Livre de M. Cérutti sur la constitution (i), où
(i) Cérutti , membre de la société des jésuites avant la révolution , et l'un des plus célèbres professeurs de son temps , avait adopté , en 1789 , les idées nouvelles ; il s'était lié avec les principaux membres de l'Assemblée constituante , particulièrement avec Mirabeau , auquel il se rendit plusieurs fois utile dans la préparation des matériaux de ses discours , et dont , après la mort de ce grand orateur , il prononça l'éloge funèbre. Cérutti est le fondateur du journal célèbre qui , sous le nom de Feuille Villageoise , cou-
DE BAILLY. 3l5
il proposait deux chambres; Tune de propriétaires, l'autre de la classe industrieuse : c'était le meilleur moyen de perpétuer les divisions de ces deux classes, et de faire périr l'Etat sous leur lutte éternelle. Je remarque que M. Cérutti ne voulait ni sanction royale ni royauté, et que l'auteur de la Chronique ( i ) protégeait alors le veto et le roi. {Chron. 29 août ij8ç).)
Samedi 29 août. — M. de La Fayette a fait demander jour à l'assemblée pour recevoir le serment des officiers de la garde nationale non soldée. L'assemblée a fixé le lendemain dimanche à midi : elle ne m'en a point averti; M. de La Fayette ne m'avait pas prévenu.
Il y a eu l'après-midi une émeute à la Halle , où M. Fondeur, membre de la commune, courut de grands risques.
Un boulanger lui ayant dit qu'il lui fourrerait son couteau dans le ventre, il lui répondit qu'il s'exposerait à se faire pendre. On prétendaitqu'ilavait dit : Avant quinze jours, il y aura plus de vingt boulangers d'étranglés. Les agitateurs supposent gratuitement ces propos pour irriter le peuple. Tout fut calme par la prudence de M. Defresne ,
tribua puissamment à répandre dans les campagnes les principes de la révolution française. Il fut membre de l'Assemblée législative en 1791 ; mais la faiblesse de sa santé ne put résister à l'excès du travail, et il mourut en mars 1792. Les ouvrages politiques de Cérutti sont plutôt d'un esprit agréable et fin que d'un politique profond. ( Note des nouv. èd'U. )
(1) M. Millin. — Voyez, la note précédente.
3l6 MÉMOIRES
son collègue, parle courage, le sang-froid et la douceur de M. Meyer, jeune officier suisse, qui a fait ce service difficile pendant deux mois, et qui , en y mettant l'ordre , s'est fait aimer de tout le monde. J'ai voulu lui obtenir la croix de Saint- Louis; mais il était trop loin de son temps : on lui a offert pour lui des grâces pécuniaires qu'il a re-^ fusées; enfin, le roi lui a donne une médaille d'or, et la commune une attestation et des renier cime ns bien mérités.
Aujourd'hui, l'Assemblée nationale a rendu un décret, pour établir la libre circulation des grains dans tout le royaume , et pour défendre en même temps toute exportation chez l'étranger.
On a proposé aussi à la délibération les deux questions importantes de la permanence, ou de la périodicité des Assemblées nationales et de la sanction royale : on a commencé à délibérer sur la seconde.
Le lundi 17 août, l'assemblée des représentais avait fait un règlement pour ne plus recevoir personne dans l'atelier de Montmartre, pour que tous ceux qui n'étaient pas de Paris eussent à s'en retirer et regagnassent leur province, au moyen d'un passe-port et de trois sous par lieue; la dissolution totale de l'atelier fut arrêtée pour lundi 5i. La prévoyance et les soins qu'on employa l'opérèrent plus paisiblement qu'on n'avait espéré. On se débarrassa ainsi d'une masse de dix-sept mille hommes qui était très - inquiétante ; ceux qui étaient
DE BA1LLY. %lj
étrangers à Paris s'en allèrent : on ouvrit des ateliers moins grands et séparés pour les habitans qui avaient beaucoup souffert de la révolution. J'ai vu des marchands, des merciers, des orfèvres, implorer la faveur d'y être employés à vingt sous par jour. Il faut avoir été maire de Paris, ou officier municipal dans toutes ces circonstances, pour savoir ce que la sensibilité avait à souffrir à chaque moment de la journée.
Dimanche 3o août. — Ce jour est un jour remarquable pour moi. Il a commencé une guerre interminable entre les représentans de la commune et moi ; guerre que j'ai soutenue , je crois, avec quelque avantage , mais dans laquelle j'aurais succombé, si je n'avais pas eu tous les moyens d'estime et de force que l'opinion m'avait donnés.
J'avais vu avec bien de la peine que ce projet d'organisation municipale, objet si nécessaire, si instant, porté à l'assemblée , le 12 août, avait essuyé tant de retard et de remise, que le 29 il n'y avait encore que le premier article d'arrêté. M. Brissot proposa ce jour-là même un mode de délibérationsurleplan, qui fut ajourné jusqu'après l'impression : ainsi la forme de l'examen et de la discussion n'était pas même décidée; j'étais effrayé de penser au temps que prendrait la discussion de. . . . articles. L'assemblée n'avait point discuté le règlement militaire : elle l'avait envoyé sur-le-champ aux districts; je pensais qu'elle aurait dû faire de même de celui-ci , parce que je voyais tous les
maux présens qui résultaient, et tous les dangers futurs qui pouvaient résulter du défaut d'administration municipale. Je voyais évidemment que cette assemblée , quoique composée pour la plupart d'excellens citoyens bien intentionnés, était flattée du pouvoir, désirait de le conserver, et, sans s'en apercevoir, n'était pas fâchée de reculer le terme qui devait l'en dépouiller. J'ai toujours regardé comme principe que les grandes assemblées ne peuvent pas administrer, i° d'abord, parce qu'il n'y a jamais de secret (je suis partisan de la publicité , je sais qu elle est la garde de nos droits; mais en administration , c'est la publicité des choses faites et non celle des choses à faire); 2° les affaires y peuvent être portées par le premier qui demande la parole, et souvent dans des circonstances ou qui les font échouer, ou qui les rendent dangereuses à traiter; 3° les affaires y traînent toujours, parce qu'elles sont discutées par beaucoup de personnes, et souvent elles n'y sont pas mieux décidées, parce que le plus grand nombre n'est pas le plus instruit. Quand je dis instruit, je n'entends pas des principes , mais des circonstances , des localités , des convenances, des présomptions morales, et d'une infinité de choses qui font admettre, suspendre ou rejeter une proposition; et ces considérations sont ce qui caractérise la véritable administration. Je regardais comme important au bien public de faire cesser le plus tôt possible cette administration par assemblée. Cela était d'autant plus instant que,
dans cette suspension d'un vrai gouvernement , les districts continuaient de s'assembler, et exerçaient chacun dans leur arrondissement une assez grande autorité : ils avaient chargé leurs cent quatre-vingts représentans d'administrer,, et cependant ils administraient eux-mêmes. Parmi les journalistes dont la plume n'était pas encore dirigée parun parti, Prudhomme(i) observait, le 1 4 août, que les districts, au lieu de se regarder comme des fractions de communes, forment des communes séparées, et s'attribuent une volonté entière , quoiqu'ils n'aient qu'un soixantième de volonté : il disait, le t5 : « La mésintelligence qui règne dans les districts , la contradiction de leurs principes, de leurs arrêtés et de leur police, leur désunion de sentimens avec le corps municipal, offrent, depuis que le premier danger est, passé, le spectacle d'une épouvantable anarchie.» (Révolutions de Paris, n° 5.) Le 22 août, il revient encore sur cet objet: il observe que chaque district s'attribue le pouvoir législatif, et donne à ses comités le pouvoir exécutif; qu'ils regardent les représentans comme leurs commis, dont ils cassent les arrêtés quand bon leur semble. (Ib id. Jin 7.) Il faut convenir que ce désordre n'était pas tolérable , il fallait au moins tâcher d'en abréger la durée. Un district prit même, le 5 août, un arrêté sur
(1) Ou plutôt Loustalot, rédacteur des Révolutions de Paris ; Prudhomme en était seulement propriétaire.
(Note des nouv. èdit. )
cetobjet, envisageant avec eflroi, dit le préambule, les funestes conséquences des idées qui, si elles n'étaient pas détruites, diviseraient la capitale en soixante républiques. (Journal de Paris, i5aoiît 1 789, supplément.) Je crus qu'il était de mon devoir d'arrêter ce désordre, et voici le parti que je pris. Le plan de municipalité établissait un conseil-général de trois cents personnes, un petit conseil de soixante, et un bureau administratif de vingt-un. Pour faire juger du délire des idées, M. de La Métherie, qui avait fait aussi un plan, faisait le grand conseil de douze cents personnes, et le petit de centsoixanteonzeo Quel petit comité! Je jugeai qu'il fallait établir provisoirement le bureau administratif; je fis une lettre circulaire aux districts, où je leur exposai le temps qu'allait prendre dans l'assemblée des représentans la discussion de tons les articles <Ju plan de municipalité, où je leur proposai de nommer les vingt officiers destinés à composer avec moi le bureau de Ville qui administrerait, pendant que les représentans continueraient l'examen du plan de municipalité. Je leur disais que si chaque district voulait choisir cinq commissaires pour les nominations, elles pouvaient être faites en huit à dix jours. Je leur faisais sentir la nécessité de resserrer la force executive qui doit être toujours en action, qui ne doit être jamais ni arrêtée ni embarrassée dans sa marche. Dans le nouvel ordre et dans la nature des choses, le gouvernement municipal doit être populaire; mais il le sera toujours assez , i° si les ofîi-
ciers sont élus librement; 2° s'ils sont souvent renouvelée ; 5° s'ils sont en nombre. Le nombre de vingt-un me paraissait bien suffisant pour gouverner la ville de Paris. Je ne désapprouvais pas que l'on établît un grand et un petit conseil que l'on aurait consultés, et auxquels on aurait réservé l'audition des comptes et la décision des affaires importantes; mais je croyais, et l'expérience m'a depuis bien convaincu que toute l'administration doit être concentrée dans ce bureau. Je demandai donc aux districts de choisir cinq électeurs pour nommer les membres de ce bureau. Je ne communiquai pas cette idée et cette lettre à l'assemblée, et j'eus tort; parce que je ne devais pas faire à leur insu une démarche qui tendait à les dépouiller des fonctions administratives, dont en général ils s'acquittaient avec zèle : il était môme convenable qu'elle fût faite avec eux. J'eus tort dans la forme de la lettre, parce que, i° je n'avais pas assez clairement exprimé que les trois cents citoyens que je demandais ne devaient être qu'électeurs; et les cent quatre-vingts devaient rester pour la confection du plan de municipalité. Ma lettre mal entendue pouvait avoir l'air de tendre à les supprimer tout-à-fait; 2° je n'avais pas mis un mot d'approbation et d'éloge pour eux et leur administration : ces défauts de forme étaient un oubli et un effet de la précipitation. La quantité d'affaires ne m'avait pas laissé le temps de revoir et de critiquer ma propre lettre. Quant au défaut de communication de ma lettre, ma rai-
son a été que je n'en aurais plus été le maître. On ma assuré vingt fois , depuis , que l'assemblée se serait jointe à moi; je n'en crois rien : on aurait au moins ajourné, discuté , modifié; on aurait fait tard et mal. Je n'en ai pas moins fait une faute, parce que l'assemblée et moi étant unis pour administrer, je ne devais pas faire cet acte sans elle; mais je voulais sauver Paris des dangers de l'anarchie que je voyais dans le lointain , et la crainte d'être arrêté dans ma marche m'a fait avancer seul.
Ma lettre est datée du 5o août , et ne partit que le 5o août pour les districts ; je ne sais comment il s'est fait qu'une brochure qui a paru le 29 au soir, et intitulée Départ précipité de Monsieur 9 etc., citait ma lettre. La brochure dénoncée, l'assemblée eut connaissance de ma lettre le matin, elle se la procura, et en fut très-mécontente.
J'étais fort tranquille chez moi , lorsqu'à deux heures on vint me dire que tous les officiers de la garde nationale m'attendaient sur la place de l'Hôtel-de-Ville pour prêter le serment. Je fus étonné et scandalisé de n'avoir pas été averti par l'assemblée. On voit qu'en m'excusant d'une faute commise, je n'ai point allégué qu'elle avait envahi tout le pouvoir, qu'elle décidait tout presque toujours sans m'appeler et sans me communiquer , enfin , qu'il y avait une grande inconsidération dans l'oubli dont j'étais perpétuellement l'objet ; je ne prétends point excuser mes torts par les siens.
Je partis sur-le-champ ; il pleuvait très-fort.
DE BAILLT. 3a5
En arrivant, je trouvai le serment prête', et les officiers très-mécontens d'avoir attendu par la pluie* Je dis assez ferme à M* de Vauvilliers , vice-président, que j'e'tais nécessaire ou non; qu'il fallait ou ne pas m'envoyer chercher ou m'atlendre; mais on juge bien que, pour ce jour-là, c'était une petite vengeance. Mon premier soin fut d'aller dans les rangs, apprendre aux officiers un oubli qu'ils ne pouvaient pas deviner, et les bien assurer que si j'avais été prévenu, comme je devais l'être, ils n'auraient pas attendu une minute. On me dit ensuite que l'assemblée me priait de monter. J'y allai , et le président , mon ancien collègue , M. de Vauvilliers , prit un visage allongé et un air fort douloureux, pour m'exposer les griefs de l'assemblée , et me dire , à son égard , combien il avait de chagrin d'être son organe, quand il s'agissait de se plaindre de son chef. M. de Sémonville parla, et bien ; plusieurs autres prirent la parole avec différentes nuances. Je ne voyais autour de moi que des visages mécontens ; je croyais bien voir aussi , sur quelques-uns , la satisfaction de me trouver en tort. Je n'ai qu'une marche dans une mauvaise affaire , c'est de dire toute la vérité. Je soutins ma démarche par l'exposition de mes motifs qui étaient pour le bien public et sans réplique, et j'avouai ingénument que j'avais eu tort de n'en pas faire part à l'assemblée. Cet aveu fut fort applaudi, et me ramena beaucoup de personnes, les unes de bonne-foi , les autres entraînées. Il fallut
ensuite délibérer sur le parti que l'on prendrait. 11 n'y en avait qu'un bon, c'était de demander par un arrêté , ce que j'avais demandé par ma lettre : c'est ce que fît l'assemblée. Je consentis à me joindre à cette nouvelle démarche; mais il fallait barrer mes vues , tant pour satisfaire le ressentiment, que pour conserveries grandes assemblées qui font que rien ne marche, mais qui satisfont l'ambition de beaucoup de personnes. On a dit : « Considérant que la lettre de M.* le maire , » conforme aux intentions de l'assemblée quant à » l'organisation provisoire, s'en éloigne quant au » mode d'organisation, et pourrait produire un » effet opposé aux vues de M. le maire, dont la » droiture et le zèle sont également connus du » public et de l'assemblée ;
i) A arrêté unanimement, en présence de M. le )) maire, et de concert avec lui :
» Que tous les districts sont invités à accepter i) provisoirement le plan de municipalité à eux enn voyé par l'assemblée, dans la partie qui concerne » l'organisation de l'assemblée générale des repré- » sentans de la commune , du conseil et du bureau » de Ville.»
Par cet article, on détruisait tout ce que les vues que ma lettre présentait pouvaient avoir d'utile; on étendait cette administration provisoire , resserrée entre vingt personnes , que j'avais voulu faire établir afin que l'on pût s'entendre et travailler. On nous rejetait dans l'embarras desgran-
des assemblées; seulement, au lieu de cent quatrevingts représentans, on risquait d'en avoir trois cents : c'est ce qui est arrivé. J'aurais bien pu refuser de signer cet arrêté , et ne pas permettre que l'on dît de concert avec lui : mais il aurait pu y avoir entre l'assemblée, peut-être par suite avec un nombre de districts, une scission qui serait devenue funeste au salut public. Je signai, en pensant que les citoyens jugeraient entre ma lettre et l'arrêté des représentans : niais je n'étais pas présent aux délibérations de ces districts; trois représentans siégeaient dans chacun , et sans doute qu'ils n'y manquèrent pas. Cependant l'estime pour moi était si entière , que le plus grand nombre des districts m'approuvèrent ; en général le public n'était pas pour les représentans; j'en juge par les journaux. (Chron. i septembre. Révolutions de Paris , n° VIII, 8 septembre.) Cet arrêté pris, il était six heures ; je me séparai de l'assemblée , avec assez de satisfaction mutuelle ; mais il y en eut plus d'un qui se promit de s'en souvenir, et qui a tenu parole. Tle qu'il y a eu de bien curieux, c'est que M. Brissot, auteur des bases du plan de municipalité, s'en allait disant partout que c'est un excellent ouvrage. (Révolutions de Paris ,n° VIII,5 septembre.) 11 s'agissait de fonds pour le prêt de la garde nationale; le gouvernement de la Bastille, le régiment des gardes-françaises, la milice de Paris , les frais de la police étaient supprimés. L'assemblée arrêta de supplier le roi d'attribuer ces fonds au
prêt de la garde nationale; ce qui fut accordé , et le roi se chargea de payer le prêt. Cet arrangement fut fait sans doute de concert avec M. de La Fayette, et ne me fut point communiqué. Si j'eusse été chargé, comme cela devait être, de traiter cette affaire avec M. Necker , j'aurais demandé que le roi se chargeât également de payer l'habillement, l'armement et le casernement; cela était également juste : dans le temps où l'on obtenait tout, rien n'était plus facile. Les revenus ne pouvaient suffire au quart de cette dépense , et cet oubli a ruiné la ville.
Licenciement, par le roi, du régiment de milice de Paris.
Le soir il y eut du trouble au Palais-Royal ; on avait soufflé la discorde. Un certain parti de l'assemblée , voulant se faire appuyer du peuple , a fait échauffer les esprits, et a élevé la querelle du veto y qui dure encore en 1792; car les gens de ce parti sont infatigables (1). On disait au peuple que des traîtres voulaient le veto absolu, que la France allait être esclave (2). Tout ce trouble av^m deux
(1) Le lecteur a déjà trouvé dans les Mémoires de Ferrières(tom.I, liv. m) des détails très-circonstanciés, quoique empreints peut-être de l'exagération de l'espiit de parti , sur la discussion du veto , et sur les troubles survenus à cette occasion au Palais-Royal. Nous le renvoyons à cet ouvrage. Nous ajouterons ici quelques laits omis ou altérés par Ferrières , afin de jeter une plus grande lumière sur cette importante époque. ( Note des nouv. édit.)
(a) Le rédacteur des Révolutions de Paris, dans son numéro 8, rend compte de différens bruits qui circulaient alors. On disait
DE BÀILLY. 327
motifs ; l'un, le désir d'empêcher l'Assemblée nationale d'accorder le veto au roi ; l'autre, de protéger les jours de M. de Mirabeau, qui étaient en danger. Je ne crois pas beaucoup à ce prétendu danger ; nous l'examinerons par la suite. Ce qu'il y a même de curieux, c'est que ce peuple , qui ne voulait point de veto , craignait pour les jours de Mirabeau, qui était pour le veto absolu ; le peuple ne savait pas encore bien sa leçon (1). Mais il n'y avait rien de si ridicule , qu'une multitude confusément réunie au Palais-Royal voulût
qu'il existait une coalition entre le clergé , la noblesse et quatre cents membres des communes ; on disait que Monsieur, frère du roi, allait conduire madame la comtesse d'Artois jusqu'à Turin. On ajoutait que Mirabeau avait été attaqué et blessé d'au coup d'épée , et qu'il avait succombé à son patriotisme. C'est au moyen de tous ces bruits que l'on espéftiit produire un soulèvement.
{Note des nouv. édit.) (1) Le fait de l'assassinat de Mirabeau n'a jamais été bien éclairci. Toutefois il est certain que les habitans du Palais-Royal , qui voulaient lui donner une garde de deux cents hommes pour ^ préserver ses jours de toute attaque, ou ne connaissaient point son opinion contraire au veto , et pensaient qu'il Se proposait de le combattre ; ou étaient guidés par des motifs secrets. Ce qui pourrait faire croire à la première de ces deux suppositions , c'est qu'on lit dans les Révolutions de Paris , que le sentiment de Mirabeau était de rejeter le veto royal. Les deux amis de la liberté émettent à ce sujet une conjecture singulière; ils pensent que l'opinion de Mirabeau était connue, mais que peut-être on se flattait del'ëbranler par une grande déférence, et de l'engager à combattre 1* veto absolu. Cette tentative, si elle fut en effet entreprise , resta , comme on le sait , sans succès. Mirabeau fut l'un des défenseurs les plus prononcés de la sanction royale.
{Note des nouv. édit.)
influer sur les délibérations des représentans de la nation , et de si inconstitutionnel, de si contraire à la validité de Ja constitution , que de supposer un moment qu'elle en eût le pouvoir. On disait qu'il fallait que quinze mille hommes marchassent à Versailles, inviter la nation à briser ses infidèles représentans et à en nommer d'autres à leur place ; et, ceci est remarquable, supplier le roi et M. le dauphin de venir à Paris pour leur sûreté (i). Le marquis de Saint-Huruge (2) est chargé de porter
(1) Il était dit textuellement, dans l'arrêté des clubistes du Palais-Royal, « que l'on n'ignorait pas quelles étaient les menées de l'aristocratie pour faire passer le veto absolu , que l'on connaissait tous les complices de cet affreux complot ; que s'ils ne renonçaient, dès cet instant, à leur ligue criminelle, quinze mille hommes étaient prêts à marcher ; que la nation serait suppliée de révoquer les représentans infidèles , et de lot remplacer par de bons citoyens; qu'enfin le roi et son fils seraient également suppliés de se rendre au Louvre pour y demeurer en sûreté au milieu de leurs fidèles représentans. » {Note des nouv. èdit. )
(2) Tous les biographes s'accordent à représenter le marquis de Saint-Huruge comme l'un des caractères les plus odieux de la révolution. Avant 1789 on l'accusait déjà d'un crime atroce. Il avait, disait-on, assassiné un homme qu'il avait provoqué en duel. H épousa à cette époque une femme galante, qui, mécontente de ses manières, l'abandonna pour des personnes puissantes auxquelles elle avait su plaire , et obtint contre lui une lettre-de-cachet en vertu de laquelle il fut enfermé à Vincennes et ensuite à Charcnton. On assure que les vexations dont il fut alors la victime devinrent la cause de la haine qu'il manifesta depuis contre la cour. Le marquis de Saint-Huruge sortit de sa prison pour se rendre en Angleterre, et ne revint en France qu'en 1789. Ce fut alors qu'embrassant le parti populaire , il se distingua par une puissance de poumons qui le rendit très-propre à soulever le peuple. C'était ,
cette motion à l'Assemblée nationale (i). On a instruit le président de l'Assemblée de ces faits par des lettres anonymes et menaçantes (2). On lui parlait de l'armée de quinze mille hommes près de partir, mais dont le départ avait été différé : on menaçait les députés d'un mauvais parti , lorsqu'ils
dit M. Beaulieu, qui ne trace pas assurément ici un portrait flatté, une espèce de rustre, sans talens , sans courage, qui n'avait d'autres moyens qu'une voix de Stentor, une grosse face, une grosse tête, un corps trapu, et le regard audacieux de l'impudence. Saint-Hurugc continua pendant tout le cours de la révolution à exercer une grande influence sur la populace. Il figura dans les journées des 5 et 6 octobre 1789, du 18 avril 1791 , du 20 juin 1792 , du 10 mars et du 3i mai 1790 , remplissant toujours le rôle d'un fanatique altéré de sang. Il est mort en i8o5.
( Note des nouv. édit. )
(1) Bailly nous apprendra plus loin que le marquis deSaint-Huruge et la députation qui l'accompagnait furent arrêtés aux barrières de Paris par la force publique , et ne purent arriver par conséquent jusqu'à l'Assemblée nationale. . ( Note des nouv. édit. )
(2) Une de ces lettres adressées au président (l'évêque de Langres ), signée par le marquis de Saint-Huruge et par quelques autres personnes , était ainsi conçue : « L'assemblée patriotique du Palais-Royal a l'honneur de vous faire part que si la portion de l'aristocratie formée par une partie du clergé, par une partie de la noblesse , et par cent vingt membres des communes , ignorans ou corrompus , continue de troubler l'harmonie , et veut encore la sanction absolue , quinze mille hommes sont prêts à éclairer leurs châteaux et leurs maisons, et les vôtres particulièiement , Monsieur, et à faire subir aux députés qui trahissent leur patrie le sort des Foulon et des Berthier. ))
Une note remise aux secrétaires contenait ces paroles : « Vos maisons répondront de votre opinion , et nous espérons que les. anciennes leçons recommenceront : songez-y et sauvez-vous. »
( Note des nouv. édit. )
ne seraient plus inviolables; en attendant on se proposait de brûler leurs châteaux; enfin on employait les manœuvres tant répétées depuis, par la crainte desquelles un parti a cberché à l'emporter sur l'autre et sur les gens honnêtes, sages , mais timides (i).
Le veto absolu , disait la Chronique , 3 septembre 1789 , ferait un grand mal. C'en serait un bien
(1) Ferrières donne, dans ses Mémoires, le texte d'une injonction menaçante qui fut faite dans le même temps à M. de Lally ; il y joint la réponse courageuse de cet honorable député. Nous y renvoyons le lecteur.
Bailly a omis de parler d'une sommation envoyée à l'Assemblée par la municipalité de Rennes et de Dinan , dans la séance du 10 septembre , et dans laquelle ces deux municipalités soutenaient que tout veto dans un monarque est destructeur de la monarchie ; qu'un seul veto est admissible , le veto populaire. Elles déclaraient qu'elles regarderaient comme traître à la patrie quiconque soutiendrait un système contraire.
Cette adresse excita de vifs murmures d'improbation dans l'Assemblée nationale. M. Garât proposa de désavouer avec les plus énergiques qualifications l'acte de deux municipalités isolées qui osaient s'ériger en juges des représentans du peuple. Mirabeau observa qu'une telle mesure était peu digne d'une Assemblée , et que l'acte inculpé ne méritait qu'un profond mépris. Chapelier tint un autre langage. Il s'appliqua à défendre son département dans lequel il ne blâma qu'un excès de zèle. Cette observation de Chapelier donna à penser qu'il n'était pas étranger à l'adresse des officiers municipaux de Rennes. On doit ajouter au reste qu'une si grave inculpation est restée sans preuv^ , quoique Ferrières la présente comme reposant sur un fait certain. L'Assemblée décida définitivement qu'il n'y avait pas lieu à délibérer sur La missive dénoncée.
{Note des nouv. édit. )
plus grand encore, si le café de Foy (i) gouvernait la France.
Il y a eu , dans cette séance ou dans les suivantes , pour le veto absolu, MM. de Liancourt, Malouet , le comte de Mirabeau , d'Entraigues , Treilhard, Soidell , Maury, Mounier, Lally, Clermont- Tonnerre , Virieu. Veto limité ou suspensif, MM. Sales, Pétion, Beaumetz, Barnave, Target, Lépaux, Grégoire, Castellane, Thouret , Duport, Montmorenci, Goupilleau, Sillery.
M. Pétion admettait le veto suspensif, mais -comme appel du roi aux assemblées primaires ; c'est-à-dire qu'il plaçait le pouvoir législatif dans ces assemblées. La nation exerçait elle-même ce pouvoir, et le gouvernement n'était plus représentatif, n'existait plus , au hasard de toutes les convulsions, de tous les désordres qui pouvaient en résulter. Je note cette opinion, pour faire voir que le système qu'on essaie aujourd'hui de faire prévaloir, ce système qui détruit la représentation et veut faire agir la nation par elle-même , est né il y a long-temps. Voyez ce qu'a pensé depuis l'abbé Fauchet; voyez ce que pensaient déjà, sur la confir-
(1) C'était au café de Foy que se tenaient les assemblées des orateurs du Palais-Royal. Ils s'y rendaient dès le matin , et n'en sortaient quelquefois qu'après minuit. L'auteur des Révolutions de Paris rapporte que souvent le maître du café , pressé de se coucher, renvoyait les assis tans qui terminaient leurs délibérations dans le jardin du Palais-Royal.
{Note des nouv. édit. )
mation des décrets et la révocabilité des députés , les districts de Paris que déjà l'on formait et que l'on instruisait.
M. Barnave a eu une idée qui me semble heureuse, pour abréger la suspension du veto ; c'est que l'assemblée elle-même demande sa dissolution et la formation des assemblées primaires pour de nouveaux députés (i).
Le vicomte de Mirabeau était contre le système d'un sénat ; il ne voulait pas deux chambres, mais deux sections de la même chambre.
M. de Virieu a dit qu'on avait le projet de diviser la nation en autant de législatures qu'il y a de provinces, sans autre lien qu'une union fédérative , comme celle des Américains, ce Je le sais, Mes- » sieurs, j'en ai la preuve. Je sais que ce coupable )) projet est entré dans beaucoup d'esprits et dans » beaucoup d'espérances. » Ce projet est donc ancien. 11 était généralement désapprouvé, car on s'écria sur-le-champ: « Non, cela n'est pas vrai , ce » funeste projet n'est celui de personne. » (y septembre. Journal de Paris , 9 septembre 1789. ) L'abbé Sieyes ne voulait aucun véêo (2).
(1) M. Beaulieu assure , dans son ouvrage sur la révolution française, que Barnave regretta dans la suite vivement d'avoir émis cette opinion sur la sanction royale. Ce fait ne paraît pas suffisamment établi pour mériter la confiance de l'historien.
( Note de,s nouv. èdit. )
(2) La discussion du veto royal s'ouvrit le 1'" septembre , et fut continuée dauà les séances suivantes. Après avoir entendu beau-
DE BÀILLY. 555
Nous avons chargé M. de La Fayette de donner les ordres nécessaires pour faire cesser le soulèvement et même pour en faire arrêter les auteurs. Nous sommes restés , séance tenante , jusqu'à trois heures du matin , et nous ne nous sommes séparés que lorsque la tranquillité a été rétablie.
M. de Saint-Huruge parut le lendemain , conduisant les patrouilles dans le Palais-Royal. M. de La Fayette et moi, prévenus de ces mouvemens, nous nous étions occupés d'empêcher que , comme on se l'était proposé , on ne se portât à Versailles en nombre. Nous envoyâmes de la cavalerie sur la route, et nous finies barrer la rue Saint-Honoré à la place Vendôme , par un poste d'infanterie. M. de Saint-Huruge qui conduisait peut-être cent ou deux*cents personnes du côté de Versailles, y fut arrêté et obligé de rebrousser chemin. 11 vint à l'Assemblée avec une troisième députation. J'y étais alors : on ne voulait pas la recevoir. 11 y avait quelques inconvéniens à mécontenter les gens qui agitaient le peuple , comme on le faisait au Palais- Royal : on n'avait point de raisons pour refuser cette députation , après avoir reçu les deux premières. Je proposai de lever la séance, et de faire ensuite entrer les députés; cela fut adopté. Je parlai à M. de Saint-Huruge, et je lui exposai les inconvéniens des mouvemens du Palais-Royal , l'absur-
coup d'orateurs pour et contre , l'Assemblée se décida , le 1 1 septembre, pour le veto suspensif.
( Note des nouv. èdit. )
dite et le danger des demandes que nous avions reçues , et je l'exhortai à concilier les esprits et à ramener la paix. Il me le promit , et se retira content de moi. Je vis que , soit défaut de caractère ou conviction, il ne résistait pas à la raison ni à la justice , quand on les lui présentait de front.
M. de La Fayette employa un moyen assez adroit; il l'engagea à prendre l'uniforme national; on eut soin de répandre que le général le lui avait conseillé , et il devint suspect aux esprits turbulens de son parti (i).
Lundi 3i août. — Les mouvemens qui avaient eu lieu hier au Palais-Royal , y ont eu lieu et avec encore plus de force aujourd'hui. Les personnes qui y étaient assemblées envoyèrent une députation à rplôtel-de-Ville (2). Je ne me souviens pas si
(1) Voyez la note précédente relative au marquis de Saint- Huruge.
(2) C'était, comme on l'a vu, la quatrième depuis la veille. Mais cette dernière députation avait un caractère particulier. Les premières avaient eu pour but d'obtenir la liberté de se rendre à Versailles, près de l'Assemblée nationale. Celle-ci était directement destinée aux représentans de la commune. Voici ce qui lui avait donné lieu : Le 3i août , les citoyens , réunis au café de Foy , mécontens des refus réitérés qu'ils avaient éprouvés la veille ,. étaient montés au plus haut degré d'exaspération. De temps en temps on entendait s'élever contre le veto un cri général. Il était question de prendre les armes , de marcher à Versailles ; le peuple , qui entourait le café , partageait les transports des orateurs^ Dans cette situation terrible , un citoyen se lève ( il semblerait , d'après Bailly, que ce citoyen était Loustalot) ; quoi qu'il en soit , c'était le même qui avait ramené le calme au Palais-Royal , lors de la délivrance des gardes-françaises. Ce citoyen prend la parole i
j'étais alors à l'assemblée, mais il est intéressant de consigner ici la demande des députés. Ils voulaient qu'on assemblât les districts, à l'effet de délibérer: i° L'opinion de la commune assemblée par individus , est-elle que le roi doive avoir le veto , c'est-à-dire le droit de refuser ou d'adopter les opérations du Corps législatif, et la commune le lui accorde-t-elle ou le lui refuse-t-elle pour la portion qui lui appartient dans le pouvoir législatif?
2°. La commune est-elle satisfaite de ses députés à l'Assemblée nationale ? Leur accorde-telle la même confiance que lorsqu'elle les a nommés, et les confîrme-t-elle ?
3°. Si elle en révoque quelques-uns, qui nommet-elle électeurs pour nommer d'autres députés à leur place ?
4°. Ne convient-il pas de donner à ces nouveaux députés , ou d'accorder aux anciens , un mandat exprès pour refuser le veto au roi, et laisser à la nation l'entier exercice du pouvoir législatif?
il prononce un discours à la fois conciliateur et énergique ( voyez ce discours, Mémoires de Ferrières , tom. Ier ; liv. m , pag. a32); il détourne de l'idée de marcher à Versailles sans caractèie légal , et propose une mesure * selon lui , plus légitime et plus efficace. C'est de se retirer vers les représentans , pour les prier d'indiquer une réunion générale des districts , afin qu'ils puissent être consultés sur le veto et sur la suspension des députés suspects. Ce discours ramène le calme : une dépivtation est nommée ; le citoyen qui a provoqué cette mesure marche à sa tête , et propose , au nom des membres du club formé au Palais-Royal , les diverses questions rapportées plus loin par Bailly. {Note des nouu. édit. )
5°. Enfin , d'arrêter que l'Assemblée nationale suspendra sa délibération sur le veto , jusqu'à ce que les districts, ainsi que les provinces, aient prononcé (i).
(i) Ces questions, proposées par l'orateur du Palais-Royal, étaient précédées du discours suivant qui mérite de trouver ici sa place :
<c Messieurs , nous n'ignorons pas avec quelle défaveur vous recevez les députa lions des citoyens qui fréquentent le Palais-Pioyal , et que vous regardez leur concours comme très - dangereux ; cependant, Messieurs, si les habitués du Palais -Royal eussent strictement observé les lois concernant les attroupemens , la Bastille subsisterait encore , et vous n'auriez pas l'honneur d'être nos représentans.
» Gardez-vous donc, Messieurs, de considérer ceux qui vous parlent au nom des citoyens assemblés dans ce moment au Palais- Royal, comme des incendiaires ; il est nécessaire que des citoyens , quelque peu instruits , se jettent dans le tourbillon , pour en diriger les mouvemens à une fin utile : chacun de nous porte dans son cœur, avec moins dé gloire et de mérite, le patriotisme d'un Bailly et d'un La Fayette.
» Nous savons , Messieurs , que l'Assemblée nationale s'occupe dans ce moment de la question de savoir si dans la constitution on accordera au roi le pouvoir négatif ou le veto.
» Cependant , Messieurs , il n'est pas un membre de la commune qui ne regarde le veto comme un sacrilège national. Nous avons entendu ce matin vingt mille citoyens crier : Point de veto, point de tyrans !
» Le moyen , Messieurs , de prévenir la fureur du peuple, c'est
de lui ouvrir des voies légales. Il veut scruter la conduite de ses
députés à l'Assemblée nationale ; il veut révoquer ceux qui ne
sont plus dignes de sa confiance (car la confiance doit être libre) ;
il veut expliquer son cahier, et déclarer qu'il n'a point entendu
accorder au roi le veto,- il veut enfin rétracter cette erreur, s'il est
vrai qu'il y soit tombé. »
{Note des nouv. èdit. )
DE BA1LLY. 5^7
Rien n'était plus séditieux et plus dangereux que ces propositions ; elles détruisaient le système représentatif. C'est une belle idée de faire délibérer tout un royaume ! C'était un moyen d'amener la guerre civile entre les ennemis et les partisans du veto; et puis rendre les députés révocables, leur ôtait leur caractère de représeutans de la nation et leur liberté. Loustalot , le rédacteur des Révolutions du Brabant (i), était à la tête de la députation; on pouvait, sans témérité , je crois , le regarder comme le rédacteur des questions , et peutêtre un des auteurs du soulèvement : mais Mirabeau, dont les dangers et les intérêts étaient liés à ces demandes , ne " pourrait-il pas être soupçonné d'y avoir eu quelque part (2) ?
L'assemblée, indignée de ces propositions , y fit une réponse très-ferme.
c( Messieurs , l'assemblée avait annoncé l'inva- » riable résolution de ne recevoir aucune députa- » tion que des corps légalement constitués ; elle » ne vous a reçus que parce qu'on lui avait annoncé, » comme de votre part, que vous vouliez proposer
(1) Bailly tombe ici dans une erreur légère. Loustalot n'était point rédacteur des Révolutions du Brabant , mais des Révolutions de Paris. Un autre journal , intitulé Révolutions de France et de Brabant , était rédigé par Camille Desmoulins.
( Note des nouv. édit.)
(2) On ne comprend pas trop comment Mirabeau , qui était partisan du veto absolu , pût être intéressé dans les insurrections du Palais-Royal. ( Note des nouv. édit. )