Dupouy, La Médecine dans les poètes grecs
2. ♦ Inventeur de la poésie et de la médecine^ divin Phébus, je t'invoque! Sois-moi propice: à la fois poète et médecin, j'ai droit à ton puissant secours; n'es-tu pas protecteur de ces deux arts? »
Te precor, o vales, adsit tua laurea nobis;
Carminis, et medica;, Phœbe, repertor opis.' 'lu pariter vati, pariler succurrere medenti;
L'traque tutelœ subdita cura tuœ.
{Remedioriiin amoris.)
Sylvestres homines sacer interpresque deorum CasJibus ac victu fœJo deterruit Orpheus; Dictus ob hoc lenire tigres rabidosque leones.
Traduits en vers français par Letèvre- Laroche :
Prêtre des dieux, Orphée aux sauvages mortels Donna des lois, des mœurs, un culte et des autels : S.2 lyre amollissant leur féroce courage, On dit que des lions il adoucit la rage.
Dans les poésies d'Ovide, on ne rencontre pas le même mysticisme que dans les poètes grecs. S'il paraît subordonner quelquefois la raison au sentiment, il fait toujours preuve d'une grande érudition scientifique. Il aime et fait aimer les fleurs, les plantes, les fruits, dans ses inimitables Métamorphoses. Quelle jolie allégorie dans sa fable de Proserpine : la fille de Cérès consent à devenir répouse de Pluton, mais à la condition de partager son temps entre sa mère et son mari. Fille autant qu'épouse, elle accorde six mois à la nature et six mois à Tamour.
Nunc dea, regnorum numen commune duorum Cum matre est totidem, totidem cum conjuge menses.
Cette fable n'est pas autre chose que l'allégorie du blé : c'est l'emblème de la semence, dit Saint-Ange , un des commentateurs d'Ovide. Proserpina est herba segetis e tert^a proser^ pens. Elle est fille de Gérés et de Jupiter; c'està-dire que le froment est une production de l'air et de la terre. Elle est enlevée par Pluton, et descend chez les morts... la semence est enfouie
dans les sillons où elle y meurt, en quelque sorte, avant de se reproduire. Elle pousse six mois aux enfers et six mois à la clarté du jour : autre allusion au blé, qui reste caché sous la terre dans les mois d'hiver et qui germe et mûrit au printemps et en été. Cette figure a été très agréablement saisie par le cardinal de Bernis *
O Cérès! presse ton retour.
Sur nos plaines le dieu du jour Répand la chaleur et la vie.
Proserpine a quitté la cour Du sombre époux qui l'a ravie.
Ovide les connaît bien les plantes des jardins, des prés et des bois! Et comme il les aime, comme il en parle avec un enthousiasme qui ne tarit jamais : c'est le fruit du lotus qui fait perdre à l'étranger le désir de retourner dans sa patrie; c'est la feuille du troène dont il compare la blancheur aux blanches épaules de Galathée; c'est l'acanthe aux larges feuilles du sein desquelles naissent de petites tiges qui se plient en enroulements divers; c'est Glytie amoureuse d'Apollon, changée en hélianthe, et qui l'aime encore sous sa forme nouvelle :
Vertitur ad solem, mutaque servat amorem.
Pline avait déjà dit que Thélianthe tourne avec le soleil, en le regardant et le suivant dans son cours, tant cette fleur a d'amour pour l'astre.