I. Darcinberg, Histoire des Sciences médicales. Paris
repas commençaient et finissaient par des libations, c'était pour attester qu'on regardait les dieux comme le principe et la fin de tous les biens et de toutes les jouissances de la vie.
Mais, dans la fable des Matelots changés en dauphins, nous voyons Bacchus, dans sa colère contre les hommes, se montrer à eux avec des lynx, des léopards, des panthères attelés à son char.
Quem circa tigres, simulacraque inania lyncum, Pictarumque jacent fera corpora pantherum,
Cette image effrayante n'est-elle pas une allégorie pour exprimer les hallucinations du déliriiim tremens^ pour peindre les fantômes qui apparaissent à Tesprit des alcooliques ?
La lecture des auteurs latins nous prouve péremptoirement que les anciens faisaient le plus grand cas de l'art de guérir.
Dans la métamorphose d'Esculape en serpent, Ovide adresse aux muses une invocation pour qu'elles lui révèlent les raisons qui appelèrent Ësculape à être mis au rang des dieux. C'était encore une épidémie qui sévissait en Italie et qui faisait de nombreuses victimes. On consulta les livres sacrés, et on y trouva que le mal ne cesserait que lorsqu'on aurait transporté Ësculape d'Epidaure à Rome. Les prêtres d'Esculape donnèrent aux ambassadeurs une couleuvrequ'ils leur dirent être le dieu lui-même. Celle-ci, en sortant du navire, se réfugia dans les roseaux du Tibre. Et en cet 'endroit on éleva un temple.
Pour comprendre Tallégorie, il faut voir dans le dieu d'Épidaure, la médecine, science encore inconnue à Rome, et se rappeler que le serpent est l'emblème de la prudence, c'est-à-dire de la prophylaxie et de Thygiène.
Depuis cette époque dont il est fait mention dans les annales de l'histoire romaine, il y eut à Rome un temple d'Esculape dont on venait consulter les prêtres, dans les temps de peste et d'épidémie.
Une des parties les plus intéressantes des Métamorphoses est certainement la naissance d'Esculape. Dans un accès de jalousie, Apollon a percé d'un trait meurtrier la poitrine de Goronis, la plus belle et la plus frivole des maîtresses. Il veut ensuite la rappeler à la vie, mais il est des cas chirurgicaux dans lesquels la science est fatalement impuissante. Telle est la blessure de Goronis.
Et medicas exercet inaniter artes.
Or celle-ci est enceinte.. . Après lui avoir rendu les derniers devoirs, après avoir arrosé de parfums ce beau corps qu'il a tant de fois caressé, le dieu veut sauver Tenfant, fruit de leurs amours; il Varraclie donc du sein de la mère, et le confie au centaure Ghiron, son petit-fils.
Sed natum flammis uteroque parentis
Eripuit geminique tulit Chlronis in antrum,
G'est ainsi que celui qui devait être un jour le dieu de la médecine fit son entrée dans le
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monde, par Topéraiion césarienne pratiquée par son pcTQpost mortem matris.
Sénécé a mis en vers la mort de Coronis *. Les nymphes venaient de prendre Tenfant des mains de son père. L'auteur ajoute :
Par elles che^ Chiron secrètement conduit Le centaure fameux dans sa grotte V instruit. Croisse^ ^ jeune Esculape^ et dans la solitude Médite:^ ce grand art digne de votre étude, Cet art si respecté dont le puissant secours Commande à la douleur et prolonge les jours.
Pour comprendre l'allégorie, il faut se souvenir que Chiron, qui sait l'astronomie, la botanique, la médecine et l'art vétérinaire, est le fils de Saturne, dieu du Temps, et de Pliilyre, fille d'Apollon. Tout cela signifie que les sciences sont filles du temps et du génie. Telle est du moins l'explication qu*en donnent les commentateurs, et je crois qu'ils ont raison.
En philosophie, contrairement aux assertions de quelques auteurs, on peut dire qu'Ovide était spiritualiste. Pour lui, tout change et rien ne meurt.
Omnia mutantur : nfhil interit.
L'âme est une essence légère qui va d'un corps dans [un autre, homme ou animal, et qui survit toujours à la mort :
Erat, et illinc Hue venit, hinc illuc; et quoslibet occupât artus Spiritus.