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toyens :• je démontrerai qu'elles sont bien dloignécs de.confemr cet ordre sanguinaire ; et j'abandonnerai aux réilexions du lecteur les conséquences accablantes pour Bailly , que le tout a du fournir au vengeur public , qu*il fera naître chez tout homme n'écoutant que la raison.
Déclarations des témoins , tendantes à prouver que le massacre était décidé avant l* arrivée de la municipalité au Champ-de-Mars,
Pierre Dubois , administrateur au directoire du département de Paris , a su que le nommé Vaucber , capitaine d'une compagnie de la garde nationale placée dès le 17 au matin dans les avenues des Invalides , avait déclaré avoir l'ordre de tirer sur le peuple , même quand il serait calme : a vu passer le cortège , qui n'avait pas cette marche imposante , convenable à la circonstance : n'a pu , dans le désordre où l'on marchait , reconnaître ni le maire , ni aucun municipal : a entendu trois décharges distinctes presqu'aussitôt l'arrivée du cortège : a su qu'au même instant oii l'on fusillait les citoyens au Champ-de-Mars , plusieurs patriotes avaient été maltraités et insultés dans divers quartiers par des aifidés de La Fayette.
Anaxagoras Chaumette , procureur de la commune^ dépose d'un fait bien probatif de l'idée que l'on avait cherché à. donner des citoyens pétitionnaires , à ceux de la force armée. Ce témoin se retirait du Champ-de-Mars : un grenadier du bataillon de l'Abbaye le reconnaît ; il lui dit : Quoi , tu es ici! ce ne sont donc pas des brigands ? Sur la réponse du témoin , le grenadier instruit ses camarades , qui n'ont pas brûlé une amorce : a su que Cahier de Gerville s'était opposé à la mesure de rigueur , dont l'exécution fut pressée par Bailly avec opiniâtreté.
Louis-Marie LuUier , procureur-syndic du département, a vu la cavalerie presque toute ivre , poursuivre avec acharnement , et frapper les citoyens qui se sauvaient du côté de la rivière. Les circonstances l'ont convaincu que le coup était médité.
Pierre-André Coflinhal , juge du tribunal révolutionnaire , après avoir parlé de la mauvaise administration de Bailly , lui avoir reproché des abus de pouvoir , déclare avoir été averti , quelques jours avant le 17 juillet , de surveiller Bailly. Le 17 au matin, un. inconnu Ta averti qu'il y aurait une explosion : a entendu discuter
ET PIÈGES OFFICIELLES. /^2l '
à la Ville sur la dëclaratioa faite par les pëtitionnaires : la maison commune et la place au devant étaient remplies , le 17 ', de gens qiii se répandaient en inîtires contre les patriotes : au moment oii l*on a anii'onçë le départ pour le'Ghamp-de-Mars , a vu ces mêmes hommes y marcher; et les ayant devancés , les a vus se placer sur les' glacis dominant le côté par oii est arrivée la forée armée , précédant la municipalité , contre Tesprit de la loi : les a vus jeter des pierres , et a même entendu un coup de ' feu : a été poursuivi dans un jardin par lequel il se sauvait : des femmes ont été tuées à côt^ du puits derrière lequel il s'était réfugié. Retourné auChamp-de- Mars , lly a compté cinquante-quatre morts sur place.
Nota. Ce témoin a reconnu , au cours des déhats , le témoin Dui'and pour être celui qui l'avait averti , le 17 au matin, <[u'il y aurait explosion.
Pierre-Nicolas Chrétien , juré au tribunal révolutionnaire , a déclaré que les pierres avaient ■ été lancées par les individus garnissant les glacis : que la première décharge avait été faite de ce côté , mais en Tair ; et la seconde sur les citoyens qui occupaient ou environnaient l'autel de la patrie . a entraîné son père vers le bord de Teau , oii il a compté dix-neuf morts : s'est sauvé sur uh train , et les cavaliers , presque tous ivres , sont entres dans l'eau pour les poursuivre- ^
Charles-Robert Patris , imprimeur , était au Champ-de-Mars ', oii il n'y avait pas le moindre bruit : on signait sur l'autel ; on dansait autour. On a vu arriver la force armée , mais non la munici-<palité ; et , au moment de la décharge, on n'avait pas même aperçu le funeste drapeau.
Jean4}aptiste-Léonard Durand , ancien ollicier niunicipal , reconnu par le citoyen Coillnhal , pour être l'inconnu qui l'avait averti , le 17 au matin , qu'il y aurait explosion, déclare que, dans une assemblée qui avait précédé le j 7 , Bailly avait manifesté son opinion pour la proclamation de la loi martiale, que lui témoin s'y opposa , et avertit plusieurs patriotes : que le projet des pétitionnaires était connu delà municipalité plusieurs jours à l'avance : que, quelques jours après le fatal événement , le maire lui reprocha publiquement de ne s'être pas trouvé au Champ-de-Mars.
Louis-Pierre Dufourny , admiaistiateur au déparlemeut , dé*clarc que , d'après l'événement , il s'cit rappelé d'un propos par lui
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entendu au Palais-Royal d'alors , et qui prouvait qu'il existait uii projet de faire jeter des pierres à la force armée , pour motiver le massacre. £>
Antoine Roussillon , ci-devant juge au tribunal rëvolutionnaire , après avoir déposé de différens faits , déclare qu'il a vu un nombre considérable de victimes ; termine par cette observation accablante pour l'accusé : que , d'après la quantité de troupes , il était aisé d'envelopper les glacis d'oii étaient parties les pierres , au lieu de tirer sur des citoyens paisibles , qui n'avaient directement ni indirectement participé à l'agression et à la provocation.
> Enfin , le citoyen Tavemier , officier de garde nationale , vieillard dont on désire la modération et la candeur dans tous les témoins , a déclaré avoir entendu Carie dire à La Jarre , le i^ : A demain , nous exterminerons tous ces b. .. .-là. Ceux qui ont connu Carie , ne douteront pas de qui il parlait. Le même témoin a affirmativement soutenu à Bailly , que peu avant le dépaft pour le Champ-de-Mars , et dans le cabinet du maire , il avait entendu Cahier de Gçrville s'oj^ser fortement à cette mesure rigoureuse ; à quoi le maire r^ondit : L'arrêté est pris , il aura son exécution ; marcibons.
Telles sont les principales dispositions : examinez l'impression qu'elles ont laissée dans vos âmes , et voyons si les défenses de laoc'usé peuvent l'afEiiblir. ..
L'ex-maire, après s'être retranché sur ce qu'il n'avait que sa voix dans la délibération oii Ton a arrêté la proclamation de la loi martiale , a avoué très-précisément que son opinion individuelle était pour cette* mesure sanguinaire. U n'a fait , par cet aveu , que •confirmer les dépositions de Chaumef te et Tavemier. H s'est ensuite attaché à soutenir que l'Asserablée nationale avait impérieusement prescrit cette marche à la municipalité' dans le discours que 6on président lui avait adressé , lorsqu'elle fut, ainsi que toutes les autorités constituées , mandée à la barre le 17 juillet II a fait lire •ce discours par son défenseur. Je vais le transcrire , ainsi que l'article du décret dont ce discours recommande l'exécution. Je ferai •plus : je transcrirai la lettre du président de l'Assemblée à la municipalité , postérieure au discours , et le lecteur )Ugei*a si le premier magistrat du peuple a pu , a dû y voir l'ordre de faire assassiner des citoyens paisibles, observateurs rigoureux de la Iqâ.
Pour bien juger sur révéuement dont je rappelle le souvenir , parce qu'il me parait tenir essentiellement à Thistoire , iL faut se rappeler le décret rendu relativemen,t à la fuite de Capet et sa famille. C'était ce qui avait percé de la discussion sur cet événement Important , qui avait alarmé les chauds amis de la liberté. Les hommes que le temps a démasqués , jouaient, alors leur rôle : Brissot avait , comme commissaire des Jacobins , rédigé un projet de pétition ; mais, lors de la lecture, il se trouva que Ton proposait un changement de dynastie qui révolta. // a^<i// éié intercalé
j)ar Laclos, si l' on peut croire à U interrogatoire de Brissot au tribunal révolutionnaire. Les divers orateurs de TAssemblée constituante avaient épuisé les resso^ces de l'art oratoire ; et Bamave , usant de ses moyens et de sa considération usurpée , avait présenté des considérations politiques tendantes à arrêter le mouvement révolutionnaire qu*il était aisé de pressentir; à maintenir la constitution monarchique , enfant gâté de ses pères , et qui ne pouvait que rendre plus insupportables les fers des Français au bout de
. quelques années ; à couvrir enfin le roi de l'inviolabilité constitutionnelle , lorsque l'honune jaloux de la liberté de son pays aurait
.dû saisir ardemment l'occasion offerte par un parjure pour anéantir ce que la constitution présentait de révoltant.
Mais ils travaillaient pour eux seuls ^ ces hommes , qui, ayant jusqu'alors formé une classe particulière sous le nom de haute bourgeoisie , n'avaient anéanti que les ordres qui les primaient , et s'étaient bien promis d'amuser la classe du peuple qui avait fait la révolution , dont tout le fruit devait être pour Messieurs de la haute bourgeoisie.
U n'était ni avocat , ni procureur y ni notaire , ni marchand un peu aisé qui ne se berçât de l'espoir d'occuper les places quelcon-
, ques ; de dominer enfin , sans l'être par qui que ce soit. Quelques hommes s'élevèrent contre un projet qu'on ne se donnait même pas la peine de déguiser ; aussitôt on les traita de factieux qui
. excitaient le peuple contre les décrets de l'Assemblée. Dandré se chargea de dénoncera la tribune des hommes qui osaient demander que l'on consultât le peuple en masse sm^ un événement auquel tenaient les destinées de la France. U leur ût un crime d'avoir dit
^ aux délégués : Consultez vos commettans. Il fit la proposition du décret du ^6 juillet , cet arrêt de proscription des vrais amis de la
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liberté , de ces hommes qui ont montré raspërité ef l'ënergie de Guillaume Tell , et sa proposition reçut un accueil favorable.
Par le premier article , on arrêta une adresse auY Français ; moyen bas dans la circonstance , parce que , comme l'observa un journaliste intéressant d*alors , la loi n*a besoin que d^elle-même , et non d'adresses et de motifs ; moyen qui décelait la bassesse ou la faiblesse de ceux qui croyaient devoir recourir aux considërans mensongers y dont les ministres despotes faisaient précéder les édits les plus désastreux.
Les trois articles suivans mandent le département , la municipalité dé' Paris , les six accifeateurs publics , enfin les ministres pour enjoindre aux deux premiers de donner l'otxire de veillera ta tranquillité publique, '
Aux accusateurs , de faire informer sur-le-cbamp contre tous les infracteurs des lois et les perturbateui s du repos public.
Aux ministres enûn , de faire observer exactemeut le décret dont voilà l'analyse la plus fidèle , et dans lequel je n'entrevois aucune disposition contre des citoyens paisibles usant, conformément à la loi , du droit sacré de pétition.
Lisons maintenant le discours du président de l'Assemblée nationale , et voyons si , je ne dis pas le maire de Paris , mais )e plus féi oce agent du despotisme a pu y trouver Tordre de massacrer le peuple. Le voici textuellement :
3IESSIEUBS ,
« L'Assemblée nationale a appris avec surprise qu'un décret » qu'elle a rendu avait été , pour quelques séditieux , l'occasion » de chercher à ti^omper le peuple et à troubler la tranquillité » publique. Des mouvemens toujours répréhensibles deviennent » crhninels lorsqu'ils portent le caractère de la résistance à la y> loi. Invariablement attachée au maintien de la constitution^ » déterminée à faire respecter les lois qui, seules, peuvent assurer » la propriété , la sûreté , la liberté , le bonheur du peuple , l'As- » semblée nationale ne veut pas que l'on ferme les yeux sur de » tels désordres : elle vous ordonne d'employer tous les moyens >> que la constitution vous a remis pour' les réprimer, pour en » faire connaître et en faire punir les auteurs , et pour mettre la » tranquîllitc des citoyens à l'abri de toute atteinte. » '
ET Pièces officielles. 4^5
J6 transcris maintenant la lettre , quoique Bailly s'en soit moins' appuyé que du discours ci-dessus.
Paris f i'] juillet l'j^i,
(c Le bruit s'ëtant répandu , Monsieur , que les ennemis du bien » public, dont Ta udace augmente chaque jour, fomentaient sans » cesse de nouveaux troubles , et qu'au Champ-de-Mars des excès y> coupables avaient été la suite de leurs perfides suggestions , l'As- » semblée nationale m'a chargé de vous en prévenir, afin que vous » prissitz/sans délai, les mesures les plus sûres et les plus vigoureuses » pour arrêter ces désordres et en connaître les auteurs. Je ne » doute pas que vous ne vous empressiez de vous conformer aux » intentions de TAssemblée , et de Tinstruire exactement du ré- » sultat de vos recherches et de vos précautions pour le rétablisr- » sèment de Tordre et de la tranquillité publique.
» Je suis, etc. Signé Trellhard, ex-président, tenant la séance.»
Je le demande , d'après ma conscience , oh donc est-il cet ordre sanguinaire et barbare? Certes, je ne vois et dans le discours et dans la lettre que des expressions fortes adressées à un père (jui devait en tempérer la rigueur. L'ordre existerait - il , je soutiens que le maire de Paris aurait dw s'y refuser, par cela seul qu'il ne devait obéir dans cette circonstance surtout , ni à un discours , ni à une lettre; qu'il fallait un décret, et que celui rendu sur la matière trace les devoirs de la municipalité en ces termes : Donner l'ordre de veiller avec soin à la tranquillité publique.
Veiller^ voilà l'expression de la loi : réprimer , telle est celle employée dans le discours : arrêter enfin est le mot de la lettre , et jamais aucune des ti^ois n'eut, pour synonyme, égorger, assassiner, massacrer. Mais je vais plus loin: le décret, le discours , la lettre, tout était motivé sur des mouvemensrépréhensibles, sur des troubles , sur des excès coupables. Eh bien ! en^ supposant qu'il en eût existé , Bailly était assuré , par les ti'ois commissaires de la municipalité , que tout était apaisé avant qu'il quittât la maison commune. Ces commissaires sollicitaient le rapport de l'arrêté sanguinaire : des municipaux le combattaient. Pourquoi donc Bailly a-til insisté avec opiniâtreté? Pourquoi! lecteur. Je l'ai dit plus haut ; c'est qu'il fallait égorger les hommes énergiques qui osaient critiquer le décret sur l'inviolabilité du tyran , ce décret qui rivait nos