VI NOTICE
maître cliéri, et la reconnaissance inspira le talent. Mais déjà ces travaux n'étaient plus qu'un délassement à des travaux plus sérieux. Les leçons de l'abbé Lacaille avaient développé les dispositions de son élève pour les sciences matbématîques , et surtout pour l'astronomie. Dès Tannée 1^62 Bailly avait présenté à l'Académie des sciences un Mémoire où se trouvaient recueillies de nombreuses observations calculées sous la direction de cet habile professeur. Ce premier ouvrage donna de son Jeune auteur une idée tellement honorable , qu'à la mort de l'abbé Lacaille , arrivée l'année suivante , l'Académie appela le disciple à remplacer le maître. Bailly, à peine âgé de vingt-sept ans, prit place au milieu des juges qui venaient de prononcer sur ses travaux.
Trois ans après , Bailly fit paraître la Théorie des satellîtes de Jupiter. Ces astres secondaires , que l'apparente irrégularité de leurs mouvemens semblait dérober au calcul , furent ramenés par ses recherches à l'éternelle loi découverte par Newton. Aidé de la théorie de Çlairault , de la méthode de Fouchy sur l'emploi du télescope , il calcula leurs perturbations, détermina leur diamètre , la durée de leurs immersions , et traça l'histoire de cette partie de la science astronomique. Ces investigations, qui donnèrent encore lieu à trois Mémoires, l'occupèrent pendant neuf années, depuis 1762 jusqu'en 1771.
Tout vaste qu'il était , ce travail fut le prélude d'un travail plus vaste encore. L'astronomie attendait un historien : ce titre exigeait , dans celui qui voudrait l'obtenir , la réunion du savoir et du génie , des vues élevées et des connaissances profondes , la patience de l'érudît
«JR LA VIE DE BAILLY. YII
et le talent de récrivain ; nul encore n'avait pu le mériter : Bailly eut le courage d'y aspirer et la gloire de le conquérir. L'Histoire de l'astronomie ancienne , fruit de quatre années de recherches laborieuses, parut en i^yS. Quatre années plus tard , l'auteur , encouragé par le succès de cette première partie , publia l'Histoire de l'astronomie modei'ne. Dès lors , la place de Bailly fut marquée entre les hommes les plus distingués de l'Europe savante : V Histoire de T astronomie fut le monument qui devait consacrer sa réputation parmi les contemporains, sa gloire dans la postérité.
Dans l'intervalle de ces deux publications , quelques lettres de Voltaire donnèrent à Bailly l'occasion dé composer deux nouveaux ouvrages. On sait que l'illustre auteur de la Philosophie de Vhistoire a placé dans l'Inde le berceau des connaissances humaines. Dans l'Histoire de l'astronomie ancienne , Bailly avait émis une opinion, différente; c'est dans le Nord qu'il croyait apercevoir l'origine de nos sciences et de nos arts, ouvrages, suivant lui, d'un peuple disparu de la terre. Il fit hommage de son livre au philosophe de I^emey. Voltaire, en répondant à l'auteur, exprima des doutes sur son système, proposa dés objections que Bailly essaya de résoudre dans les Lettres sur t origine des sciences et dans les Lettres sur TAtlan^' tide db Platon. Le premier de ces ouvrages parut en ï^^^; le second ne fut publié qu'en 1779, après la mort de Voltaire. Cependant Bailly, qui lui avait adressé les Lettres sur l'origine des sciences , lui adressa également les Lettres sur l'Atlantide. L'hommage n'était pas indigne de cette cendre illustre. Ces Lettres eurent beaucoup de succès dans leur nouveauté : on les compara même aux Lettres pçrsanes. C'était faire beaucoup
THI nOTICE
cHumneur aux hypothèses , plus îng^euses qi^e solides , sur lescpielles reposent les Lettres de Bailly. Toutefois, le ton d^urbanité qui règne dans sa discussion ^ Térudition qui s'y montre sans pédantisme , la gaieté décente qui tempère, sans l'altérer , la gravité du sujet, assi]Lrent du moins i cet écrit pdLémique une place distinguée dans notre littératane, et Voltaire, vivant encore , eût applaudi kd«^me à 1 adversaire spirituel et poli qui ne combattait ses opinions qu'en se pn>steraant devant son génie«
Peu s'en fallut que les LeUres sur T Atlantide > en ajoutant à la réputation de leur auteur ^ n'attirassent sur lui une persécution dangereuse. On ne savait pas encore en France que la législation ne doit jamais , sous peine de tyrannie et d'absurdité ^ ititerdirQ l'evamen et oommander la croyance , parce que, hors des mathématiqùés,il n'estpas d'objet sur lequel TesjNithumaqi puisse 86 croire à l'abri de l'erreur^ parce que défendre la dis- 4îU6sion 9 c'est bien souvent protéger le faux contre le vrai , et prostituer la sanction légale aux préjugés du législateur. Un journaliste accusa Bailly d'avdir subsûtué sa cosmogonie à la cosmogonie de Moïse. L'accusation pouvait avoir des conséquences graves ; déjà le livre ^ l'auteur étaient menacés d'un réquisitoire. Pour conjurer l'orage , Bailly usa d'un moyen qui , dans une occasipii semblable ^ avait déjà réu$4 à Sainte-Foix : il dénonça lui-même son dénonciateur, 0t suivit avec tant ^ vigueur sa plaixHie «n calomnie , que 1^ garde*dessoèaux intima au journaliste l'ordre de. se rétracter. Gxices à cette injonction., Taffûi^ n'aU^^ ptasplii^ loio.
il eût été d^autant plus injuste de perj^éeiâLter Bailly , ^M ce philosophé^ modéré par caraCtèriQ plus encore