‹ Mâemoires de Bailly (volume 2)Chapitre 19 sur 33 · SUR LA VIE DE BAILLY. XXVII · texte numérisé non relu

SUR LA VIE DE BAILLY. XXVII

Capet. La veuve Capet! que de douleurs dans ces deux mots ! Bailly put, dès cette séance, pressentir le sort' qui l'attendait. En présence des juges qui traitaient déjà l'accusée en coupable et lui-même en complice, il ne' démentit point son noble caractère- Ferme devant le tribunal qui l'interrogeait, respectueux envers l'illustre accusée , il répondit avec autant de calme que de dignité à des questions qui n'étaient pas moins dirigées contre lui que contre Marie -Antoinette. Interpellé de déclarer s'il connaissait l'accusée , il s'inclina devant elle , et d'im ton pénétré : Ah ! oui^ dit-il , je connais Madame. La mort de la reine précéda le jugement de Bailly.

' Rentré dans sa prison , Bailly écrivit une défense de sa conduite , intitulée : Bailly à ses concitoyens. Elle fut imprimée clandestinement ^ car aucun imprimeur n'osa y mettre son nom. Mais elle ne détourna point le coup siispendu sur sa tête (i).

Traduit à son tour à la barre du ' redoutable tribunal (2), Bailly subit deux interrogatoires. On lui renouvela les questions auxquelles il avait répondu lors du procès de la reine. Ses réponses furent vraies , fermes et précises. Aucun acte de faiblesse ne ternit la gloire de ses derniers momens. Il ne craignit pas d'avouer qu'il était royaliste constitutionnel , qu'il avait

(i) Cette pièce intëressante et très-peu connue se trouve imprimëe â la fin de ce volume ( note A — B). Un des biographes de Bailly paraît croire qu^elle a été composée pendant son propre procès , entre le premier et le second interrogatoire. Mais la lecture de IVcrit nous semble prouver quMl a été re'digë avant que Bailly fût personnellement en ac-^ casation.

(a) Le ao brumaire au II ( 10 octobre 1793.)

XXVIU NOTICE

servi le roi sans bassesse comme il Tavait loué sans flatterie, n fut condamné à la mort.

Le jour, du supplice arrivé, Bailly, les mains liées derrière le dos, est placé sur la fatale charrette. Elle part, à travers les imprécations d'une populace furieuse , exaltée encore par des écrits sanguinaires (i). Le drapeau rouge était attaché derrière la voiture , qui s'acheminait lentement vers le Champ-de-Mars \ car on avait voulu , par un raffinement de. cruauté , que l'exécution eût lieu sur cette place même. Pendant le long trajet de la Conciergerie au Champ-de-Mars , Bailly , presque nu, glacé par la pluie froide qui tombait à torrens ^ exposé aux insultes de la multitude qui le chargeait d'injures, qui lui lançait de la boue , qui cherchait à le frapper , et faisait souvent arrêter le cortège , pour prolonger l'agonie de 1^ victime y n'ayant , dans cette foule immense , que ses bourreaux pour défenseurs ; Bailly , le front calme , le regard tranquille , ne fit pas entendre une plainte. Après une heure et demie de marche , on arrive au lieu de l'exécution 5 Bailly descend 5 déjà on l'entraînait vers l'é^ chafaud , lorsque plusieurs des assistans demandent qu'on brûle devant lui le drapeau rouge qui avait servi dan^ l'aflaire du Champ-de-Mars. On apporte du feu 5 on allume le drapeau^ une main cruelle l'agite tout eo.flanuné sous le visage de Bailly, à qui la douleur arrache pour la première fois un cri involontaire : la multitude applaudît. Pour la seconde fois il approchait de l'échafaud ; tout-à-coup , quelqu'un s'écrie que la terre sacrée du.Champde la Fédération ne doit point être souillée par

(i) Après la condamnation de Bailly, il parut un écrit destiné a la justifier. On le trouvera parmi los pièces à la fin du volume ( note C ).

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