SUR LE BARON DE BESENVAL. XXII
lion légèrement satirique , intitulée le Salon de Bagnolet. Ce poëme , qui ne s'est pas retrouvé dans les papiers du baron , offrait des portraits dont la ressemblance serait perdue pour nous , mais dont la couleur devait être agréable et vive. Il est permis de le présumer , d'après le peu de vers imprimés dans un volume de mélanges littéraires , attribués à M. de Besenval. Nous citerons ici des fragmens d'une ëpître à Damon , datée de Fontainebleau, 1761, et qui prouvent que, si le baron de Besenval a joué, pendant plusieurs années, le rôle d'un heureux courtisan , sa vocation ne se prononçait pas encore.
Enfin, par la foule entraîné, Damon, me voilà donc à la cour amené'! Là , libre de tous soins, spectateur sans ivresse.
De l'orgueil et de la bassesse
Je vais voir le jeu combine'.
Quel e'trange pays ! quel peuple ! quel tumulte ! Quelle divinité demande ici le culte
De l'adorateur prosterné ?
Mais il est arrivé cet instant de détresse,
Où l'huissier, une liste en main ,
De cette foule qui s'empresse
Fixera ce soir le destin :
Ce ne sont plus ces gens si gonflés d'insolence ; Regardez-les pressés, confondus, en silence,
Et le maintien étudié , Mais surtout inquiets, dans la peur qui les frappe.
Que leur nom à l'huissier n'échappe ,
Ou que le roi ne l'ait rayé.
Ou croirait que le bien où chacun d'eux aspire , Digne de leur recherche, a droit de les séduire, Par le prix qu'on attache à la réalité ;