‹ Mâemoires de Bailly (volume 2)Chapitre 27 sur 33 · FIN DU TOME PREMIER · texte numérisé non relu

FIN DU TOME PREMIER

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ECLAIRCISSEMENS HISTORIQUES

Note ( A— B) , page xxvii.

J.-S. Baii«lt à ses concitoyens,

J 'ai ëtë appelé comme tëmoin dans le procès de Bfarie-Antot* nette; je me suis trouve nomme et inculpé dans Facte d'accusation dirigé contre elle. Lorsque î*ai déposé , on m*a Êdt des <{uestiioiM sur ce qui s'est passé le 17 juillet au Ghamp-de-Mars ; on m'a interrogé sur mes liaisons avec La Fayette et La Rochefoucauld; on a cru que j'avais eu à la ci-devant coiu' des relations criminelles; on m'a parlé de concflîabules tenus au château , et dont le but devait être d'anéantir la liberté de mon pays. Mes réponses ^ toutci concluantes qu'elles ont été , n'ont pu être entendues que des citoyens qui étaient présens à l'audience du tribunal.

Celui qui a occupé une place impoi^tapte doit compte au peuple de sa conduite dans l'exercice des fonctions qu'il lui a confiées ; et si , par l'effet de la calomnie , ou par un sentiment de dciiance qui est naturel à une nation mille fois trahie , elle croit que sa confiance a été encore trompée , c'est alors que ce compte doit être plus rigoureusement exigé. Je viens donc aujourd'hui remplir ce devoir ; je répondrai non-seulement aux questions qui m'ont été faites au tribunal , mais encore à différens reproches que je sais qu'on m'adresse dans le public.

L'acte d'accusation de Marie-Antoinette porte : « Il est con9- » tant , d'après les déclarations de Louis^Chaiies Capet et de la fill? » Capet , que La Fayette , favori sous tous les rapports de la veuve » Capet, et Bailly, lors maire de Paris , étaient présens lors de » l'évasion du château des Tuileries , et qu'ils l'ont &vorisée de » tout leur pouvoir. »

Il est faux que j'aie été aux Tuileries dans la journée du 20 juin; il est faux que j'aie facilité eu aucune manière 1 évasion de la

lÉGL AIHCISSËM • HISTOR» ET PIÈCE» OFFIC. Sq^

«mille de Louis. H est vrai , au contraire , que fai fait tout ce qui dépendait de moi pour la prévenir et Tempêcher.

Instruit du fait de la déclaration de Louis-Charles Gapet et de sa sœur, j'ai demandé au président du tribunal d'interpeller Taccusée de déclarer, i" à quelle heure Louis et elle étaient sortis des Tuileries le âo juin ; s° si j'étais présent. Le président m'a répondu que l'accusée , dans l'instruction , avait prévenu mes interpellations et déclaré, i^ qu'ils étaient partis entre onze heures et minuit ; a° que je n'étais pas présent. Le témoignage de la mère a donc détruit celui des enlans. Maintenant voici les faits vrais qui me concernent relativement au 20 juin.^

Depuis plusieiirs mois , on annonçait une évasion prochaine de Louis , on en avait bien des fois fixé le jour. J'avais &it constant^ ment passer au comité des recherches de l'Assemblée constituante les renseignemens qui m'étaient parvenus. Ces bruits se renouvelèrent dans les journées du 19 et du 20. Depuis dix*-sept jours , î'étais malade d'un esqulnancie ; je commençais à me lever. Le lundi 30 , au soir , de nouveaux avis me firent rassembler chez moi trois officiers municipaux (1) les plus voisins , afin de ne pas avoir à me décider seul sur ce que les cuxonstances poun*aient exiger ; il était alors dix heures et demie.

J'envoyai chercher le commandant-général ; je m'habillai à tout événement ; je fis préparer une voiture pour être prêt à me transporter partout ou moigi devoir m'appellerait. Le citoyen Cochon de l'Apparent , alors membre de l'Assemblée constituante et du comité de recherches , aujourd'hui membre de la Convention , vint alors pour me communiquer ce qu'il savait , et a été témoin de ce qui s'est passé chez moi ; il peut en rendre témoignage.^ Le commandant-général arrivé , nous lui communiquâmes et les avis que nous avions reçus et nos inquiétudes. Nous lui . dîmes que c'était à lui qu'appartenait la garde des Tuileries , que nous le priions de s'y rendre à l'instant, de voir ce qui s'y passait et de faire prendre toutes les précautions de sûreté qui lui paraîtraient nécessaii*es. H nous répondit qu'il allait se rendre au.château, qu'il y donner,ait les ordres les plus sévères ; et quoique le projet an^

(i) Caauel, Dacier et Har^j*

SgS iSlCLAIRGISSEMENS HISTORIQUES

nonoë lui parAt peu vraisemblable (telles furent ses expressions ) < qu'il saurait bien en empêcher Texëcution. La Fayette se rendit effectivement au château ; il revint un peu après minuit à la mairie ; il annonça que toutes les grilles étaient fermées , qu'il avait renouvelé lui-même les consignes à toutes les portes ; il ajouta ( ce sont ses expressions que je me rappelle très-bien ) qu'une souris ne sortirait pas ; il nous dit que le major-général Gouvion pisserait lui-même la nuit à la porte de Yillequier. Il invita les officiers municipaux à se retirer avec pleine sécurité , et m'engagea à •me coucher et à prendre une médecine qui était préparée.

Voilà les faits qui sont à la connaissance des personnes que je viens de citer. Le concierge , le pwtier de la mairie , Jean- Baptiste Mousson , mon domestique actuel ; imon ancien cocher nommé Bellanger, aujourd'hui dans la gendarmerie nationale , et nctucHement à Paris 5 le nommé François , inspecteur de l'allumage , et tous ceux qui étaient aloi^ à mon service , peuvent aussi attester que le 30 juin je ne suis pas sorti de cliez moi.

On sait que Louis et sa famille partirent avec un passe-pprt délivré chez Montmorin , sous le nom , si je me rappelle ^ de la baronne de Knof. Quelques jours avant l'évasion , en me lisant l'extrait de mes lettres , on me dit que M. Simolin , ministre de Russie , me demandait un passe-port pour la baronne de Knof. J'en avais de tout signés chez moi , qui m'étaient remis par le ministère. Après un moment de réflexion , je dis : Mais pourquoi le ministre de l\u5sie me demande-t-il un passe-port pour une étrangère? Il doit s'adresser au ministre des affaires étrangères, et non à moi. Ceux qu'on me confie sont pour des particuliers de Paris qui me sont plus connus. Je le renvoyai à son ministre. On m'avait tendu un piège que j'eus le bonheur d'éviter. On sait que Montmorin déclara qu'il en avait donné deux^ sous prétexte que le premier avait été brûlé.

H est donc faux que j'aie été présent à l'évasion de Louis et de sa famille , et que j'aie favorisé de tout mon pouvoir ce projet libcrticide. Il est , au contraire , de toute vérité que j'ai fait tout ce qui était en moi pour le prévenir et l'empêcher.

On m'a parlé des conciliabules tenus aux Tuileries , dans tous les temps et particulièrement dans l'intervalle du retour de Varennes, à l'acceptation de la constitution. On m'a cité les cartes

KT PIÈCES officielles; JqQ

que La Fayette donnait pour entrer aux Tuileries. Ces conciliabules ëtaient, dit-on, formas d'intrigans et de membres de TAsscmblée constituante , Mirabeau , Barnave , Lametk , etc. On a paru croire que j'y avais assisté.

J'ai répondu que dans aucun temps je n'avais assisté à ces conciliabules , et que même je n'en avais aucune connaissance; que , 'me bornant à mes devoirs et à faire ma place , je ne me mêlais d'aucune autre affaire. Voilà ce que j'affirme , ce que tous ceux qui m'environnaient peuvent attester, et ce que personne ne pourra jamais détruire. J'affirme que je n'ai jamais été lié avec aucun de ceux que l'on regardait comme chefs de parti , tels que Mirabeau , Barnave , les Lameth , etc. ; que mes liaisons avec La Fayette m'avaient été commandées par les rapports de nos places ; que la confiance que j'avais eue en lui , surtout la première année , m'avait été dictée par la France entière , mais que mes liaisons avec lui n'avaient jamais été qu'officielles , relativemmt aux affaires de la .Ville; et que je n'avab point sa confiance particulière. A l'égard des cartes d'entrée aux Tuileries , je réponds que , lors de l'arrivée de Louis à Paris, le a5 juin , l'Assemblée nationale décréta des mesures particulières pour la garde des Tuileries.

L'article premier de son décret porte : Aussitôt que le roi sera arrivé au château des Tuileries , il lui sera donné provisoirement ime garde qui , sous les ordres du commandant-général de la garde nationale parisienne , veillera à sa sûreté , répondra de sa personne.

La garde du château étant, par un décret, exclusivement confiée à La Fayette , il a été le maître d^y établir telles mesures de police qui pouvaient convenir à sa responsabilité : je n'ai pas eu droit de critiquer sa conduite.

On a dit qu'entre autres conciliabules il y en avait eu un aux Tuileries , le 17 juillet 1791 , oii avait été décidée l'affaire du lendemain , au Champ-de-Mars , et que j'avais dû y assister. Je n'ai pas plus connaissance de celui-là que des autres. Voici quelle a été ma conduite. Depuis le retour de Varennes , juscpl'au moment de la présentation de la constitution , je n'ai poinf^paini aux Tuileries ; je m'en étais fait une loi, et j'affirme que dans tout cet intervalle je n'ai vu ni Louis ni sa veuve, ye le dis même à La Fayette, qui me demanda pourquoi je n'aluis point chez Louis.

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Je lui dis qu'il ne recevait pas ; il me répondit qu'il me recevrait sans doute , si je le lui faisais demander. Je lui dis que je n*avais avec le roi , chef du pouvoir executif, que les relations de ma place y et que , dans le moment oii il était suspendu de ses fonctions , toutes relations étant également suspendues , ]e n'avais plus ni droit ni motif d'aller chez lui.

On m'a parlé d'autres conciliabules tenus , dit-on , chez La Ro--'' chefoucauld.

J'ai répondu que j'avais en dQTet connaissance que plusieurs députés , et entre autres La Fayette , se réunissaient souvent , le soir , chez La Rochefoucauld ; mais que je n'y avais jamais été ; non pas que je crusse qu'il s'y fît rien de contraire à l'intérêt public et à la liberté , mais parce que mon temps suffisait à peine à mes devoirs , et que je m'étab fait un principe dont je ne me suis jamais écarté , de me borner aux fonctions de ma place et de ne m'occuper , en aucune manière , de tout ce qui y ^tait étranger.

On m'a dit que j'avais été im fondateiur du dub de 89 , doïit les intentions étaient d'étouffer la liberté naissante.

Rien n'est plus faux ; voici ce que j'ai à dire relativement aux clubs. Quand l'Assemblée constituante transporta ses séances à paris , le dub des jacobins se forma , et je fus un des pre'mieï*s qui y furent associés. Quelque temps après on me parla d'un nouveau club, celui de 1789, qui devait s'occuper de la composition de certains ouvrages. On me proposa d'en être ; quoique je ne pusse me livrer à aucun travail, je ne voulus pas refuser; mais je n'ai jamais paru à ses séances , et je n'ai jamais su quels travaux il a pu faire. Je n'y ai été que pour deux dîners , oii un grand nombre de députés se réunirent , l'un pour l'établissement du club , l'auti^ pour l'anniversaire de la constitution de l'Assemblée nationale', le 17 juin 1790; et celui qui avait eu Thonneur de la présidence, à cette époque remarquable , ne pouvait guère refuser d'assister à cette fête. Le dub de 1789 ne m'a pas revu depuis. Je n'ai pu fré* quenter non plus les assemblées des jacobins. Mes fonctions , qui me tenaient à la maison commune tous les jours , jusqu'à onze heures , et souvent à minuit^ ne me laissaient, en la quittant , que le besoin et le rejpos.

On m'a parlé de la malheureuse journée du Champ-^erMars ;;

on a dit que c*ëtait une conspiration pour faire assassiner les patriotes , et qu'elle était le résultat des intelligences avec la cour.

J'ai répondu que la journée du Champ-de-Mars , sur laquelle j'ai été le premier à gémir, était dans l'intervalle du temps oii je n'ai eu aucune communication avec la cour; que la municipalité de Paris et moi n'avons eu ni la connaissance ni le soupçon qu'il y eût eu un complot contre les patriotes. Ce qui s'est passé au Champde-Mars ne peut m'êlre imputé personnellement. Qu'on ouvre les procès-verbaux de l'Assemblée nationale , et on verra que , la veille , le corps constituant , instruit qu'il y avait des rassemblemens dont il redoutait les suites , avait man.ié à la barre le département de Paris , la municipalité , les ministres , les accusateurs publics des six tribunaux d' arrondissement. Le président dit au département et à la municipalité que l'Assemblée était instruite qu'il se formait des rassemblemens pour s'opposer au décret rendu la veille ; que toute opposition qui prenait un caractère de résistance à la loi devenait répréhensible ; que l'Assemblée ne voulait pas qu'on fenmât les yeux sur de pareils désordres ; et qu'elle ordonnait au département et à la municipalité de dissiper les rassemblemens par fous les moyens que la constitution avait remis dans leurs mains , d'en poursuivre les auteurs , et d'assurer la tranquillité publique. Elle a donné les mêmes ordres aux ministres et aux accusateurs publics.

Depuis l'instant oii les corps administratifs de Paris avaient reçu les orJres de l'Assemblée nationale , ils n'ont cessé d'être en permanence ; les mesures de sûreté générale ont été délibérées dans le corps municipal , et je n'ai rien ordonné de ma propre autorité. Les procès-verbaux qui existent dans les archives de l'Assemblée nationale et delà municipalité prouvent que, bien loin de se déterminer à des mesures de rigueur, le corps municipal avait, dès le matin , employé les moyens de persuasion pour parvenir à dîs^ siper les attroupemens. Sur les conclusions de^'un des substituts du procureur de la commune , il avait déclaré , dans une proclamation , que tous attmupemens , auec ou sans armes, sur les places publiques, dans les rues et carrefours , étaient contraires à la loi,- il apoit défendu à toutes personnes de se réunir, et de se former en groupes dans aucun lieu public ; il at^ait ordonné à tous ceux qui étaient déjà ainsi formés de se séparer à T instant,

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