XXII NOTICE
ciante de ses intérêts les plus chers , peu touchée des caresses de la fortune , et qui vit s'évanouir les grandeurs, comme on se réveille d'un songe inquiétant et pénible.
M. de Besenval aimait les lettres et les a cultivées. Ami de Crébillon fils qui peignait nos mœurs et qui les détériorait , il voulut s'exercer dans le genre que celui-ci mettait à la mode. Il fut mécontent de cette esquisse , qu'il appelait Cliimchim. Il se trouva trop libre et pas assez gai; ce n'était imiter qu'à moitié son modèle. Il fit un autre roman plus moral , à ce qu'il croyait , mais triste. Ce roman est imprimé sous le titre du Spleen. L'extrait d'une lettre de Crébillon nous dispensera de porter un jugement sur cet ouvrage.
« Votre tableau moral est bien projeté. L'invention » est heureuse ; il ne faut ni le surcharger, ni le cro- » quer, mais le remplir. Vous écrivez bien *, ne vous » forcez pas. Montesquieu dit qu'une femme , qu'il ne » nomme pas ( c'était la sienne ), marchait naturelley> ment bien \ mais que , quand elle voulait marcher » mieux , elle boitait. Evitez une chose , le tortillement )> et l'obscurité. Vous réfléchissez, vous possédez le » langage de la bonne compagnie , vous avez l'usage du » monde ; écrivez comme vous parlez. Ce qu'il importe » que vous sachiez , c'est que vous valez mille fois » mieux que vous ne voulez le croire. Vous avez reçu » de la nature un très-bon esprit 5 vous avez joint à cet » avantage, tout ce que le monde et la lecture doivent » procurer : vous êtes mon baron et celui de quiconque » se pique de respecter et d'aimer le mérite agréable > et solide. »
Collé , dans une lettre au baron de Besenval, qu'on nous, a communiquée , le félicite d'une petite composi-