SUR LE BABON DE BESENVAL. XIX
absurde, et qui n'en allait que plus directement à son but , celui d'exaspérer la multitude. Ne lui ût-on pas croire , pendant la Fronde , que M. le Prince ne se nourrissait que d'oreilles de bourgeois de Paris (i)? On ne prend guère la peine de persuader le peuple , quand on peut l'abuser.
M. Gairan de Coulon , rapporteur du comité des reclierches , enfla son acte d'accusation de toutes ce» pauvretés dont il ne doutait pas. L'accusé réfuta ce long tissu de mensonges ; et, sans user de l'avantage que lui donnaient des détails ridicules , il prouva que , loin de former le projet d'attaquer, on ne s'était pas même occupé du soin de se défendre.
Le tribunal, non moins éclairé par l'insignifiance des dépositions , que par la netteté des réponses , acquitta pleinement le baron de Besenval et ses coaccusés.
Ce jugement fut précédé d'un plaidoyer éloquent de M. Desèze : il préludait à la périlleuse et noble mission qui l'immortalise.
Voici comment est terminé l'article de la Biographie , constamment défavorable au baron de Besenval : « Il « disparut de la scène politique , et finit dans une obs - » curité peu glorieuse. Il est mort le 27 juin 1794 5 à ni » ans. »
Rien de tout cela n'est vrai. Mieux informé, l'auteur
(1) Il n'y a ni petite ni grande révolution sans faux bruits, soit parce que les parties intéresse'es croient nécessaire de cacher leurs intentions au public, soit plutôt parce que le public s'aveugle lui-même, *>t n'attend jamais qu'on prenne la peine de le détromper.
(Voltaire, Mélanges Je 177 j.) ù*