i6i iCLiLIBCJ^EllENS HISTpRIQ¥ES
Gbts pour des siècles ; on nous forçait à une insurrection , dont on voulait , et dont on espérait étouffer le germe au Ghamp-de-Mars.
J'ai écrit pour instruire la postérité , et non pour faire taire la calomnie. J'ai donné les preuves écrites et orales qui ont formé ma conviction ,. et celle des jurés sans doute : pour mettre à nu l'auteur du plébiscide le plus affreux, je transcris ici son discours à la barre de l'Assemblée , lorsqu'il y vint rendre compte d'un crime qui aurait éclipsé mille ans de vertus.
« La municipalité , présente devant vous , est profondément i» affligée des événemens arrivés dans la journée d'hier. Des crimes D ont été commis le matiriy et le «o/V la justice de la loi a été exercée. » La municipalité , dans l'administration paternelle qui lui a été )> confiée , n'avait jusqu'ici prouvé que sa modération ; on n'accu- » sera point sa sévérité. Nous osons vous assurer qu'elle était indis- » pensablement nécessaire. L'ordre public était entièrement D détruit , la patrie en danger ; ses ennemis avaient formé des -» ligues et des conjurations. Nous avons publié la loi contre les D séditions. Si nous avons marché au Champ de la Fédération avec » l'enseigne d'une loi redoutable, et entourés de la force publique, n c'était pour y rappeler l'ordre , pour y prêcher la paix et l'obéis- 2> sance ; mais les séditieux ont provoqué la force : ils ont fait feu » sur les magistrats , sur la garde nationale , et leur crime en » retombe siu* leur tête coupable. »
. Ce discours , dont chaque mot est un mensonge , a obtenu l'approbation de l'Assemblée ; elle en a ordonné l'impression et Taffî.iche sur la- motion de Bamave. U a suivi Bailly au supplice , et je me suis rappelé cette maxime cpnsolante pour les gens de bien. Rarb antecedentem scelestum deserit pœna pede claudo.
D'après la déclaration unanime et affirmative des citoyens Thoumin , Aubry, Dufour, Geraont , Fiévé , Champagne , Auvrai, Brochet , Gamier , Girard , Sambas, fiemard et Nicolas , jurés, sur 1 les deux questions suivantes :
Est-il constant qu'il a existé entre Louis Capet , sa femme et autres un complot tendant à troubler la tranquillité intérieure de l'Etat , à exciter la guerre civile en armant les citoyens Les uns <;ontre les autres, en portant atteinte à la liberté du peuple , et dont la suite a été le massacre d'un nombre considérable de citoyens ,au Çhamp-de-Mai^ , le 17 juillet 1791 ?
' Jean-^ylvain Bailly est-il auteur et complice de ce complot et dé son exécution ?
he tribunal , après a voir entendu l'accusateur public, a condamne Jean-Sylvain Bailly à la peine de mort. Ordonne la confiscation de ses biens , aux exceptions et distractions prononcées par la loi , et fixe pour le lieu de l'exécution Tesplanade entre le Ghamp-de-Mars et la rivière. Ordonne , au surplus, que le drapeau rouge , déposé par la municipalité, serait traîné derrière la voiture jusqu'au Heu de Texécution oii il serait brûlé par Texécuteur.
Je certifie la vérité des faits et Tautbenticité des pièces d-dessus trsLjïsmtes, Nauiîn, sidwtitut de l'accusateur public , près le tri-* bunal révolutionnaire.
Note {D) y page 38,
J'avais cru qu'un journal , qu'on a annoncé , dans son prospectus , comme devant êtrç rédigé par quelques membres des étatsgénéraux ', pourrait , jusqu'à un certain point , remplir envers la nation ce devoir commun à tous les députés. Grâce àTexistence de cette feuille , je sentais moins strictement l'obligation d'une -correspondance personnelle ; mais le ministère vient de donner le scandale public de deux arrêtés du conseil , dont l'un , au mépris du caractère avoué de ses rédacteurs, supprime la feuille des étatsgénéraux, et dont l'autre défend la publication des écrits périodiques.
Il est donc vrai que , loin d'afirancbir la nation , on ne cherche qu'à river ses fers ! que c'est en face de la nation assemblée qu'on ose produire ces décrets auliques , oii l'on attente à ses droits les plus sacrés , et que , joignant l'insulte à la dérision , on a l'incroyable impéritie de lui faire envisager cet acte de despotisme et d'iniquité ministériels , comme un provisoire utile à ses intérêts !
U est heureux , Messieurs , qu'on ne puisse imputer au monarque
■ ces proscriptions , que les circonstances rendent encore plus cri-
'minelles. Personne n'ignore aujourd'hui que les arrêts du conseil
•sont des faux étemels , oii les ministres se permettent d'apposer le
nom du roi : on ne prend pas même la peine de déguiser cette
étrange malversation ; tant il est vrai que nous^en sommes au point
4^8 ÉCLAIRGISSEMENS HISTORIQUES
OÙ les formes les plus despotiques marchent aussi rondement qu'une administration légale!
Vingt-cinq millions de voix réclament la liberté de la presse: la nation et le roi demandent unanimement le concours de toutes les lumières. Eh bien ! c'est alors qu'on nous présente un vélo minisr tériel; c'est alors qu'après nous avoir leurrés d'une tolérance illusoire et perfide , un ministère , soi-disant populaire , ose effrontément mettre le scellé sur nos pensées , privilégier le trafic du mensonge , et traiter comme objet de contrebande l'indispensable exportation de la vérité.
Mais de quel prétexte a-t-oir du moins essayé de colorer Tinh croyable publicité de l'arrêt du conseil, du 7 mai? A-t-on cru de bonne foi que les membres des états-généraux, pour écrire à leurs commetlans , fussent tenus de se soumettre aux règlemens inquisitoriaux de la librairie? Elst-ii en ce moment un seul individu à qui cette ridicule assertion puisse en imposer? N'est-il pas évident que ces arrêts proscripteurs sont un crime public y dont les coupables auteurs , punissables dans les tribunaux judiciaires, seront bien forcés , dans tous les cas , d'en rendre compte au tribunal de la nation ? £h ! la nation entière n'est-ellc pas insultée dans le premier de ces arrêts , oii l'on fait dire à Sa Majesté qu'elle attend liES observations des états-généraux ; comme si les étatSrgénéraux n'avaient d'autres droits que celui de faire des observations?
Mais quel est le crime de cette feuille qu'on a cru devoir honorer d'une improbalion particulière? Ce n'est pas sans doute d'avoii* persifflé le discours d'un prélat qui , dans la chaire de vérité , s'est permis de proclamer les principes les plus faux et les plus absurdes : ce n'est pas non plus, quoiqu'on l'ait prétendu, pom* avoh* parlé de la tendance de la feuille des bénéfices? Est-il personne qui ne sache et qui ne dise que la feuille des bénéfices est un des plus puissans moyens de corruption ? Une vérité si triviale aurait-elle lo droit de se faire remarquer? Non, Messieurs, le crime véritable de cette feuille , celui pour lequel il n'est pas de rémission , c'est d'avoir annoncé la liberté , l'impartialité les plus sévères ; c'est surtout de n'avoir pas encensé l'idole du jour, d'avoir cru que la vérité était plus nécessaire aux nations que la louange , et qu'il importait plus même aux hommes en place , lorsque leur
ET PIÈCES OFFTCTELLES. j^2g
existence tenait à leur bonne conduite , d'être servis que flattes. . D'un autre côte , quels sont les papiers publics qu'on autorise? Tous ceux avec lesquels on se flatte d'égarer l'opinion : coupables lorsqu'ils parlent , plus coupables lorsqu'ils se taisent , on sait que 'tout en eux est l'eflet de la complaisance la plus servile et la plus criminelle : s'il était nécessaire de citer des faits , je ne serais embarrassé que du choix. (Première Lettre de Mirabeau à ses com" mettans. )
Note (E) , jja^e 'jG.
6 mai.
Le gouvernement a fait afficbei^e grand matin un placard qui
portait ces mots : ^.
De par le Roi ,
a Sa Majesté ayant fait connaître aux députés des trois ordres » l'intention oii elle était , qu'ils s'assemblassent dès aujourd'hui » 6 mai , les députés sont avertis que le local destiné à les rece- » voir sera prêt à neuf heures du matin. » ,
Une proclamation du héraut d'armes a confirmé ce placard f en conséquence , et conformément à l'ajournement que M. le gardedes-sceaux avait prononcé devant le roi , les députés des communes se sont rendus à la salle des états-généraux à neuf heures , et ils y ont attendu jusqu'à deux heures et demie les députés des autres ordres , qui n'ont point paru dans cette salle. A deux heures et demie, les députés des communes se sont retirés , en convenant de s'y retrouver demain à neuf heures du matin , pour y attendre de nouveau leurs co-députés.
Cette conduite est sage et régulière.
' Sa régularité est incontestable , puisqu'une assemblée ajournée doit se réunir telle qu'elle était lorsqu'on l'a ajournée ; et d'ailleurs cete expression , le local , lèverait tous les doutes à cet égard , si , à force de subtilités , on parvenait à en faire naître.
Cette .conduite est sage ; car, pour répéter une expression heureuse du discours du directeur-général , il ne faut pas être envieux du temps , lui seul propage rinslruc*ion , établit Thannonic , apaise les discordes. Toute démarche des communes les eût, ou compromises , en donnant des avantages ou des prétextes à leurs adversaires, ou exposées à des résistances plus actives , à des contrariétés plus ardentes.
430 ÉGLAIRCISSEMBMS HtSTQillQilES
n parait que ro^Muion qui a prévalu dans les oMiuniiiies a de se regarder , puisque leurs pouvoirs n'étaient pas vérifiés , conune une agrégation d'individus présentés pour les ëtats-géné-' raux ; individus qui pouvaient conférer amiablement , mais qui n'avaient encore aucun caractère pour agir ; et l'on a porté le re»« pect du principe jusqu'à refuser d'ouvrir des lettres adressées au tiers-état , et remises dans la salle. Il paraît aussi que le vœu du l'assemblée a été de laisser du temps aux ordres privilégiés pour réfléchir, soit à l'inconséquence du système de séparation provisoire , puisque tous les ordres ont un intérêt égal à la vérification des pouvoirs de chaque ordre $ soit à l'absurdité qu'il y aurait à confondre leur vérification et leur légitimation , et à soutenir qu0 les pouvoirs des représentans de la nation ne doivent pas être légitimés par l'Assemblée nationale ; soit enfin aux dangers d'ime scission que l'opiniâtreté de privilégiés , sur ce premier et important acte de juridiction , pourrait entraîner.
Les ordres privilégiés n'ont pas cru devoir tenir la même conduite.
Dans le dergé , cent trente-trois membres ont délibéré , sous la présidence provisoire de M. le cardinal de La Rochefoucauld , que les pouvoirs seraient vérifiés et légitimés dans l'ordre. Cent quatorze ont cru qu'ils ne pouvaient l'être que dans l'Assemblée générale , sur le rapport des commissaires tirés dans les trois ordres.
n serait impossible de rendre compte des opinions particulières^ parce qu'il n'y a point eu de débat régulier, et que la délibération a été très-tumultueuse.
La noblesse a tenu également une séance irrégulièns , dans laquelle M. de Montboisier, comme le plus âgé , a été nommé président provisoire , et M. Chalouet , député d'Alençon , secrétaire. Les mêmes questions y ont été agitées. On a fait deux motions : l'une pour la vérification des pouvoirs par .des commissaires pris exclusivement dans l'or re de la noblesse , et l'autre pour la vérification par des commissaires pris dans les trois ordres.
Voici les efforts de logique dont on a appuyé la première de ces deux motions :
Ses partisans ont prétendu , i° que les députés , ayant été nommés dans l'ordre de la noblesse , devaient remettre leurs pouvoirs aux commissaires de cet ordre : il est donc bien évident que ces Mes-
ET tIÈCBS OPFlCIirtLES. > '4^1
^sieurs , flattes de représenter leur ordre , n'ont point la motndK envie d'être les représentans de la nation ; a^ que la noblesse ne > pouvait pas encore reconnaître la légitimité des pouvoirs des membres des deux autres ordres , ni par conséquent leur remettre les siens : c'est donc en tenant ces pouvoirs bien serrés , en ne les communiquant pas , qu'on pourra parvenir à reconnaître* leur légitimité ', 3° que l'ordre de la noblesse était seul compétent pour reconnaître les titres d'après lesquels on prétendait y être admis : c est-Â-dire que Messieurs de la noblesse composent à eux seuls les états-généraux ; 4** que la vérification n'était pas d'ailleurs une opération assez importante pour s'y anêter si long-temps , et que l'on abrégerait beaucoup en la faisant faire par des commissaires de l'ordre : il est clair que ces Messieurs ne demandent qu'à économiser le temps.
Les partisans de la motion pour la vérification des pouvoirs par des commissaires pris des trois ordres , ont soutenu que , les d^ pûtes étant envoyés aux états-généraux , c'était aux états^gén^ raux , composés des trois ordres , à vérifier les pouvoirs ; que les élections ayant été sanctionnées par les trois ordres de chaqiie bailliage , et les députés ayant prêté- serment en présence des trois ordres , c'était devant les commissaires des trois ordres qu'ils devaient justifier de leur mandat.
Ce dernier avis n'a eu que quarante-sept yoix , contre cent quatre-vingt-huit ; on ne peut pas être Surpris de cette minorité dans la noblesse ; mais ce qui doit vraiment' étonnw, c'est sa grande disproportion avec celle du clergé.
Nous nous abstiendrons de nommer ceux qui ont été de l'avis de la pluralité ; car, outre qu'il ne s'agit que d'une assemblée irrégulière , c'est un ménagement que nous croyons leur devoir dans ces premiers momens ; mais on ne nous pardonnerait pas de taire le nom de ceux qui ont eu le courage de s'honorer euxmêmes , en adhérant à la minorité : de ce nombre ont été le v^ comte de Castellane, le duc de Liancourt, le marquis de I^a Fayette, les députés du Dauphiné , ceux de la sénéchaussée d'Aix en Provence , et le député d'Amont , qui a demandé acte de la résolution 011 il était de remettre ses pouvoirs aadergë et aux oonirmunes.
Ceux qui se sont le plus distingués parmi les prélats ponr la
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cause populaire , sont MM. les archevêques de Vienne et de Bor« deaux.
M. Freteau a fait une motion sur laquelle , ou ne sait pourquoi, il n'a pas été délibéré : elle avait pour but de suspendre toute délibération jusqu'à ce que la ville de Paris eût nommé ses députés ; attendu , disait M. Freteau , que TAssemblée ne pourrait être regardée comme complète qu'autant que ces députés auraient eu le temps , physiquement nécessaire , pour être nommés et pour se rendre à leur destination. Deux membres seulement ont adopté cet avis , et Ton n'a pas jugé à propos d'aller aux voix.
Douze des plus âgés de l'Assemblée ont été nommés commissaires-vérificateurs des pouvoirs.
En voyant d'un côté l'inertie , pourtant raisonnée , des communcs , et de l'autre la prestesse et l'activité des deux autres ordres , on se demande la raison de cette différence ; elle nous paraît bien facile à saisir. Les deux premiers ordres n'ont qu'un but; -c'est celui de défendre leurs privilèges et leurs usurpations. Leur moindre nombre facilite , pour ainsi dire , la célérité de leurs évolutions, n n'en est pas de même des communes : pour acquérir cette célérité qui pourra leur devenir si nécessaire , et jouir du même avantage ^ue les deux autres ordres, nous croyons qu'il serait indispensable qu'elles établissent un comité de ralliement ; c'est-à-dire que chaque députation provinciale nommât un ou deux de ses membres , à l'eflfet de former un comité oii se prépareraient les délibérations à prendre dans l'assemblée des communes.
y mai.
Les députés des communes étant convenus hier de se rendre aujourd'hui , à neuf heures du matin , à la salle des états-généraux , pour y attendre de nouveau leurs co-députés , s'y sont effectivement trouvés à l'heure indiquée. Leurs espérances ont encore été trompées : Messieurs de la noblesse et du clergé n'ont pas jugé à propos d'aller les joindre.
En conséquence , même inertie que la veille , point de délibération : on a seulement chargé les six personnes les plus âgées de maintenir l'ordre dans les conférences. Bientôt on a su que le clergé était assemblé dans lune des salles voisines , et que certains membres de la noblesse l'étaient également dans une autre salle : alors.
/ ri
Et vîkcÉÉ oFPîciÈtiiÊs; 455
âésirant de compléter rAsseinblëe nationale , et de la mettre en activité , plusieurs députés des communes ont été inviter le dergé et la noi>lesâe à se rendre à leur véritable posté ; c^est-à-dtre à se réunir avec eux , pour vérifier et légitimer les pouvoirs , leur dé~ èlarant que leur absence était cause de l'inaction des communes.
L'évéque de Montpellier, celui d'Orange , et quatre autres écdésiastiques sont venus , quelques moment après , dans la salle d«s états-généraux , et ont dit aux communes que le clergé consentait À nommer des commissaires pour conférer avec ceux des ordres respectifs , sur la proposition qui leur était faite , et qu'il y inviterait lés autres ordres.
La nobksse n'étant point assemblée , n'a ptt se rendre à l'invitation.
Notis ignorons quelle eàt été la réponse de la noblesse ; mais celle dtt clergé ne nous paraft pas moins singulière qu'énigmatiique. £t de quel âtoit ces deux ordres ont-ils pu se permettre de s'absenter d'uùe assemblée à laquelle ils étaient ajbûmés par le législateur provisoire ? Gomment ont-ils cru qu'ils étaient libres d'y substituer, de leur propre autorité , des conciliabules partiels , également attentatoires aux intérêts et aux droits de la nation et du monarque ? Qu'ils tâchent , s'il est possible , de justifier -cette conduite aussi indécente qu'irrégidière : qu'ils ne nous' mettent pas surtout dans la nécessité de la nommer scission.
Jusqu'ici les communes, rigoureusement attachées aux vrai^ principes, suivent un système d'inertie dont on n'aurait pas cru que Aotre légèreté fût capable ; mais bientât il sera temps de mettre des bornes à cette inaction , non par de vains moyens d'une omci- Hation illusoire , mais en se pénétrant de phts en plus du sentiment de leur force et de teor dignité. Qu'elles n'attendent rien que d'elleftiktémes : si leur patiente tolérance est sans efficacité , tout cédera bientât à cette résolution généreuse, et lia France leur devra sa' gloire' , sa constitution , sa liberté.
P.-À Mon intention était de vous parler des costumes des difiérens ordres ; mais je crois pouvoir m'en dispenser en vous adressant la lettre suivante qui m'est parvenue en manuscrit.
Je croi^ , Monsieur, que la distinction des costumes , donnés aux députés des diffiérens olrdres, a été généralement désapproixvée r r. 28
434 ÉGLAIRCISSEMBNS HISTORIQUES
mais tout le monde n'est pas à même d'en sentir les consëquenâed politiques : la plupart n'y voient qu'une humiliation pour les députés des communes , parce qu'on ne leur accorde ni plumet ni dentelle , et s'imaginent , d'après cela , que les deux autres ordres doivent être bien fiers d'une pareille distinction ; mais comment ne réfléchit-on pas que prescrire un costume, quel qu'il soit, aux membres du corps législatif présidé par le monarque , et par CM>nséquent du pouvoir souverain , c'est soumettre les dépositaires de ce pouvoir à l'absurde et ridicule législature d'un maître de cérémonies ? N'est-ce pas le comble du despotisme et de l'avilissement? Qu'importe l'élégance ou la richesse des habits , la servitude n'estelle pas la même ? et des hommes nés pour la liberté peuvent-^ se prêter à cette honteuse dégradation ?
Le pouvoir arbitraire n'est pleinement satis&it que lorsqu'il voit que les d^rets les plus absurdes et les plus bizarres sont aussi fidèlement exécutés que les lois les plus saintes et les plus sages : alors il feit un cheval consul ; il ordonne dé saluer un chapeau , de porter tel ou tel habit , etc. , etc. Lorsqu'on voit de pareils symptômes dans une nation , on peut assurer qu'elle n'a plus rien à perdre , et qu'elle est complètement asservie.
D'ailleurs , qui ne connaît point l'empire , \e dirais presque le
.despotisme, que les sens exercent siu* nous? c'est un témoignage
bien humiliant de notre faiblesse. ( Première \Leitre de Mirabeau
à ses commettons, )
8,^ et fi mai.
Le système d'immobilité des communes est resté en vigueur avec une persévérance qu'on n'attendait pas d'un esprit public à peine à son aurore , et qui déjoue d'autant ][^us évidemment les ennemis de la cause populaire , qu'ils le calomnient davantage.
Ce n'est pas qu'on n'ait aperçu très -distinctement que les ordres privilégiés avaient parmi les députés des communes quelques auxiliaires qui , soit par de faux prétextes , soit par des objections spécieuses , soit par tous les ressorts d'une intrigue trèsdéliée, cherchent, à tous risques, à nous mettre en activité , et, pour trancher le mot, à nous chambrer y afin de préjuger contre le peuple la grande et fondamentale question de l'opinion par tête ou par ordre.
Ce projet fatal a reparu sous des formes diverses : c'est lut qui.
Et PIÈCES OFFICIELLES, 455
pat de faux rapports , a produit cette prétendue députatlon à laquelle le clergé aurait bien voulu donner de rexistence , et qui n'a jamais été que l^explosion prématurée du zèle de quelques membres.
C'est lui qui nous a suscité un projet de règlement , dont le but ïnanifeste était de nous àrrachier une mesure quelconque ^ qui pût nous &ire qualifier d'ordre , et de nous soumettre à une espèce de régiilaé intérieur qu^aurait dirigé l'influence de quelques individus dévoués au miûistèré et aux ordres privilégiés ^
C'est lui qui s'est reproduit enàn dans la dernière séance , sous la proposition de noué réduire en g^and comité , pour trouver une manière de nous constituer qui ne nous compromît pas.
Mais les commune^, qui ne sont nullement en doute sur les moyens de se constituer le jour oii il leur paraîtra nécessaire de mettre un terme à leur tolérance , ont également; . évité tous ces pièges par une conduite soutenue, modérée et vraiment systé^ ma tique... i
Rien de remarquable dans l'assemblée du ii , si ce n'est l'appa-^ rition de douze ou quinze gentilsbommes dissidens du Dauphiné , à la tête desquels était l'arËbevéque d'Embrun. Ils ont annoncé qu'ils attaqueraient la constitution de leur province et la nomination de ses députés. Les commupes ont déclaré qu'elles n'étaient encore rien , qu'elles ne foimaient poiuit un ordre , qu'elles formaient une simple assemblée de citoyens réunis par une autorité légitime pour . attendre d'autres citoyens ; qu'elles ne pouvaient y par conséquent , examiner ce différent. Ces Messieurs se sont égale-* ment présentés aux assemblées partielles des deux autres ordres : nous retidjx)ns compte en son lieu des réponses qui leur ont été
faites.
Nous placerons ici, jour par jour , le résultat des opérations du clergé.
Le 8 , continuatipn de k vérification des pouvoirs ) propositbn de nommer la cOmmbsion conciliatoii'e , délibérée la veille : elle a été indiquée pour le lendemain , à la pluralité des voix.
Le 9 y délibéré que la députation conciliatoire serait composée de huit, commissaires , et que l'élection en serait faite au scrutin-; les trois plus anciens d'âge ont été nommés sçrutateui*$. Cette opération n'ayant pu se terminer , a été remise au lundi 1 1 ; le vase
436 ÉCLAIRCISSEME^S tnStOllïQtÈS
contenant le reste des billets a été enfermé dans un appartemeûf/ dont M. rarcheVécpie de Rouen ^Taisant les fonctions de président^ a pris et emporte la clef.
Le 1 1 , continuation de louverture des billets ; les voix l>îen vë~ rifices , M. le président a annoncé que la pluralité s'était réunie en faveur de Messieui's :
L'archevêque de Bordeaux , i44 voix ; Tévêque de Langres, 1 18; Cotsér y Chahoiné de Verdun , io3^ Dillon , curé, 49 ; Richard , 49 ; Thibault, curé ^ 43 ; Le Sève , 4i .
^Ensuite il a été nommé une députation pour Tordre de la nor- MtôSe, chargée db leur faire part du désir de MM. du clergé , de former une commission des diiOftlrêns ordres poiu* conférer à Tainiable sur les moyens ae procéder à la vérification des pouvoirs.
La délibération a été portée, écrite et non signée » attendu que Ta chanibre^'n^ayant pas vérifié ses pouvoirs d'une manière définitive , n'est pas légalement constituée.
L'assemblée partielle de la noblesse a tenu , le vi , une séance de sept heures, datïs laquelle elle a délibéré qu'elle se regardait edittnife sufâsâiilment Constituée pour procéder à la vérification des ^uvoiiis ; MM. les dissidehs du Dauphîné se sont présentés danscette a&semblée. M. le niàrquîs dé Blacon , député du Dauphîné, îéu'r a déraandé s'ils agissaient en leur nom- seulement, parce qti^iis devaieiit remettre leurs pouvoii^ , dans le cas ou ils prétendraient agir au nom d'autres gentilshommes ou ecclésiastiques. M. rarchevéque d'Embrun a répondu qu'ils agissaient individuellement^ et en leur seule qualité de citoyens. Un des membres de la noblesse ayant demandé aux gentilshommes du Dauphiné ^'ils recônnaîssaientla chamSbre pour leur juge, M. de Blacon a répondu qu'ils ne pouvaient avoir d'autres juges que les ordres téunis , puisqu'ils avaient été élus par les trois ordres et représentaient la province du Dauphiné ; mais que , par respect pour la no- Iblësse , ils s'empressaient de lui prouver que les protestations des diss(idèns étaient peu fondées, sans entendre iïéanmoins être jugés' Dar elle.
Les- <Ssàidens se sont aussi rendus à l'assemblée du dergié ;• M. l'alfcbevêque de Vienne a dit qu^ se réservait, et à ses 00-^ députés y de repousser raltaque. (beUxième Lettre*)
/a mai.
Messieurs,
La siëancç du la s*e$i passëe, de la part des cpmmui^es , en pourparlers Dij^liminaires.
Le service pour Louis XV a occupe le clergé et la, ]^ol>le^se.
Les députes présumes çLes coçamunes s'y sont rendus en trèsgrand nombre, pour éviter toute apparence de dëputation régulière.
t^ mai.
Les communes » obligées de prévoir que la jconduite des ordres privilégiés pourrait exiger bient^ quelque démarcbe de leur part , jse sont occupées à se préparer les moyens d opiner et de délibérer régulièrement au moment du besoin. Le doyen et les andens ont eu missi(^n de se procurer une liste complète et nominale des dépûtes > et Ton a arrêté qudques autres moyens de police pro~ visoire.
Sur ces entrefaites , une députation de la noblesse , composée de MM. le duc de Praslin , Descbamp , le duc de Liancourt, le marquis d^ CriUoB , Saint-Maixant , Sarasin , le marcpiis d'Avaray , le priiàG« de Poix , a paru dans la salle des états-généraux , et y a Ib «I baule et irapérative voîx les arrêtés suivans :
Extrait des registres des dèlibéraUouA de MM. les députés compo^ saut la chamb^ de la noblesse au;s étqjts-généraux.
a n a été proposé de nommer des comniissairçs pour la vérifi- » cation des pouvoirs de MM. les députés. Sur quoi ayant été dé- » libéré , et les opinions prises et recueillies par la voie de Tappel D de tous MM. les députés présens, il a passé, à la pluralité de deux 1» cent dix-buit^voix , de cbarger M. le président et les dpuze plus 1» âgés de l'assemblée , après avoir vérifié leurs pouvoirs respectifs , » de vérifier ceux des autres députés suivant l'ordre des bailliages . » et sënécbaussées.
» Il a été fait ensuite {dusieurs observations , d'après lesquelles » il a été mis en délibération de savoir si les commissaires qui y» venaient d'être nommés pour la vérification de^. pouvoirs de )} MM. Içs députés de l'ordre de la noblesse » procéderaieii^ seu^
458 ÉCLAIAGISSEMENS HISTORIQUES
s> k cette vërificatioii , ou s'ils y députeraient en conamun avec lea » députes des deux autres ordres. Sur quoi ayant été délibéré , et » les opinions recueillies parla voie de Tappel de MM. les députés- » priseurs , il a été décidé , par la majorité de cent quatre-vingt-^ » huit voix, que MM. les commissaires procéderaient çeuls à la vé-* » rification des pouvoirs des députés de Tordre delà noblesse- »
Lundi II mai 1789.
ce D a été proposé de décider si la chambre de la noblesse est
V légalement et suffisamment constituée par les députés de son » ordre, dont les pouvoirs ont été vérifiés sans contestation. La
V question mise en délibération , et les opinions ayant été recueil-
V lies par rappel qui a été fait de chacun de Messieurs, calcul fait du
p résultat des opinions , il s'est trouvé trente-une voix pour dire
» que la chambre n est pas constituée ; deiix pour dire qu'il n'y
» avait pas à délibérer ; cent quatre-vingt-dix pour dire que la
» chambre était légalement et suffisamment constituée ; quatre au-
» très pour adopter le même avis , mais provisoirement et avec des
» modifications. Aingi il a été arrêté , à la pluralité de cent quatre^
^ vingt-treize voix , que la chambre de la noblesse est constituée
1» par les députés dont les pouvoirs ont été vérifiés aans con^
» testation. »
Du mardi 11 mai 1789.
« Sur ce qui a été observé que l'arrêté pris par l'ordre du » clergé , le 7 de ce mois , et remis hier à la chambre par les déu pûtes de cet ordre , contenait de sa part l'invitation de nommer D des commissaires à l'effet de se concerter et de conférer avec les » commissaires des autres ordres , il a été proposé de prendre cet )> objet en considération , et , la motion mise en délibération , il » a été arrêté , à la pluralité de cent soixante-treize voix , de nom- )> mer dès à présent des commissaires amovibles pour se concerter
V avec les autres ordres* ))
Collationné conforme à la minute; Versailles ^ le fS mai tyS^, Signé Le Çarpentier de Challouet, secmtaire de V ordre de la no-^ àlçsse.
Mais n'est-ce pas une grâce que MM. de la noblesse accordent nux autres ordres, lorsqu'ils nomment des commissaires pour su
concerter avec eux ? Puisqu'ils ont eu le droit de se refuser à Taioumement ordonné par le roi , de vérifier leurs pouvoirs séparément , de se constituer en chambre sans le consentementdes autres ordres , qui les empêche d'aller en avant, de £aire une constitution , de régler les finances , de promulguer des lois ? Les nobles ne sont-ils pas tout en France ? Qu'est-ce qu'une corporation de vingt-quatre millions d'individus? cela vaut-il la peine d'être compté pour quelque chose ? Je ne sais à quoi pensent nos écrivains politiques , lorsqu'ils nous disent que c'est là la nation , comme si les nobles n'étaient pas la nation par excellence. S'ils veulent bien admettre en tiers les vingt-quatre millions d'individus non nobles , c'est de leur part un généreux sacrifice purement polonfapre, et que personne n'a le droit cC exiger. Demandez plutôt à M. l'évêque de Nancy.
Suite du iS mau
M. Mounier, député du Dauphiné, a fait, dans l'assemblée des communes , la motion de ce nommer pour huit )ours une personne » dans chaque gouvernement. Ces personnes seraient adjointes à » M. le doyen pour mettre l'ordre dans les conférences et compter » les voix , afin de connaître la majorité des opinions sur toutes » les propositions qui seraient faites pour accélérer la réunion de » tous les députés dans la salle des états^généraux : elle serait en- » core chargée de tenir note de tout ce qui serait déterminé provi- » soirement , en évitant tout ce qui pourrait faire supposer que les » communes consentent à la séparation des députés par ordre , et » en leur conservant soigneusement le caractère d'assemblée non » constituée , dont les membres n'ont pas vérifié leurs pouvoirs , » et qui n'a d'autre but que de compléter la formation complète des » états-généraux. »
Cette motion est passée à la pluralité des voix : il est impossible de parler mieux , avec plus de raison , d'énergie et d'élégance que ne l'a fait à cette occasron M. Bamave , jeune Dauphinois , le codéputé de M. Mounier , qui annonce de grands tàlens et particulièrement ceux d'orateur.
i4 mai.
Aussitôt que l'Assemblée a eu une forpcie , sinon légale , du moins régulière , les motions tendantes à lui donner une sorte
44o J^LAIRCISSEMEKS UISTORIQ0ËS
fi'activitë se sont rajriileineiit succédées. Ceux d' entre elles ont attiré la plus sérieuse attention des communes*
C*est d'abord celle de M. Raband dé Saint-^Ëtiemie , dont voici la teneur :
Qu'il aoit permis aux personnes nommées de confSérer au nombre
de avec les commissaires nommés par MM. les ecdésiasT
tiques et les npbles , pour réunir tous les députa dans la salle nationale y sans pouvoir famaîs se d^rtîr des principes deropÊnkm par tête , et de l'indivisibilité des états-généraux.
L'autre notion est de M. Chapelier : il désire que , dans une déclaration très-finrmelle , nous démontrions au clergé et à la nchblesse l'irrégularité de leur conduite , et que nous les avisions des démarches que nous serons forcés d'opposer à leurs prétentions.
Au reste , je ne fais qu'indiquer ici le but de cette dernière rao-r tion , qui a une certaine étendue. Pressé par l'tibondance des matières, je me réserve, Messieurs, de vous en rendre un compte détaillé en parlant des débats qu'ont occasionës ces deux motions : on les a prolongés jusqu'au 16 , et ils ne sont pas encore terminés.
L'ordre du clergé montre jusqu'ici bien plus de circonspection que celui de la noblesse : il a suspendu la vérification des pouvoirs ; il s'est déclaré non constitué ; enfin , il parait désirer que les trois ordres puissent se concilier ; et si , d'après |ses démarches , on pouvait juger ses véritables intentions , on croirait qu'il se propose le rôle de médiateur , comme le plus convenable à son caractère et à ses vrais intérêts.
D'après ce système de modération , il n'est pas étonnant que les assemblées du clergé n'offrent rien de remarquable. Dans celle du 92, on a nommé douze membres pour assister au service du feu roi.
Le i3, députation à l'ordre du tiers. M. l'évêque deLidda^ portant la parole , a dit que , quelques membres des communes ayant désiré avoir par écrit l'arrêté du cleçgé , il l'apportait : sur quoi il est bon d'observer que celte demande n'avait été faite que par un ^eul membre des communes.
Le i4 , M. le président de Tordre du clergé a proposé le remplacement de M. l'archevêque de Vienne et de M. l'évêque de Langres. MM. Thiébaut , curé de Sainte-Croix de Metz , et Goûte , curé d'Ângeliers , ont , on ne sait trop pourquoi , renoncé à leui*
nomination , déclarant qu'ils désiraient que MM. les ëvéques, qui avaient le plus de voix après eux , fussent nommés. En conséquence de cette déclaration , MM. Tarchevêque d'Arles et l'évêque de Glermont l'ont été. Ensuite M. le président a proposé d'envoyer au roi une nombreuse députation pour lui présenter les respects et l'hommage du clergé , et d'inviter les autres ordres k s'y réunir : cette proposition a été reçue avec acclamation.
Le i5 y M. le président a rendu compte de la mission dont il s'était chargé envers Sa Majesté ; il a fait part de la réponse du roi : « Je vous verrai toujours avec plaisir. » Ensuite on a proposé de faire provisoirement le dépouillement des cahiers de tous les bailliages : accepté à la pluralité , à condition que l'on ne ferait point mention des pouvoirs concernant la délibération par ordre ou par tête y et que le dépouillement se ferait par ordre de matières.
Voyons maintenant ce qui s'est passé dans les assemblées de la noblesse le i3 , le i4 , le lô et le 16 : on a continué de travailler à l'examen des pouvoirs contestés.
Le la s'est consumé en pourparlers tumultueux.
Le lé y le grand sénéchal d'Albret annonça qu'il était chargé, par la sénéchaussée de Tartas , de lire à la chambre le procèsverbal d'élection de Monseigneur comte d'Artois. Après cette lecture , il ajouta que Monseigneur comte'H' Artois avait appris cette élection avec reconnaissance et sensibilité ; mais qu'il lui avait dit que les ordres du roi l'empêchaient d'accepter la députation. Ensuite M. le grand sénéchal proposa d'envoyer des députés a Monseigneur comte d'Artois pour lui témoigner le désir qu^la noblesse avait qu'il acceptât la nomination. x
Sur cette proposition, l'un des membres de l'assemblée demanda à M. le sénéchal d'Albret 3i M. le comte d'Artois l'avais chargé de faire le rapport à la chambre : il répondit cpie non , mais, que la sénéchaussée d'Albret l'en avait chargé. Après cette réponse , il fut arrêté que', la chambre ne connaissant pas officiellement lé refus de Monseigneur comte d'Artois ni les ordres prétendus du roi , il n'y avait lieu à délibérer.
Le lendemain M. le président lut une lettre de Monseigneur comte d'Artois, dans laquelle il témoignait ses regrets sincères 4*être forcé , par dm cireomtaooes particulières , de refuser la dér