‹ Mâemoires de Bailly (volume 2)Chapitre 17 sur 33 · XXII NOTICE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE

pie s'arrête et Dusaulx est sauvé. Dusaulx , plus tard , reconnut noblement ce bienfait , en cédant à la yeuve de son libérateur une pension qu'il tenait du gouvernement.

Tel était l'ascendant de Bailly dans ces premiers momens ; mais cet ascendant salutaire devait décroître , à mesure que la révolution elle-même croissait en violence. Un événement déplorable l'anéantit sans retour.

Entraîné par d'aveugles conseils , Louis XVI avait fui vers la frontière. Son départ , le manifeste laissé à l'Assemblée nationale avaient allumé la colère de la multitude qui , dès lors , crut voir dans le roi l'ennemi de la révolution. Tel fut reflet de cette funeste imprudence, que les amis de la liberté , qui voulurent défendre le trône , furent abandonnés par l'opinion : la popularité les quitta ; elle passa du côté des hommes ardens qui , en attaquant la royauté , flattèrent les ressentimens du peuple. De ce moment , tous les freins furent brisés : il devint impossible à la sagesse de gouverner la révolution.

Depuis l'arrestation du roi à Varennes et son retour dans la capitale , les partis les plus extrêmes étaient chaque jour mis en discussion , soit dans les clubs , soit dans l'Assemblée elle-même. Les uns demandaient la déchéance du monarque , les autres sa mise en jugement. Cependant les constitutionnels , qui dominaient encore , au moins dans l'Assemblée , venaient d'obtenir un décret favorable à la royauté. Vaincus dans TAssemblée , leurs adversaires essaient d'appeler à leur secours la puissance des mouvemens populaires. Une pétition est rédigée pour demander la déchéance : elle est portée sur l'autel de la patrie \ des attroupemens se forment , et dans le

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tumulte , soit préméditation , soit I^^sard 9 deux malheureux qui se trouvaient sous l'ai^teL sont massacrés par cette multitude irritée : leurs têtes sont promenéçs sur des piques dans les rues de Paris.

A la première nouvelle de ces désordres ', l'Assemblée mande à sa barre le maire et la municipalité , leur enjoint de faire respecter la tranquillité publique et de poursuivre les perturbateurs. Bientôt la municipalité est ii\struite des deux assassinats qui viennent d'être commis : elle ordonne à trois de ses membre.s de se transporter au Champ-de-Mars , accompagnés d'un bataillon de la garde nationale. Bientôt elle apprend que cette députation-n'a pu dissiper les attroupemèns , que la gard/e ;aar tionale a été insultée. Aussitôt la loi martiale est proclamée , le drapeau rouge est déployé ,. la municipalité se rend en corps au lieu du rassemblement, accompagnée d'un corps nombreux de la garde nationale.

On se disposait à faire les sommations prescrites .par la loi , pour engager les citoyens à se retirer , lorsqu'une grêle de pierres est lancée du glacis sur la garde nationale. Réduite à se défendre , cette garde, avant dç tirer sur le peuple , fait deux décharges en l'air, sans pouvoir intimider les assaillans : un coup de pistolet , dirigé contre Bailly, va frapper derrière lui un soldat qui mourut des suites de sa blessure. Alors l'ordre définitif de faire feu est donné par le commandant de la garde nationale : il est exécuté ^ vingt-quatre hommes tombent morts , le peuple se disperse , et le Champ-de-Mars est évacué (i).

(i) La Térité historique ne permet pas de taire qu^a cette époque on accusa la garde, nationale d'avoir fait feu sans attendre les sommations prescrites par la loi. Bailly, dans sa défense , déclare , au contraire , que.

Cette fatale jôtirnée prépaira la mort de Bailly. On ètiflatamn contre lui et contre M. de La Fayette les tèilsentini^ns de la mnltitade ; on les dépeignît Ton et Tautre conune les assassins des citoyens. Depuis ce moinent, le niaire de Paris se vit abreuvé de contrariétés et dé dégoûts : lei hommages long-temps rendus à sa vertu , firent placé aul outrages de la liainé. S^s fonctions ne furent plus pour lui qùW fardeau. D'autres cfrMës encore concouraient à les lui rèildre pénibles. Les kiàtë'urà imprudentes de 4'^in de ses employés lui attiraient de nombreu:K ennemis : des rivalités de pouvoir lUSMént fréquemment rharihoùie de ses relations avec )è cbrpii niunicipal. Ehi cependant une seconde fois , il j^ëfisa que \à gravité des circonstances lui défendait de i^m^ëi*: iiiàis, loréqu'enfîn \k constitution fut terminée ; !tfi^[uë Ils foi , après Tavoîr acceptée , en eut juré Tobservation, Bailly crut sa dette acquittée envers la patrie. n doUliâ sa démission, le 19 septeinbre 1791* Toutefôii^ lés instantes de la commune le déterminèrent à 1;biisérvér ses fonctiolis jusqu'au 18 novembre suivant, ïpdii|tifé ordinaire des élections. Cette époque arrivée , il t^init s6à pouvoirs entre les mains de Pétion , son i&htfcèsséilr. FVappé d'un pressentiment douloureux , et pi^Vbjrant leâ orages qui iûiehaçaient l'administration du ïiôtivèau maire : Je sôuhaAe , dit-il d'une voix éteinte , iqtt^ît àSrtiinisifè mieux que moi, et que par bù la patrie soà heureuse.

Kéntré dans la vie privée , Bailly se retira dans une

si la garicfe a tiré , c'est iâprés avoir été provoquée. jVôué avons préféré Va versîôb qui nous a paru le plus digne de foi, sàbs dissiiiùiler toute- . Itoià iHncêrtitudè qui régné encore sur ce fait.

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maison de campagne aux environs de Nantes. La nouvelle des ëvénemens du lo août vint y troubler sa tranquillise. Il écrivit à M* de Laplace , Tun de nos savans les plus illustres y aujourd'hui Pair de France , alors retiré i Melun 9 pour savoir de lui s'il pourrait trouver dans cette ville une retraite et Foubli : la réponse de M. de Laplace, €[ui lui promettait sécurité et lui ofirait de partager avec lui la maison qu'il habitait, le décida d'abord à ce voyage : mais les apprêts d'un nouvel établissement exigeaient quelques délais , et les événemens marchaient avec rapidité. Déjk la journée du 3i mai venait de consterner la France : les échafauds étaient dressés , la proscriptkilti semblait s'attacher de préférence aux prenders fondatemè de la liberté ^ les noms de BaiUy et de M. de La Fayette étaient signalés à la colère publique dans des journaux sanguinaires. Une armée révolutionnaire, formée peu de mois après le 3i mai, répandait de nombreux détache-" ' mens dans les campagnes. Un de ces détachemens arrive à Melun , où l'ami de Bailly attendait de jour en jour son arrivée^ Celui-*- ci s'empresse d'écrire à Nantes, pour avertir Bailly de différer son départ et lui peindre les dangers qu'il courait. Bailly reçut la lettre , et n'en partit pas moins. Il était désigné à son sort. Déjà , vers la fin de 179 1 , se trouvant au Havre , il avait refusé la proposition qui lui fîit feite de passer en Angleterre : L'homme i/ui iest 'VU chargé d'une grande administration, disait^l, doà, ifuelquà danger qm h menace , rester pour rendre compte de sa conduite. Depuis , le spectacle des excès commis sous ses yeuic avait ajouté le dégoût de la vie au letitîment du devoir, il arrive à Melun : M. de Laplaoc frémit en le Voyant ; il lui mutitre la vilk envahie par m» troupe de furieux , les soupçons «i la mort planant

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