‹ Mâedecine et moeurs de l'ancienne RomeChapitre 8 sur 46 · I. Bernis, Saisons · texte numérisé non relu

I. Bernis, Saisons

Heliotropiitm se ciiin sole ciîxiimagit; abeuntem sequilii?\ tantus est amor sideris.

Nos botanistes modernes expliquent ce phénomène par le raccourcissement des fibres de la tige, sous rinfluence des rayons solaires. Ils ont évidemment raison, nos botanistes, mais Ovide sait mieux qu'eux nous faire aimer la nature.

Quand nous admirons les belles nuances du crocus, n'est-il pas agréable d'ajouter au plaisir de nos yeux le souvenir des amours d'une vierge pour un adolescent timide. Et quand, dans la campagne, nous allons oublier nos ennuis, qui de nous ne cherche à se rappeler les ruses de Vertumne pour posséder la nymphe sévère qui régnait dans les jardins. Un instant, il a cherché à la tromper sous le masque de la vieillesse, avec l'apparence de l'hiver impuissant à séduire; mais, tout à coup, il est transformé. Comme à Faust, une puissance souveraine lui a rendu la force et la jeunesse : le soleil Ta métamorphosé en un brillant printemps. Son audace amoureuse redouble alors et il va bientôt brusquer le dénouement. . . mais, c'est inutile : Pomone, éprise, consent à tout, elle tremble un peu, elle soupire beaucoup... et Vertumne est heureux.

Vimque parât, sed vi non est opus ; inque figura Capta dei Nymphe est : et mutua vulnera sensit.

Gomment peindre mieux les mystérieuses amours des plantes; quelle chaude volupté dans ce :

» .... Et mutua vulnera sensit!

« La poésie est immortelle, » a dit Voltaire. Et notre positivisme scientifique ne doit pas nous empêcher d'étudier la nature et d'admirer ses merveilles avec le feu sacré de l'art, à travers les fictions séduisantes de la fable. Car sous leur enveloppe ingénieuse, il y a souvent de proiondes vérités. Elles nous apprennent, ces fictions, à fuir les enchantements de Gircé, mieux que le pédantisme des sociétés savantes ou non.

Et dans la fable d'Ixion. dont le héros ne tient dans ses bras présomptueux qu'un nuage façonné à l'image de la déesse, il y a encore une grande leçon pour nous : cette science, que dans notre crgueil nous croyons posséder, se dissipe souvent aussi, semblable à une vapeur qu'une brise légère emporte, comme Timage de Junon.

Dans le sacrifice magique de Médée, Ovide nous initie à la préparation des philtres de la magicienne. Il nous en décrit tous les détails avec une puissance d'imagination remarquable; il poétise presque les drogues et les spécifiques :

Interea validum posito medicamen aheno Fervet, et exsultat; spumisque tumemtibus albet. Illic Hœmonia radices valle resectas, Seminaque, floresque, et succos incoquit acres.

Dans cette pharmacopée, on assiste au mélange de sucs d'herbes avec de la gomme et de la poix, de perles d'Orient avec les entrailles d'un loup, les ailes d'un hibou, le bec d'un corbeau et la peau d'une vipère... Il ne faut pas trop rire de cette mixture : tous ces ingrédients, il y a à

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peine un siècle, étaient encore employés en médecine.

Mais quelle est l'allusion qui se cache dans la métamorphose de la branche de bois mort qui sort de cette bassine infernale toute couverte de verdure, de fleurs et de fruits de Tolivier? Je ne puis la saisir, mais certainement il doit y en avoir une...

Est-ce encore l'imagination du poète qui fait les frais de la description de la peste d'Égine? La contagion atteint les hommes et les animaux; c'est Tair qui est Tagent de transmission de la maladie. Celle-ci frappe les riches et les pauvres, ceux de la ville et ceux de la campagne. Rien n'-^rrête la marche de l'épidémie. Et les médecins eux-mêmes en sont frappés les premiers. C'est encore comme cela aujourd'hui et cela sera toujours ainsi.

Nec moderator adest; inque ipsos sœva medentes. Erumpit clades, obsuntque auctoribus artes.

Les symptômes paraissent parfaitement décrits par Ovide. C'est la fièvre qui domine la scène pathologique, la langue est sèche et la bouche brijlante. Les malades ne peuvent rien supporter sur eux, et ils cherchent vainement sur la terre la diminution de cette chaleur fébrile qui les dévore :

Viscera torrentur primo : flammaeque latentis. Indicium rubor est, et ducius anelhitus aegrè. Aspera lingua tumet; trepidisque arentia venis.

Ora patent : auraeque graves captantur hiatu. Non stratum, non ulla pati velamina possunt Dura sed in terra ponunt pr^cordia : nec fit. Corpus humo geiidum, sed humus de corpore fervet.

Une soif inextinguible s'empare ensuite des malades; ils se sentent perdus; ils courent aux sources, vers les rivières oii les flots chargés de morts abreuvent les mourants :

Immoriuntur aquis : alius tamen haurit et illas.

Cette description se rapporte peu à celles des épidémies reconnues dans nos traités de pathologie, mais rien ne prouve qu'une semblable affection n'ait pas été observée il y a vingt siècles. Dans le récit d'Ovide, il y a des faits qui sont très vraisemblables. Et il n'y a rien certainement d'exagéré dans ce tableau effrayant des douleurs de Fhomme que le pinceau du poète développe avec tant d'énergie.

Après avoir fait ressortir la marche rapide des symptômes, les souffrances frénétiques des malades et les convulsions qui terminent le drame morbide, un des commentateurs d'Ovide attire l'attention, à propos de ce qui se passait dans les temples, sur les teintes nouvelles qu'il sait donner à son récit, sous l'influence des idées religieuses des populations : Il représente, dit Saint-Ange, les malheureux suppliants expirant l'offrande dans les mains, les victimes qui tombent mortes avant d'être frappées, Timpiété du désespoir qui jette des cadavres hideux sur les autels des dieux, comme des présents dignes de

leur barbarie, ou qui met fin à ces souffrances par le suicide.

Enfin, les obsèques des morts et les devoirs funèbres qui leur sont dus, et qu'on ne leur rend plus, terminent tous ces tableaux par une peinture frappante par le fond même, et par les accessoires touchants et poétiques que l'imagination d'Ovide a su y joindre.

Cette description est très supérieure à celle de la peste d'Athènes de Lucrèce, qui pèche par la diffusion et l'arrangement un peu confus des images.

M. Daremberg * a reproché aux poètes épiques de ne point donner place dans leurs œuvres aux maladies qui affligent l'humanité. « Les pestes, dit-il, sèment impitoyablement la mort à travers la population et les armées ; elles résistent à Jupiter aussi bien qu'à Hippocrate ». Notre savant maître exagère peut-être un peu dans ses appréciations.

Sans doute, il ne faut pas chercher dans ces auteurs d^s traités sur les diverses branches des sciences médicales. Cependant il y a encore beaucoup à prendre par-ci par-là, en lisant avec attention les chants d'Ovide. Nous y voyons, par exemple, que l'alcoolisme était déjà connu par ses effets sur le système nerveux et que les hommes avaient pour les boissons fermentées une attraction considérable. Il est vrai que si les

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