SUR LA VIE DE BAILLY. XIX
cale et plus périlleuse encore. Assurer, dans un temps de famine, la subsistance d'une capitale insurgée; ré-pondre sur sa tête du succès de ses ejBTorts; diriger ime administration aussi vaste qu'importante , dont la marche , dont les attributions , dont les prérogatives étaient encore indéterminées •, maintenir l'ordre public au milieu de l'effervescence universelle •, suppléer par la persuasion aux moyens de répression dont l'usage pouvait entraîner les plus grands dangers, tels furent les devoirs qu'il s'imposa. L'histoire dira s'il a su les remplir. Dès les premiers jours de son administration,- tous ses momens furent consacrés à la subsistance de Paris. On verra , dans ses Mémoires , combien de travaux et d'alarmes il eut à dévorer pendant les quatre mois que dura la famine : il s'entoura des plus sages conseils; lutta, sans se décourager , contre des difficultés sans cesse renaissantes, et parvint, par des efforts inouïs , à sauver une population de huit cent mille âmes des calamités qui la menaçaient.
Ce ne fut pas saus de nombreux dangers que le maire de Paris poursuivit le cours tutélaire de son administration, (c Le peuple , qui calomnie toujours les gouverne- » mens , quand ils ne lui révèlent pas le. secret de leurs » opérations , dit un auteur contemporain , s'amoncelait » aux portes de l'Hôtel-de-Ville , menaçant d'assassiner » son maire, s'il se présentait à ses regards. Djès ce » moment , Bailly, qui croyait à la vertu parce qu'il en » avait lui-même, se rendit accessible à tout le monde, » sortait à pied et sans gardes , défiant ses assassins par » le spectacle de son visage calme , où son innocence )) était empreinte , et sauva ainsi ses jours en conservant » sa gloire. »