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puis il lui a cédé le pas ; il a bien perfectionné ses principes (voyez son Discours du 4 février 1791 (t). Au reste , il est juste de dire qu'il a aussi prévenu ici. le Corps législatif dans plusieurs de ses dispositions à l'égard du clergé.
Jeudi 27 août. — Comme la dépense de l'armement
(i ) Ce sermon de l'abbé Fauchet , auquel Bailly renvoie le lecteur, offre en effet une contradiction remarquable avec les principes développés dans l'ouvrage du même auteur sur la religion nationale. Le sujet de ce discours est Y accord de la religion et de la liberté. Il fut prononcé le 4 février 1791, dans la cathédrale de Paris, en mémoire de ce qu'à pareil jour, le roi avait reconnu , au milieu même de l'Assemblée nationale , le principe de la souveraineté du peuple.
' L'abbé Fauchet, dans ce discours divisé en deux points, s'applique à établir, i° que les vrais principes de la religion sont les principes de la liberté ; 20 que le vrai régime de l'Eglise catholique est le régime de la liberté. Pour prouver le premier point , l'orateur remonte aux lois établies par Dieu même sur le peuple juif; il soutient que le Code de ces lois fut sanctionné par la liberté générale, et que le gouvernement institué par la Divinité, et voulu par le peuple, fut démocratique. «Voilà, disait l'abbé Fauchet , la législation et le gouvernement de Dieu : Tout pour le peuple, tout par le peuple , tout au peuple. »
On remarque , entre autres propositions émises par l'abbé Fauchet , les maximes suivantes : « Jésus-Christ mourut pour la démocratie de l'univers; Jésus ne veut point de tyrans Il
n'ordonne que la soumission aux chefs revêtus d'une puissance légitime , et avec les réserves qui assurent la liberté de tous les hommes, etc. »
L'abbé Fauchet établit son second point sur des preuves tirées de la conduite des premiers pères de l'Eglise, a Ménageaient-ils la tyrannie, tous ces hommes divins dont nous honorons l'invincible courage? Quand on voulait leur interdire la liberté de leurs pensées et de leurs actes religieux , se soumirent-ils à ce despo-
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était considérable, rassemblée a arrêté de demander au roi douze mille fusils, outre les six qu'il avait déjà donnés. C'était aussi pour accélérer cet armement, car elle offrait de les restituer dans les magasins. Aujourd'hui a été conclu le marché entre la commune et les ci-devant gardes-françaises, pour la vente de tous les meubles et immeubles appartenant au régiment. La commune n'examina pas les droits des vendeurs; ils étaient au moins ceux de la guerre. Il y eut un peu de précipitation dans ce marché : une des parties contractantes était très-pressée; il était intéressant de ne la pas désobliger , tant
tisme impie qui violait le premier droit de l'homme ? « Tu peux » nous égorger, tyran ; tu ne nous feras pas plier sous tes ordres » arbitraires. Torture nos corps; nous garderons nos âmes. La » parole est à nous; nous en userons en liberté tant que nous » aurons une voix pour la faire entendre. La vérité est à nous; » nous la pratiquerons sous tes yeux ; nous la propagerons jusque » dans ton palais, tant que nous aurons un cœur pour l'exhaler. » Tu m'as fait griller sur des charbons ardens : mange s tu ne » dévoreras pas l'évangile de la fraternité avec ma chair ; il va » planer avec mon incorruptible pensée sur ton empire. » Nous avons cité ce passage parce qu'il donne une idée de l'éloquence de la chaire appliquée à des doctrines et à des opinions toutes nouvelles. L'abbé Fauchet terminait par ces mots remarquables dans la bouche d'un orateur sacré : « Que tout s'ébranle , que tout s'anime dans les deux mondes, d'un pôle à l'autre , sur les trônes et dans les cabanes ; l'heure de la liberté sonne : le milieu des temps est arrivé; les tyrans sont mûrs... »
Au reste l'abbé Fauchet ne renonçait pas entièrement à son caractère. On trouve dans le même discours des reproches amers adressés à l'empereur Julien , surnommé le Sage par les philosophes , et une discussion étendue sur l'infaillibilité de l'Eglise catholique. ( Note des nouv. édit.)
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parce que nous lui devions , que parce qu'elle était alors notre seule force bien active. Les commis-* saires, M. le baron d'Espagnac et M. de Sémonville^ nous écrivaient : « Immeubles et meubles voua coûteront un million trente mille quatre cent cinquante livres , et nous avons de plus leurs cœurs, leurs canons, les fusils et les lauriers dont cette brave légion est couverte ; de sorte qu'au moment actuel elle n'est plus composée que des soldats de la garde nationale, et dès demain elle en portera l'uniforme. » Les gardes-françaises n'avaient pas voulu en effet que leurs armes fussent comprises dans le prix , et ils en avaient fait hommage à la commune. Ce qu'il y a de bizarre , c'est qu'après avoir été plusieurs jours inquiet et tourmenté sur l'issue de cette affaire , je ne crois pas avoir signé le marché qui en valait cependant la peine, puisqu'il engageait la commune pour un million.
Cent trente mille livres furent payées comptant, le reste en billets à chaque garde-française, payables au bout de trois mois. Il y avait alors à peu près deux mille huit cent trente gardes-françaises. Ils eurent chacun un billet de trois cent dix-huit livres, outre leur part dans les cent trente mille , et les cent cinquante mille livres déjà distribuées.
On a arrêté une diligence qui portait, disait-on, cinquante millions en espèces. L'assemblée a ordonné la visite ; il ne s'est trouvé que de la monnaie de billon que Ton envoyait à Cayenne. Cette aventure a été répétée bien des fois depuis. L'as-
semblée a ordonné de faire partir la caisse et la diligence , mais on n'en a pas tenu compte, et, avant qu'on ait pu y mettre ordre , il y a eu une caisse de pillée.
Le conseil et le défenseur de M . de La Salle a demandé qu'il fût justifié, et que son honneur lui fût rendu. L'assemblée, dans une affaire aussi délicate, a craint de se compromettre ; elle a voulu ménager à M. de La Salle un témoignage plus imposant, et elle a renvoyé à l'Assemblée nationale. M. de La Salle s'était, dès hier, rendu et constitué prison-* nier à l'Abbaye.
Chargé de nommer les assesseurs qui devaient m'assister au tribunal de la Ville , j'ai présenté à l'assemblée MM. Perron, Courtin Timbergue, Ver-r meil,Dufour et de La Vigne,que j'avais choisis parmi les plus anciens gradués membres de l'assemblée, Elle a décidé que le procureur du roi et le greffier, ayant droit de faire leurs fonctions jusqu'au rem-r boursement de leur charge , continueraient d'occuper au tribunal.
Hier a été terminée a l'Assemblée nationale la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (i).
Aujourd'hui elle a arrêté un emprunt de quatrevingts millions , moitié en argent , moitié en con,-
(i) Nous offrirons, dans les pièces officielles qui terminent ce volume, le texte de la Déclaration des droits, telle qu'elle fut. adoptée par l'Assemblée nationale ( note D ).
( Note des nouv. édiL )
trats , pour suppléer au malheureux emprunt de trente millions qu'on avait fait échouer.
Elle a renouvelé en même temps la sûreté de la dette , et déclaré qu'elle ne souffrirait aucune réduction : toutes causes de crainte qui avaient nui au dernier emprunt. Elle a en même temps annoncé qu'elle allait s'occuper de la formation des assemblées provinciales ; elle faisait apercevoir d'avance ses services , pour mériter de plus en plus la confiance et tranquilliser la nation qui l'avait commise.
Mort et banqueroute de Pinet : elle est de soixantetrois millions, dit-on. On croit que l'actif n'est que de trois à quatre. Un portefeuille rouge a, dit-on, disparu; il n'y a ni registres ni titres; mais on a peine à concevoir comment tant de capitaux ont disparu sans perte équivalente. On lui a soupçonné de hautes relations; on a cru qu'il avait fourni des fonds pour de grandes et secrètes opérations. On m'a cité des rapports avec certaines personnes; on a été jusqu'à penser qu'il avait été assassiné, après qu'on avait eu l'adresse de faire disparaître ses titres de créance. Je ne détaille pas plus ces soupçons, et je ne nomme personne , parce que ces imputations sans preuve tiennent de trop près à la calomnie. Au reste , ces bruits ont duré , on m'en a renouvelé les indices long-temps après, on croyait même alors pouvoir remonter à la source et à des preuves. On m'a demandé une autorisation pour arrêter et ouvrir les lettres d'un particulier parent
de Pinet ; mais la loi ne me le permettait pas : j'ai fini par n'en plus entendre parler (i).
Vendredi 28 août. — Jusqu'à présent , les contrats de rente avaient été signés par les prévôts des marchands et échevins ; je les avais signés comme au lieu et place du prévôt des marchands. 11 est
(1) Les détails qu'on va lire sont extraits du Moniteur du i5 septembre 1789. Il ne faut point perdre de vue que ce journal est toujours plus ou moins écrit sous l'influence et dans les intérêts du parti qui triomphe.
Pinet, agent de change à Paris, était caissier-général d'une société secrète dite des accapareurs , dont l'existence a été longtemps pour la France un malheur public. Cette société existait depuis un grand nombre d'années , en vertu de traités passés à diverses époques avec difïérens ministres, elle jouissait du privilège funeste d'accaparer les grains de France, de les transporter dans les îles de Jersey et de Guernesey, dont ils ne sortaient que moyennant des droits exorbitans. On comprend bien qu'un abus aussi coupable ne pouvait survivre à la révolution. M. Necker s'efforça de le détruire , mais ses efforts furent long-temps infructueux. Il ne finit que par la mort et la banqueroute de Pinet, caissier-général de la société, qui avait amassé une fortune immense par des spéculations sur les grains, et qui avait, dit-on, des relations avec MM. de Breteuil, Barenlin, de Yilledeuil et Albert, membres du dernier ministère , accusés alors de favoriser des manœuvres dont les effets pouvaient nuire au succès de la révolution. On assure que Berthier et Foulon faisaient partie de l'association. Le sort de ces deux victimes de la fureur populaire avait beaucoup effrayé Pinet ; on prétend que dès lors on observa des altérations remarquables sur sa figure. Le 29 juillet 1789, il sortit de chez lui entre cinq et six heures du soir , après avoir dîné tranquillement avec sa famille , et invité du monde à souper. Mais il ne revint pas , et l'on sut le lendemain qu'il avait reçu un coup de feu dans la foret de Vésinet près Saint-Germain-en-Laye, où il avait une maison de campagne. Quoiqu'il ait soutenu jusqu'à son dernier mo-
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certain que les échevins , depuis l'établissement de la commune, ne pouvaient plus exercer de fonctions. Les représentans nommèrent un député pour aller se concerter avec M. Necker : je ne me rappelle pas d'avoir été prévenu de cette opération; mais au moins on conviendra que c'était au chef de la commune à la traiter avec le ministre.
Enfin, aujourd'hui on a commencé à discuter le pbn de municipalité , et on a arrêté le premier article. On en est resté là, parce qu'une grande fermentation à la Halle a obligé de quitter. Cela est juste; mais cela prouve qu'une assemblée ne peut
ment qu'il avait été assassiné , on le soupçonna de s'être suicidé. Quelques personnes pensèrent qu'il avait succombé au renversement de sa fortune, amené par la crise subite qui suivit la révolution; elles imaginèrent aussi que ses associés qu'il pressait vivement pour qu'ils vinssent à son secours , s'étaient délivrés de lui pour mettre fin à ses importunités, ou dans la crainte d'une révélation indiscrète .
Pinet, avant de mourir, recommanda particulièrement un portefeuille rouge comme renfermant la sûreté de ses créanciers. Ce portefeuille ne s'est point retrouvé , et ce fait donna lieu à d'affreux soupçons , à une banqueroute de cinquante-trois millions ( et non de soixante-trois , comme le dit Bailly ), et aux plus déplorables calamités. La mort de Pinet, précédée de la fuite de la plupart des associés, détruisit la funeste association des accapareurs , dont l'existence datait de plus de soixante ans. Quinze cents familles qui avaient prêté à Pinet, sans connaître la nature de ses opérations, furent réduites à la misère.
Voilà ce que dit le Moniteur : maintenant , si l'on en croit divers biographes et Bertrand de Moleville cité par eux, Pinet avait contracté d'étroites liaisons avec le duc d'Orléans que l'on croyait le premier auteur de sa fortune, et qui l'employa dans ses accapare- »nens de grains. A l'époque de l'ouverture des ctats-généraux, la,
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pas être législative , réglementaire et à la fois administrative. Je ne me rappelle pas ce quêtait cette fermentation , mais je m'y transportai et je réussis à l'apaiser.
J'oubliais de dire que l'assemblée a arrêté que la constitution de la municipalité serait précédée d'une déclaration des droits de la commune ; voilà où conduit la manie de l'imitation ! Les droits de la commune sont-ils autres que les droits des citoyens ? L'arrêté n'a pas eu d'exécution y que je sache.
On a commencé aujourd'hui à discuter les premières bases de la constitution y et celles qui établissent le gouvernement monarchique. Sur l'ob-
cour, qui recherchait les causes de la disette que l'on éprouvait alors , le fit appeler ; il eut une conférence à Marly avec les ministres et plusieurs autres personnes que l'on soupçonnait aussi d'être dans le secret des accapareurs ; on promit à Pinet la place de garde du Trésor royal , et il s'engagea à fournir des renseignemens. Sa mort, arrivée le 29 juillet, empêcha la suite de cette négociation. «Le duc d'Orléans, dit Bertrand de Moleville, avait engagé Pinet à aller chercher son portefeuille au Raincy où il était déposé, et le renvoya dans une voiture avec des gens de sa maison. Comme it revenait à Paris , il fut assassiné , et les gens du duc déposèrent qu'ils avaient élé attaqués par des voleurs ; après les premiers secours qu'on lui administra , Pinet s'écria : « Mon portefeuille ! yj mon portefeuille ! les scélérats ! » Suivant le même historien ,, les créanciers de Pinet découvrirent vers la fin de 1791 un ancien valet de chambre du duc d'Orléans, et en obtinrent des renseignemens précieux ; mais cet homme disparut au moment ou il allait être amené devant la justice , et l'on n'a pu le retrouver. On a dit dans le temps que le duc d'Orléans avait acheté son silence et favorisé sa fuite. ( Note des nouu. édit. )
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jection que le mot monarchie a été différemment entendu et a signifié différentes choses , M. de WimptTen , dans une rédaction qu'il avait faite , proposait le mot de démocratie royale. Ce qui est très-remarquable , on trouvait bizarre l'association de ces deux mots ; mais on ne savait pas alors où l'on était entraîné , et il me semble que le résultat de la constitution est une démocratie royale ou une monarchie démocratique.
Un district a demandé d'aller chercher des canons qui étaient à la terre des Boulets , à seize lieues de Paris; terre appartenant à M. Talon. On n'avait point de droit pour ces expéditions hors de Paris, nous n'y consentions, M. de La Fayette et moi, que comme permission de sortir; et d'ailleurs il aurait été dangereux de les refuser. On regardait comme politique de dépouiller les particuliers de ces moyens de défense; et on avait raison : nous y consentions , sous la condition que ce fût aux frais des demandeurs. On fut aux Boulets : madame Talon y était; elle consentit à l'enlèvement des canons : ils étaient de bois.