SUR LE BARON DE BESENVAL. XXI
l'ambition , pour un âge plus sérieux , et poursuivre les honneurs , pour orner la vieillesse , tel était le calcul de ceux qui se piquaient d'une certaine philosophie -, tel fut celui du baron de Besenval.
Il eut peu d'ennemis , parce que la faveur dont il jouissait n'était pas celle qui met un homme en spectacle ; et qu'ayant plutôt l'air de la confiance , elle n'alarmait point l'envie. Peut-être aussi dut-il ce bonheur au soin qu'il prit d'avancer la plupart de ceux avec lesquels il avait servi , surtout les bons officiers sans appui , perdus dans la foule, oubliés ou découragés.
M. de Besenval eut d'autres amis que ceux de sa fortune , même à Versailles : il en était digne. La crainte d'un revers , c'est-à-dire d'une disgrâce , ne l'arrêta point , dans une de ces circonstances épineuses où le courtisan hésite entre son devoir et son crédit , et ne se croit pas tout-à-fait infidèle aux engagemens de l'amitié lorsqu'il compose avec eux. Quelques nuages s'étaient élevés entre la reine et la duchesse de P... Le peu d'empressement de cette dame à réparer un tort qu'elle n'avait pas , entretenait les froideurs. La reine s'en plaignit au baron de Besenval : il osa lui déplaire , en justifiant son amie. Sa fermeté respectueuse étonna d'abord cette princesse } le moment d'après , elle le remercia d'un éclaircissement qui lui faisait reconnaître son injustice. La reine se laissait quelquefois emporter par sa vivacité , mais son cœur la ramenait presque toujours avant qu'on eût convaincu sa raison.
Le baron de Besenval a tracé le portrait de madame de P... dans ses Mémoires. Le lecteur se persuadera malaisément que cette duchesse , dont le nom seul irritait la multitude , était une femme simple et modeste , insou-