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) sienne. >> Le roi est reparti, je lai reconduit jusqu'à sa voiture ; il a marché dans le même ordre , et a ëte' précédé et suivi des acclamations les plus vraies. On a remarqué même qu'elles étaient plus vives qu'à son arrivée , parce qu'alors on ignorait et ses intentions et ce qu'il venait dire. A son retour, le peuple , tranquille sur ses dispositions , n'a plus vu qu'un roi chéri. La garde nationale et M. de LaFayette l'ont accompagné jusqu'auPoint-du-Jour. Sa Majesté a voulu qu'on n'allât pas plus loin : cela retardait sa marche. En effet, il n'arriva quà neuf heures du soir à Versailles.
11 retrouva ses gardes à Sèvres , à pied , au nombre de quatre cents; l'Assemblée nationale se trouva sur son passage dans l'avenue ; un peuple immense le suivit dans les cours du château; et ce qui prouve bien que l'on avait eu quelque inquiétude pour lui , par le souvenir des désordres du i5 juillet, c'est que la reine avec ses enjans est venue se précipiter dans ses bras au milieu de V escalier des apparteniens. ( Journal de Versailles , 22 juillet , n° 14. )
Le même journal rapporte un fait que j'ai entièrement ignoré ; c'est que les bourgeois qui avaient les piques , les baïonnettes et les armes hautes au passage du roi , les avaient renversées à son retour. Les armes hautes, portées et présentées, sont des marques d'honneur. Ce changement était sans doute un signe de paix.
Je retournai à six heures chez moi , aux galeries ,
où je dinai avec des fraises. J'y reçus les visites et les félicitations de mes voisins et de beaucoup d'autres amis. C'était le bon temps alors ; il n'y avait d'aristocrates que les anciens ministres et les courtisans ; il n'y avait que deux partis , la nation et la cour. J'ai vu ce jour-la bien des amis que j'ai perdus, bien des connaissances qui m'ont oublié, et que j'ai pris le parti d'oublier aussi.
Ce jour a couru le bruit de la mort de M. Foulon , que l'on avait dit porté au ministère dans la journée du 12 juillet (1).
Je me rendis le soir au comité des subsistances, et c'est là que commencent réellement mes fonctions de la mairie. Je trouvai à ce comité mes anciens électeurs que j'avais tant chéris, et que je retrouvai aussi bons pour moi ; mais là fut aussi le commencement de mes peines. Je vis un état de choses très-alarmant et qui demandait tous mes soins ; je ne quittai presque pas ce comité pendant trois mois. J'y vis ce jour-là M. de Crosne , qui y était assidu , et qui, en cessant d'être lieutenant de
(1) Foulon passait pour être un des plus grands ennemis de la révolution ; on l'accusait , à tort ou à raison , de déprédations considérables. On lui imputait un mot qui avait excité contre lui la haine populaire. « Il voulait , disait-on , faucher la France comme l'on fauche un pré. » Craignant la fureur du peuple, après le i4 juillet, et voulant se dérober à la mort funeste qu'il redoutait , il imagina de se faire passer pour mort ; et , pour donner à cette fable les caractères de la vérité , il fit enterrer sous son nom un de ses valets qui venait de mourir à sa terre d'Houvion.
f Note des nouv. êdit. )
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police , n'avait pas cessé detre citoyen. J'y vis M. Doumer , entrepreneur des vivres , et qui jusqu'à ce moment avait travaillé avec M. Necker pour l'approvisionnement de Paris; homme trèsinstruit, actif et intelligent. Je n'aurais eu besoin que de lui pour administrer cette partie ; mais alors cela ne pouvait pas aller ainsi. La défiance était trop grande ; il n'était là que conseil. D'ailleurs, chargé des achats dans l'étranger par le gouvernement , il avait dans son portefeuille et par ses relations , la suite et la clef de toutes ces opérations. M. de Montaran , qui s'était aussi abouché avec le comité , était allé à Rouen pour faciliter les arrivages et les convois pour Paris.
Je restai à l'Hôtel-de-Ville jusqu'à minuit; je revins à Chaillot où j'habitais, vers une heure. J'avais vu le matin , au moment de l'arrivée du roi , le curé qui me demanda l'heure de mon retour; je lui répondis que je l'ignorais, que ce serait sans doute vers neuf heures ; je présumai que c'était pour quelque députation. Revenant à une heure du matin , je pensai qu'il n'en serait pas question ; et j'étais déshabillé , lorsqu'on m'annonça la visite de M. le curé et une députation des marguilliers : ils m'annoncèrent qu'on m'avait nommé marguillier d'honneur a la place de M. Jansen , qui était mort. Je n'en ai jamais fait les fonctions hors ma réception. Les marguilliers étaient presque sans activité lorsque je suis sorti de place, et la constitution d'ailleurs a proscrit toutes ces places
d'honneur , qui ne sont pas compatibles avec légalité.
Samedi 18 juillet. — M. de La Fayette et moi, nous avons été à l'assemblée des électeurs , pour exposer qu'infiniment sensibles au choix dont nous avaient honorés nos concitoyens , l'un comme maire , l'autre comme commandant-général, nous ne pouvions cependant nous regarder comme suffisamment autorisés et munis de pouvoirs légitimes, que lorsque les districts auraient fait une nomination régulière par élection et par un choix libre , ou de nous , ou de toutes autres personnes , pour ces places de la première confiance : l'assemblée , en applaudissant à ces vues de délicatesse , a arrêté « que tous les districts seraient invités à délibérer sur ces places et sur ces nominations, et à envoyer à la Ville le résultat de leurs délibérations. »
L'état déplorable des subsistances , celles du lendemain qui dépendaient sans cesse des mesures du jour, ne me permettaient pas d'en négliger aucune ; je m'imposai l'obligation de tout voir et de tout suivre à cet égard par moi-même; le salut de la ville de Paris y était attaché : je ne quittai donc pas le comité des subsistances. Je pensai que, tant que mes concitoyens pourraient craindre la famine, mon administration tout entière était concentrée dans les subsistances. 11 en résulta que, ne pouvant pas présider habituellement l'assemblée , l'assemblée agit sans moi ; le chef qui avait eu la première autorité avant moi, n'était pas fâché de la con-
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server. D'ailleurs , quoique nomme' par la ville de Paris, et chef légitime de toutes les opérations, je n'étais pas venu pour dépouiller mes anciens collègues qui s'étaient conduits avec tant de sagesse et de courage , et qui avaient sauvé Paris du despotisme , de la guerre et de l'anarchie. L'assemblée où j'étais censé présent , avait bien le droit d'agir sans moi. Mais il aurait fallu plus de concert, et que j'eusse connaissance chaque jour des arrêtés qui étaient pris : cela nous aurait sauvé l'inconséquence de faire chacun de notre côté les mêmes choses , comme j'aurai plusieurs occasions de le remarquer. Mais la jalousie de pouvoirs commençait déjà à poindre , et commençait sans doute par le chef, qui me cédait bien sa place de président quand j'arrivais , et qui ne pensait plus à moi quand je n'y étais plus.
Je rapporterai cependant ce qui s'est fait de plus important dans les séances, même en mon absence, tant pour l'histoire de la révolution et de la ville de Paris, que pour faire des observations sur l'esprit public qui tendait à se former, et que tant de causes concouraient ou à retarder ou à corrompre.
C'était le sixième jour que l'on ordonnait , que Ton administrait, et déjà tous voulaient commander, tous voulaient tout faire, il y avait une garde à la Bastille. Le district de l'Oratoire en était chargé, mais tous prétendaient avoir cette garde. On fut obligé , pour concilier les préten-
tions, de statuer que la garde serait composée de 70 hommes, dix gardes-françaises et un citoyen de chaque district.
L'assemblée , ayant considéré la quantité d'armes qui avaient été pillées dans la journée du i3, et qui étaient restées dans toutes sortes de mains ; persuadée que les gens sans aveu ne doivent pas être armés , ayant déjà ordonné que cette espèce de gens seraient désarmés lorsqu'ils seraient rencontrés par les patrouilles, et inslruite qu'ils sortaient de Paris, emportant leurs armes, au grand péril des campagnes, a chargé M. de La Fayette de faire arrêter et désarmer aux barrières les personnes inconnues , qui ne seraient pas autorisées à porter des armes par leur inscription dans la garde nationale.
On invita d'ailleurs tous les ouvriers à reprendre leurs travaux, et on fixa le prix qui leur serait payé pour les armes qu'ils rapporteraient , pourvu qu'ils fussent munis d'un certificat du maître chez lequel ils auraient repris le travail.
Une chose bien remarquable et qui prouve l'esprit de souveraineté , de législation et d'indépendance qui germait partout, c'est que le district des Petits-Augustins arrêta, à lui tout seul , qu'il serait établi des juges de paix , les qualifia de tribuns , et procéda sur-le-champ à leur nomination : c'étaient MM. Mole de la comédie française , Achet, Osselin et Lalouette. Le district envoya sa délibération et sa nomination à l'Hôtel-de-Ville. La
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révolution datait du i3 juillet; nous sommes au i8. Il faut avouer que c'était faire beaucoup de chemin en peu de temps.
Les gardes-françaises , dans un mémoire , se sont plaints de leurs officiers. Ils les ont accusés detre les ennemis les plus perfides de la nation. L'assemblée a répondu qu'elle se concerterait avec M. de La Fayette, pour leur prouver l'estime que la commune faisait de leurs services et le prix qu'elle attachait à leur conservation. Il s'agissait de savoir comment la garde du roi, à Versailles, serait relevée le lendemain; cet objet fut encore renvoyé à M. de La Fayette. Mais un objet extrêmement important, parce qu'il intéressait le corps entier, à qui la ville de Paris avait tant d'obligations, ce furent des maladies graves dont plusieurs gardes-françaises furent atteints , et le soupçon répandu qu'ils avaient été empoisonnés. On nomma sur-le-champ des médecins et des chirurgiens pris dans l'assemblée, chargés de vérifier les faits et de constater le genre des maladies. Les commissaires revenus ont rendu compte qu'ils n'avaient trouvé qu'un seul garde-française malade, et que sa maladie, examinée attentivement dans tous ses symptômes, ne présentait aucun indice de poison. Voilà comme on cherchait à remuer le peuple, surtout à indisposer les gardes-françaises, et à soulever contre lui ses défenseurs. En voici un autre exemple. On arrêta au Palais-Royal un particulier