissement d'une partie, dépérissement qui est provoqué par Vincidens morbus. Et il arrive à conclure que , quoique le cunnilingere fut la cause principale de la mentagra, comme on en trouve la preuve dans les épigrammes De importunis basiatoribus, et AdBassum , il n'en était cependant pas la seule, car cette affection, comme les condylômes. des organes génitaux, avait un principe contagieux, ainsi que le dit clairement Pline, tandis que leî> médecins gardent un silence absolu à cet égard. Le niai pouvait donc se transmettre par les baisers, car c'était le basium (qui comportait une lascivité presque inconnue aujourd'hui), qui propageait la maladie.
Cette mentagra jouait donc le loltà^s plaques muqueuses ^tx^ commecelles-ci, communiquait la maladie constitutionnelle par simple contact.
« Lorsque le vice fut devenu commun , « ajoute Rosenbaum, quand le cunnilingus ne « se contenta plus des filles, qu'il lui fallut, pour
« satisfaire sa fureur honteuse, des femmes et « des femmes enceintes, et même des femmes « en menstruation, alors les suites de ces abomi- « nations devaient non seulement devenir plus « nombreuses, mais encore revêtir un caractère (( plus dangereux. D'abord, il n'y eut que quel- « ques pustules autour de la bouche et du men- « ton que Ton confondit avec le sycosis menti. « Jusque-là le mal n'avait rien de surprenant. « Par la suite, lorsque la mucosité corrompue « du vagin et le sang menstruel ne répugnèrent « plus, il s'établit une sécrétion morbide des « glandes de la peau. Cette sécrétion, en se des- « séchant rapidement, formait des croûtes qui « se détachaient en paillettes. »
Le mal ne se bornait pas toujours à l'affection des glandes de la peau; les bulbes des cheveux en étaient aussi atteints. Ceux-ci tombaient, et il se formait des ulcères dont les ravages étaient extrêmement rapides, ce qui fut observé du temps de Martial. Ou bien il n'existait pas d'ulcération, mais le mal s'étendait sur toute la face, et plus ou moins sur le reste du corps où il avait pris la forme àtpsora ou de lepra^ phénomène qui a la plus grande importance pour rhistoire de la maladie vénérienne.
MoRBUS CAMPANUS. — Dans son voyage à Brindes, avec Virgile et Mécène, Horace raconte qu'il assista, chez son ami Coccéius, à une querelle entre deux bouffons, Sarmentus et
Cicerrus. Celui-ci était né dans la Campanie, parmi les Osques qui se livraient aux débauches les plus infâines, d'où provenait une certaine maladie appelée morbus campanus, mal campanien. Messius s'adresse à son adversaire:
Si Ton ne t'eût retranché une corne du front, que ne ferais-tu pas, puisqu'ainsi mutilé, tu fais de telles menaces ?
En effet, une cicatrice dégoûtante défigurait du côté gauche son front poilu. Sarmentus, l'ayant fort plaisanté sur son mal campanien et sur sa figure, lui proposa de danser le pas des Cyclopes.
At illi fœda cicatrix
Setosam lœvi frontem turpavcrat oris
Campanum in morbum, in faciem permulta jocatus,
Pastorem saltaret uti cyclopa rogat.
Rosenbaum fait remarquer que les Osques étaient connus comme ûqs fellatoresQt des cunnîliuf)i, et il considère le morbus campaniis du bouffon comme des tubercules de la peau détruits par des caustiques, par le fer rouge ou par le couteau, et qui, d'après leur nature, devaient laisser une mauvaise cicatrice, (œda cicatrix.
En raison des mœurs dépravées de ces populations, il est probable que le mal campanien n'était pas autre chose qu'un accident syphilitique secondaire, analogue à la corana Veneris moderne.
D'après ces données, personne ne pourra con-
tester que les individus qui se livraient aux pratiques du libertinage n'étaient susceptibles, sous l'influence d'un climat chaud, dans un pays fiévreux, d'être atteints d'ulcus, de mentagra^ de psora^ de movbus campanus. Le processus morbide était irrégulier, mais il faut dire qu'il lui manquait l'influence du geniusepidemicus indispensable, dit Rosembaum, au développerhent de la diathèse.
C'est ce geniiis epidemicus qui apparaîtra en Europe vers le xv^ siècle et qui transformera ces affections en syphilis. — Nous possédons d'ailleurs des documents constatant que celle-ci existait en France avant le retour de Christophe Colomb*.
Voici d'abord une ordonnance royale du mois de juin I4g3 enjoignant aux individus atteints de la grosse vérole de quitter Paris et de ne point converser avec les personnes saines^ :
Combien par cy devant ait été publié, crié et ordonné à son de trompe et cry public, par les carrefours de Paris, à ce que aucun n'en pust prétendre cause d'ignorance, que tous malades de la grosse vérole vuidassent incontinent hors h ville, et s'en allassent, les estrangers ez lieux dont ils sont natifs, et les autres vuidassent hors ladite ville sous peine de la hart; néan-
1. Le D"" G. Klein {Dé morbi veneri curàtione ïn India orientali) affirme que les médecins Sangiràsiar et Alessianambi, qui vivaient, il y a plus de neuf siècles, connaissaient la syphilis et la guérissait par le mercure.
2, Recueil des anciennes lois françaises, publié dans le no du 14 octobre 1877 ^" Moniteur de la Policlinique.
moins, lesdits malades, en contempuant lesdits cris, sont retournés de toutes parts, et conversent, parmi la ville avec les personnes saines, qui est chose dangereuse pour le peuple et la seigneurie qui est à présent à Paris.
L'on enjoint, derechef, de par le roy, et mondit sieur le prévost de Paris, à tous lesdits malades de ladite maladie, tant hommes que femmes, que incontinent après ce présent cry ils vuident et se départent de ladite ville et faubourg de Paris, et s'envoisent lesdits forains faire leur résidence ez pays et lieux dont ils sont natits. et les autres hors de ladite ville et faubourgs, sous peine d'être jetés en la rivière, s'ils y sont pris le jourd'huy passé, et enjoint-on à tous les commissaires, quarteniers et sergents, prendre ou faire prendre ceulx qui y seront trouvés, pour en faire l'exécution.
En voici un autre * :
En i5o3, Thomas Vuythier, geôlier, fermier des prisons de Li mairie de Dijon, adressa aux magistrats une requête à l'effet d'obtenir remise sur le montant de son "fermage. Il alléguait entre autres raisons: « Que la plupart des criminels et prisonniers que l'on lui amène journellement se sont entachés de la maladie de Naples qui infectait toute la maison, et convient que lui et sa femme fréquentent avec eux, en mettant leurs personnes en grand danger, parce qu'il convient manyer les draps et linges où ils couchent et autres choses estant es dites prisons, etc.
Il lui fait remission de i5 livres.
Revenons, un instant encore, à Martial, au sujet de Timpuissance et de la castration. Quelle est cette maladie de la verge dont est atteint lin Grec du nom d:: Baccara, maladie qui va