‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 2)Chapitre 31 sur 54 · DETAILS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DETAILS HISTORIQUES

ANECDOTES MILITAIRES, INTRIGUES DE COUR, AVENTURES GALANTES, TABLEAUX DE MOEURS, etc., etc.

Anecdote singulière qui concerne la Suisse.

Kcril en 177 1 .

Au commencement du siècle, en 1705, il y eut une guerre en Suisse, dont le prétexte était la religion, et l'objet caché, de rendre populaires les cantons aristocratiques. Le peuple des cantons catholiques, excité par les moines, voulait la démocratie ; les gens de condition, en possession des charges, tenaient pour l'aristocratie; mais, n'étant pas les plus forts , ils furent obligésde paraître adhérer au plus grand nombre. Les cantons protestans soutenaient ouvertement l'aristocratie, et elle aurait été détruite , s'ils avaient eu le dessous. Les moines , pour engager les paysans à se bien battre , leur distribuèrent des agnus , en les assurant que tant qu'ils les porteraient à leurs chapeaux ils seraient invulnérables.

Les catholiques et les protestans s'étant rencontrés à Filmergue , il s'y donna une bataille décisive. Les catholiques, surpris de voir tomber le?

leurs , malgré l'égide qu'ils portaient à leurs chapeaux, s'avisèrent de casser de ces agnus, et ils trouvèrent dans chacun un billet où il y avait écrit une petite phrase allemande , dont voici la traduction : « Défends-toi } lâche ! » On devine que j'affaiblis l'épithète. M. Ffîffer m'a assuré avoir encore chez lui , à Lucerne , de ces agnus.

C'était un Pfiffer , ancêtre de celui dont je viens de parler, qui commandait en chef les catholiques. Ne voulant point vaincre les protestans , ce qui aurait rendu démocratiques tous les cantons catholiques , il prit une mauvaise position , et même se laissa tourner. Son fils , qui n'était point dans le secret , s'étant aperçu de la faute que faisait son père , après l'en avoir averti , voyant qu'il ne faisait rien pour la réparer, plein d'un enthousiasme patriotique digne des premiers Romains , vertu dont les Suisses sont bien corrigés, criait de rang en rang : Quoi ! personne ne tuera mon père ! pour moi , je ne le puis : je suis son fils !

Du roi de Prusse.

Ecrit en ij83.

L'histoire entrera dans trop de détails sur ce qui regarde la vie et le personnel du roi de Prusse , pour m'engager dans une matière aussi vaste , sur laquelle d'ailleurs je n'ai pas acquis assez de connaissance pour me permettre de la traiter : je me bornerai à quelques réflexions auxquelles m'a conduit une anecdote de M. de Voltaire.

M. de Voltaire s'entretenant avec un de ses amis, de son premier voyage en Prusse , lui dit qu'après avoir été présenté au roi , il se livra à la curiosité de tout voir dans un pays où rien ne lui paraissait indifférent ; qu'ayant parcouru le palais , il fut conduit aux écuries , où il remarqua un cheval dont la vaste place et la stale distinguée annonçaient une prédilection qui lui fit demander quelle en était la cause? On lui répondit que c'était le cheval que le roi montait à la bataille de Molwitz ( i ) . S'en retournant à son auberge , il fut arrêté dans la rue par un homme couvert de lambeaux , qui lui demanda l'aumône. Cet homme ayant l'air d'avoir servi, étonna M. de Voltaire, imbu des principes

(i) On avait prétendu que le roi de Prusse s'était enfui à cette bataille. On croyait que c'était sur ce cheval.

de la France , qui a pourvu au sort de tout militaire détruit au service de l'État. 11 lui demanda s'il avait été soldat , et il fut fort surpris d'apprendre qu'il avait été chasseur, et que c'était lui que le maréchal de Schwerin avait envoyé au roi de Prusse , pour lui porter la nouvelle du gain de la bataille de Molwitz.

Je tiens ce fait de la personne à qui M. de Voltaire l'a raconté. On n'exigera pas de moi d'en attester la vérité ; mais si c'est une métaphore , elle peint parfaitement le roi de Prusse ; sa jalousie d'abord, dont on a toujours trouvé des traces dans toutes les occasions et dans tous les instans de sa vie; ensuite la dureté de ses principes; son habitude de ne considérer les individus que comme des ressorts propres à produire les grands effets qu'il a voulu et qu'il a été nécessité d'opérer; de ne plus les voir après que comme des fardeaux importuns qu'il abandonnait, du moment qu'épuisés ils ne pouvaient plus contribuer à ces grands effets.

Voilà l'inconvénient des conquérans , le plus terrible fléau qui puisse affliger un empire ! Leurs projets sont si vastes, que si les moyens leur manquent pour les remplir, ils y suppléent en faisant céder les sentimens d'humanité , de justice , que la nature a mis au fond de tous les cœurs , à des calculs barbares d'où dérivent ces actions que la renommée porte au loin , mais qui font la désolation de tous, et qui finissent toujours par obérer les grands Etats et détruire les petits , à moins que les

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talens ou le bonheur de ces conquërans ne fixent la fortune et les évënemens , ce qui est assez rare.

Si M. de Voltaire a voulu attaquer la valeur du roi de Prusse , par le traitement distingue' qu'il attribue au cheval que ce prince montait à Molwitz , lépigramine porte à faux. L'histoire ne présente point d homme qui ait montre' autant de bravoure dans les occasions , et un courage aussi soutenu. Sa fuite de Molwitz ne peut être une tache dans sa vie ; il était jeune alors, sans expérience ; c'était ia première action où il se trouvait. M. de Schwerin , en qui il avait mis , et en qui il devait mettre toute sa confiance , quil considérait comme son maître , lui fait dire qu'il faut qu'il se retire : il s'en va, il n'y a rien là que de fort simple. A côté de cet événement, qu'on suive ses campagnes; on l'y verra entouré par des forces supérieures, coupé de toutes parts , sans ressources que ses talens et son courage, calculer le point le plus faible pour y diriger son effort , en épier le moment , s'ouvrir un passage , et se mettre en sûreté avant que l'ennemi soit revenu de son étonnement; on l'y verra surpris la nuit, dans son camp, arrêter son armée à demi nue , à un quart de lieue , la ranger en bataille , et en imposer au point qu'on n'ose l'attaquer; on l'y verra , à peine assuré d'une victoire, monter dans sa voiture , et voler pour en remporter une autre , à plus de trente lieues de la première : supérieur aux revers, les surmonter par ses ressources • prudent dans les succès, prévoyant tout, pour-

voyant à tout; administrateur éclairé , général consommé, politique profond, redoutable à ses ennemis dans son cabinet comme dans les combats , où il s'est souvent exposé. Comment ose-t-on attaquer la valeur d'un tel homme? Ajoutez qu'au milieu de tant de sollicitudes , il n'a jamais manqué un seul jour de jouer de la flûte et de faire des vers? C'est par air, dit-on : ma foi , Messieurs les grands hommes , quand vous serez fats à ce prix , permis à vous de l'être !

Autre anecdote sur le roi de Prusse.

Écrit en 1784.

Cette anecdote a été rapportée par le sieur Seffer, médecin , pendant la dernière guerre des armées prussiennes. 11 en a été témoin oculaire.

Le roi de Prusse, sévère, même farouche, dans son administration, sublime dans ses calculs , qui tous tendent , depuis la moindre de ses paroles jusqu'à la plus importante de ses actions , à porter et maintenir sa puissance au plus haut degré de force qu'il lui est possible d'atteindre, supplée souvent, par son adresse, à ses moyens. Autant il est austère et dur avec ses généraux , autant est-il populaire et familier avec ses soldats, au point que les grenadiers affectés à la garde de sa personne , le tutoyaient.

Quelque temps avant la bataille de Piosbach, époque à laquelle les affaires de ce prince étaient dans un tel délabrement, qu'il y avait tout lieu d'en augurer une perte totale et prochaine , ce prince était couché et dormait sur la paille , entouré de ses grenadiers , dans un lieu assez marécageux , pour qu'on eût fait plusieurs feux autour de lui. Un de ces grenadiers, nommé Spencer, le réveilla, en lui disant : Frédéric , voilà un de tes grenadiers qui avait déserté^ quon te ramène, — Fais-le avancer ,

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lui dit le roi ; et lorsqu'il fut en sa présence, il lui demanda quelle raison il avait eu de l'abandonner? « Tes affaires, lui répondit le déserteur, sont dans un tel état, que je t'ai quitté pour aller chercher fortune ailleurs. — Tu as raison, lui répliqua le roi ; mais je te demande de rester encore avec moi cette campagne ; et si les choses ne vont pas mieux, je te promets de déserter avec toi . » L'homme d'État , l'homme adroit, l'homme gai , trouveront la même sublimité dans cette réponse. Les grands hommes mettent leur cachet a tout ; c'est que tout chez eux part du môme principe.

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Anecdote sur la campagne de 1744*

Ecrit en 1783.

M. de Rottambourg était né Silésien, je crois. Il était venu en France , où on l'avait employé dans les négociations , et il avait terminé sa carrière par l'ambassade d'Espagne , au retour de laquelle il se fixa à Paris , où il ne vécut pas long-temps. Sa mort laissa une fortune immense à un neveu de son nom , seul héritier qu'il eût. Ce dernier avait épousé mademoiselle de Parabère , fille de la fameuse madame de Parabère , qui avait été maîtresse de M. le duc d'Orléans , régent du royaume.

Ce neveu ne jouit pas long-temps des biens que lui avait laissés son oncle. Mille dépenses, et surtout un goût effréné pour le jeu , les épuisèrent bientôt , et le réduisirent à ne pouvoir plus rester à Paris. Il prit le parti de s'en aller auprès du roi de Prusse , et de quitter sa femme , dont il n'avait point eu d'enfans, et qui se mit dans un couvent. Ce prince le reçut parfaitement bien , ce qui parut assez étonnant; car M. de Rottambourg n'avait nul talent militaire ; métier dont la vie qu'il menait l'avait toujours éloigné. Par la même raison, il n'avait d'instruction dans aucun genre , ni même des qualités aimables. Enfin on ne sait par quel motif, mais le roi de Prusse le reçut à merveille , et lui donna de quoi vivre.

Les dépenses de M. de Rottambourg , sou goût pour le jeu, qui était alors fort en vogue à Paris, son malheur constant, grand moyen pour être recherché , l'avaient fait vivre dans la meilleure compagnie , en France. Le maréchal de Richelieu l'avait particulièrement connu ; et c'est de lui que je tiens l'anecdote suivante.

11 y avait déjà long-temps que M. de Rottambourg était en Prusse , lorsque M. de Richelieu en reçut un billet, l'hiver de 174^, par lequel il sut qu'il était à Paris. Il lui mandait qu'il venait d'arriver, et qu'il désirait un entretien ; mais qu'ayant des choses très-importantes à lui communiquer, il le priait de le recevoir le plus secrètement possible, et surtout qu'il ne fût vu de personne. M. de Richelieu demeurait alors dans une très-grande maison qu'il avait à la Place Royale. Il prit en effet toutes les précautions imaginables pour faire introduire M. de Rottambourg chez lui ; et lorsqu'ils furent tète à tête, après les premiers complimens, M. de Rottambourg lui remit une lettre, en lui disant : Voilà ma lettre de créance. M. de Richelieu s'empressa de la décacheter, et reconnut qu'elle était de la main du roi de Prusse , en ayant déjà reçu plusieurs à différentes occasions. Après beaucoup de choses obligeantes pour M. de Richelieu, ce prince ajoutait : k J'ai chargé le comte de Rot- » tambourg d'une commission pour vous , et je vous » prie de prendre confiance à tout ce qu'il vous » dira de ma part. » En effet, M. de Rottam-

bourg étant entré en matière , lui communiqua « que 3e roi de Prusse avait des avis certains que, » tandis que d'après les projets arrêtes pour la » campagne de 1744? ^e rOL serait occupé à la » conquête de la Flandre, avec la majeure partie » de ses forces , le prince Charles devait , avec l'ar- » niée qu'il commandait, passer le Rhin , et entrer » en Alsace ; que le seul moyen qu'il eût pour ne » rien déranger aux desseins qu'on avait, et parer » ce coup , était que , dès que le prince Charles aun rait passé le Rhin , le roi de Crusse entrât en » Bohème , et qu'il venait l'offrir au roi de la part » de ce prince ; à une condition toutefois , c'est » qu aucuns des ministres actuels de S. M. n'eus- » sent connaissance de ce traité , S. M. Prus- » sienne voulant qu'il fût conclu entre les deux » rois et lui ( M. de Richelieu ) en tiers. » Il y avait alors en place M. d'Argenson à la guerre , M. de Puisieulx aux affaires étrangères, etM.de Maurepas à la marine.

M. de Richelieu n'eut rien de plus pressé que de faire mettre les chevaux à sa voiture, et de s'en aller à Choisy où était le roi. En arrivant , il demanda ce qu'il faisait : un homme de la chambre lui répondit mystérieusement qu'il était chez madame de Châteauroux. On ne l'interrompait guère dans ces instans. L'homme de la chambre fut assez surpris de voir M. de Richelieu poursuivre son chemin; mais comme ce sont les gentilshommes de la chambre qui donnent l'ordre à tout le monde tome 1. 3

dans l'intérieur , et qu'ils n'en reçoivent de personne , il n'osa lui rien dire.

M. de Richelieu eut la précaution de tourner plusieurs fois la clef avant d'ouvrir la porte de l'appartement de madame de Châteauroux. Le roi lui demanda assez sèchement ce qu'il voulait : H Rendre compte à V. M. d'un événement qui » presse , auquel je ne m'attendais guère , et qui » la surprendra autant que moi. » 11 raconta alors au roi tout ce qui s'était passé , et lui remit une lettre du roi de*Prusse, que M. de Rottambourg lui avait donnée ? et qui contenait les mêmes choses que M. de Richelieu venait de détailler. 11 fut tenu un conseil entre le roi , madame de Châteauroux et M. de Richelieu , sur le contenu de la dépêche , et. résolu d'une commune voix d'accepter les propositions du roi de Prusse. En conséquence, le roi dit à M. de Richelieu qu'il n'avait qu'à aller en avant , et travailler d'après ce plan. M. de Richelieu s'en excusa sur ce qu'il n'était pas assez au courant des affaires ? assez versé dans la politique pour conclure un traité; il ajouta que, puisque le roi de Prusse ne voulait d'aucun des secrétaires d'Etat , S. M. avait des gens éclairés dans son conseil; qu'on pouvait proposer le maréchal de Noailles et le cardinal Tencin. A la bonne heure, dit le roi ; allez leur parler de ma part -9 et voyez si Von en voudra en Prusse.

M. de Richelieu exécuta les ordres du roi ; les négociateurs convinrent au roi de Prusse , et le

traité fut aussi promptenient que secrètement conclu.

Les événemens de la campagne de i^44 justifièrent les avis qu'avait donnés le roi de Prusse. Ce fut après la conquête d'Ypres qu'on apprit en Flandre que le prince Charles avait passé le Rhin y et qu'il était en Alsace, favorisé par M. de Sekendorf , qui commandait les Bavarois , combinés avec les troupes du roi, et qui nous trahissait. Cet événement donna lieu à la superbe manœuvre du maréchal de Coigny qui commandait l'armée sur le Pihin. Le roi partit sur-le-champ pour se rendre en Alsace , à la tête de l'élite de ses troupes, et laissa le reste en Flandre sous les ordres du comte de Saxe, depuis maréchal de France;, il emmena avec lui le maréchal de Noailles qui avait jusquelà commandé l'armée de Flandre.

Le roi fut arrêté à Metz par une maladie trèsgrave qui le mit aux portes du tombeau. M. d'Argenson, ministre de la guerre, étant venu lui demander des ordres pour le maréchal de Noailles qui avait pris le commandement de l'armée du Rhin , renforcée des troupes tirées de celle de Flandres : Mandez-lui , répondit ce prince, que M. le prince de Condé a gagné la bataille de Ro- Croy, cinq jours après la mort de Louis XIII.

11 ne soutint pas long-temps le gpnd caractère, ni le courage qu'annonçait une telle réponse. Bientôt , sa faiblesse ordinaire prit le dessus. 11 est nécessaire de reprendre les choses d'un peu plus haut.

Le roi^ déterminé à aller à la guerre , avait joint son armée de Flandre à l'abbaye de Cisoin. 11 en fit la revue , suivi de M. de Wasnar que les Etats- Généraux lui avaient député, et qui ne put dissimuler son étonnement et son admiration de tout ce qu'il voyait. En effet, jamais coup-d'œil si beau ni si imposant ne s'offrira aux regards. Qu'on se figure cent mille hommes rangés en bataille sur Une seule ligne , dans une plaine absolument rase; en avant , vers le centre , quarante mille hommes qui composaient la réserve du comte de Saxe, et cent pièces de canon, artillerie immense alors, qui tirèrent continuellement tant que la revue dura. Jamais on n'avait vu de si belles troupes mieux équipées , ni plus d'ardeur briller dans tous les yeux. Ceux qui connaissent les Français s'en feront aisément une idée , en apprenant que c'était la première fois qu'ils voyaient leur maître à leur tête. Le roi surtout attirait tous les regards : cette figure si belle et si noble , ces yeux si beaux , si fiers et si doux en même temps , tous ces avantages , quelqu'impression qu'ils fissent à Versailles , étaient encore relevés par la circonstance. 11 augmenta l'enthousiasme que cette armée ? ce spectacle , ce bruit, cette magnificence et sa présence avaient excité dans tous les cœurs , par l'air de satisfaction répandu sur son visage , et la bonté qu'il témoignait à tout le monde ; ne passant devant aucun officier-général sans lui dire quelque chose d'obligeant , ou d'à propos ; en usant de même

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pour plusieurs corps, et même pour plusieurs colonels.

La campagne s'ouvrit par le siège de Me ni a ; le roi fut à l'ouverture de la tranchée; il y montra la même ardeur, la même gaieté et la même bonté quà Cisoin; aussi tourna-t-il toutes les têtes.

11 ne tarda pas à démentir un début aussi brillant. Madame de Châteauroux et la duchesse de Lauraguais sa sœur, étant arrivées à l'armée, le roi ne se montra plus aux troupes ; il demeura enfermé toute la journée avec ces deux femmes , et ses courtisans intimes, à jouer. Menin pris, on fit la conquête d'Ypres. Le^ roi parcourut plusieurs villes de Flandre : soit qu'il entrât dans une ville prise , soit qu'il allât dans celles de sa domination, il était reçu partout avec la même magnificence et les mêmes démonstrations de joie ; ce n'était que fêtes , qu'illuminations de tous cotés ; l'indifférence du roi , la vie qu'il menait , gâtaient tout. Dans chaque endroit , une galerie en planches conduisait, de la maison marquée pour madame de Châteauroux , à celle qu'il habitait.

Madame de Châteauroux avait des partisans ; elle avait encore plus d'ennemis. Le moment fatal pour toute maîtresse , et surtout pour celles des rois , étant arrivé , je veux dire le danger où le roi se trouvait à Metz , ceux qui lui étaient opposés songèrent à en profiter. Le duc de Bouillon , grand-chambellan, et le duc de La Rochefoucauld , grand-maître de la garde-robe, étaient à la tête de

la cabale, dans laquelle était aussi l'abbé de Fitz- James , évêque de Soissons , premier aumônier. Cet homme abusa du rôle que son caractère l'autorisait à jouer, pour avilir son maître. Beaucoup d'autres gens se rallièrent à ce parti. L'évêque de Soissons, profitant de la faiblesse naturelle du roi , de la peur qu'il avait de la mort et de l'enfer, lui persuada qu'il fallait faire amende honorable , et chasser madame de Chàteauroux. En effet, le roi , après s'être confessé , et avant d'être administré , demanda publiquement pardon du scandale qu'il avait donné, et ajouta qu'il voulait que madame de Chàteauroux partît sur-le-champ , et sa sœur aussi. La cabale triompha : les amis de madame de Chàteauroux furent très-affligés, les gens indifférens et honnêtes, indignés. Le peuple, toujours idolâtre de toute acte de fanatisme , dans l'enthousiasme de la piété de son souverain , s'anima tellement contre madame de Chàteauroux, que, sans le maréchal de Belle-] sle, qui lui prêta son carrosse pour se sauver avec madame de Lauraguais , elle aurait été déchirée.

La même faiblesse qui avait fait donner au roi une scène aussi indécente à Metz , lui fît rappeler madame de Chàteauroux lorsqu'il fut de retour à Versailles et en bonne santé. 'M. de Maurepas, un de ceux qui haïssaient le plus cette maîtresse, fut chargé de lui porter la lettre par laquelle ce prince la priait de revenir auprès de lui. Elle ne jouit pas long-temps de son triomphe. Dès le jour même, elle

tomba malade, et mourut fort peu après; ce qui fit dire que M. de Maurepas avait empoisonné la lettre du roi. Mais , outre que , grâces au ciel , le poison n'est pas dans nos mœurs , il l'était encore moins dans le caractère de M. de Maurepas , trop léger pour de pareils traits (i) : il n'était pas même ce qu'on appelle méchant ; on n'avait à craindre que ses sarcasmes et ses malices.

Cette mort fut favorable à bien des gens ; car si madame de Châteauroux , haute et vindicative comme elle l'était , fut revenue à Versailles, beaucoup de ceux qu'on y a vus constamment , n'y seraient peut-être jamais retournés , tout au moins de fort long-temps.

(i) Voyez dans les Mémoires de Linguet sur la Bastille , 3e livraison de ce recueil, page 29, la note où l'on repousse la même accusation dirigée contre M. de Maurepas.

f Note des now. èdit. )

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Bataille d' Hastenheck, et ce qui Va précédée ; réflexions sur la conduite de M. de Maillebois ; caractère de quelques généraux.

Relation écrite en 1771.

Avant que de parler de la bataille d'Hastenbeck, et de considérer si , en effet , le comte de Maillebois a voulu la faire perdre , je crois,qu'il convient d'entrer dans quelques détails sur ce qui l'a précédée , et de dire un mot du caractère de M. de Maillebois et de celui du maréchal d'Estrées.

Le comte de Maillebois a de l'esprit , il est aimable dans la société , d'un commerce facile et doux. Quoiqu'on ait cherché à nier ses talens pour la guerre , il est certain qu'il en a , et un commandement fort agréable.

Le maréchal d'Estrées ( mort à la fin de l'année 1770) avait on ne saurait moins d'esprit. Sa société , quoique sûre , était fâcheuse ; et sans le jeu qu'il aimait passionnément , il y aurait été insoutenable. Il y mettait en avant des opinions vides de sens, qu'il soutenait avec chaleur et déraison , sans jamais écouter les objections qu'on lui faisait. Il portait le même esprit dans les affaires , dans le conseil , à la tête des armées. Ce n'est pas qu'il ne fit un projet, un mémoire militaire assez bien ; mais lorsqu'il était sur le terrain , ou qu'il s'agissait du moment-, sa timidité était extrême. Il était pour-

tant très-brave de sa personne : il en avait donné des preuves à la guerre, où il avait servi avec distinction comme officier-général, et dans des combats particuliers : mais dès qu'il a commandé une armée , et que la besogne a roulé sur lui , ses craintes pour l'événement allaient jusqu'à la frayeur, et l'ont souvent rendu aussi ridicule que son déraisonnement. D'ailleurs franc , loyal, ouvert, il avait tout ce qu'il faut pour être à la tête des troupes françaises , dont il était estimé.

La guerre s'étant déclarée , le maréchal d'Estrées fut désigné, en 17^7, pour commander l'armée destinée à agir en Allemagne. M. de Maillebois venait d'essuyer un événement public qui avait nui à sa réputation; on assurait que M. le duc de Chaulnes, gouverneur d'Artois, l'avait contraint de rendre 5o,ooo francs qu'il avait tirés de cette province, en lui vendant ses services. Malgré cette tache , et tout ce qu'on put dire à M. d'Estrées sur les inconvéniens de son caractère , il le nomma pour être son maréchal-des-logis. M. de Maillebois avait épousé la sœur de M. de Paulmy , alors ministre de la guerre; il y a lieu de croire que cette considération ne contribua pas peu à déterminer le choix du maréchal.

La campagne commença de bonne heure , et le rendez-vous des troupes fut à Wesel , place trèsforte sur le Rhin, de laquelle on avait résolu de faire le siège pour début, mais que le roi de Prusse abandonna, au grand étonnement de tous les gé~

néraux , dont les calculs étaient moins justes que ceux de ce prince. 11 avait senti qu'il ne pourrait soutenir une place aussi éloignée de son point de défense , et que , s'il ne la livrait à ses propres forces , elle lui emploîrait beaucoup de troupes dont il avait besoin pour faire tête à la Russie et à l'Impératrice. D'ailleurs, ayant été jusque-là l'allié de la France , il affecta de ne se point croire en guerre avec elle, de même que la France n'arma que comme auxiliaire de l'Impératrice. En conséquence le maréchal d'Estrées avait à son armée une brigade autrichienne qui prenait le pas ; moyens de sauver les apparences que les puissances mettent toujours en usage , on ne sait pourquoi ; car personne ne prend le change*

Par le traité de Versailles, la France n'était obligée que de fournir 24*000 hommes à l'Impératrice , et ce fut le premier parti que l'on prit ; mais le régiment de Champagne , dont le comte de Gisors^ fils unique du maréchal de Belle-Isle , était colonel , ayant été désigné pour être de ce corps , le maréchal, par crainte pour lui, parla si fortement dans le conseil, et agit si puissamment, qu'au lieu de 24,000 hommes, on fît marcher une armée : précaution funeste à la France , par la perte d'hommes et d'argent qu'elle lui occasiona et qui devint inutile à M. de Belle-Isle , M. de Gisors ayant été tué dans la campagne suivante de ïj5S , à la bataille de Crevelt, en chargeant avec les carabiniers.

L'Angleterre, seule alliée qu'eût le roi de Prusse,

HISTORIQUES. /fi

prit à sa solde les troupes hessoises qui s'étaient offertes à la France , proposition que celle-ci (it la faute de ne pas accepter; et, tandis que le maréchal d'Estrées se préparait à Wesel , il se rassemblait à Bilefeld une armée composée d'Anglais , d'Hanovriens et d'Hessois , dont le duc de Cumberland eut le commandement.

Je fis la campagne de 17^7, aide-de-camp de M. le duc d'Orléans , et brigadier employé. Le maréchal d'Estrées se trouvait , .pour la première fois, commandant en chef une armée; et comme il avait toujours servi avec zèle , activité , valeur, et confiance des généraux , étant officier-général , il apporta au commandementla réputation d'homme de guerre, qu'il ne tarda pas à détruire lorsqu'on vit ses incertitudes , ses craintes et sa mollesse à maintenir la discipline. Les idées avantageuses qu'on avait eues sur son compte se changèrent bientôt en critiques amères , en propos licencieux. A peine y avait-il un mois qu'on était rassemblé, que M. d'Estrées était déjà totalement discrédité dans son armée.

11 lui aurait été d'autant plus aisé de montrer moins son incapacité, qu'il avait affaire à un adversaire bien propre à donner de la réputation à un général. Jamais on n'a vu un homme moins fait pour la guerre que M. de Cumberlaud ; il semblait être à nos ordres : dès que nous décampions pour avancer, il se mettait aussitôt en marche pour nous céder du terrain ; et à l'exception d'une très-petite a£-

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faire qui se passa à Bilefeld , entre un détachement commandé par M. le prince de Beauvau , et les dernières troupes de l'arrière-garde du duc de Cumberland , jusqu'au-delà du Weser, non-seulement il n'y eut point un coup de fusil de tiré, mais même on n'aperçut pas un seul hussard des ennemis. M. d'Estrées donnait trop de prise sur lui, pour que M. de Maillebois , d'après son caractère et sa prétention au commandement de l'armée , ne cherchât pas à l'en écarter. N'ayant point encore l'ancienneté et la consistance nécessaires pour faire ce pas^ il jeta les yeux sur quelqu'un qui lui donnât ie temps d'acquérir ce qui lui manquait de ce coté, et dont les talens ne pussent l'offusquer; il ne pouvait mieux choisir que M. le maréchal de Richelieu , son ami d'ailleurs , et qu'il croyait si peu versé dans les détails militaires , qu'il avait la certitude qu'il ne commanderait pas la campagne suivante. M. de Maillebois s'étant arrêté à ce choix, il lui fut facile, secondé par M. de Paulmy , ministre de la guerre , et par les menées de M. de Richelieu , de perdre M. d'Estrées, d'autant qu'il écrivait continuellement des lettres où il détaillait ses fautes, ses défauts et son incapacité. Cette intrigue fut conduite si secrètement , que le rappel du maréchal d'Estrées était arrêté à la cour, le commandement donné à M. de Richelieu, et luimême en chemin pour se rendre en Allemagne , sans que qui que ce fût, hors le comte de Maillebois , en sût encore rien à l'armée.

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Les choses en étaient à ce point , lorsque M. d'Estrées , qui venait de passer le Weser sans aucun, obstacle , trouva enfin M. de Cumberland qui l'attendait à Hamelen , et qui faisait mine de vouloir une affaire. Sur la nouvelle qu'il y avait un gros détachement à Halle , M. d'Estrées donna quatrevingts compagnies de grenadiers , de la cavalerie et du canon à proportion , à M. le duc d Orléans pour attaquer ce détachement. Les ennemis , selon leur ordinaire , à l'approche de ce prince , se retirèrent sur leur armée , et il n'y eut pas un coup de fusil de tiré.

M. d'Estrées avançant toujours le long de la rive droite du Weser , dans un pays montueùx et couvert, n'était plus qu'à une marche de Hamelen, où M. de Cumberland était campé faisant face au Weser , ayant sa droite à cette ville , un marais qui couvrait son front, et sa gauche au village cl'Hastenbeck, entièrement enveloppée et couverte par un ravin , qui allait se terminer à une hauteur considérable , couverte de bois, à laquelle la ligne s'adossait; fortifiée du côté qui nous regardait , par une batterie retrancha au pied , une redoute sur un petit plateau au sommet et des abattis. Cette hauteur était cernée, entre les ennemis et nous, par un chemin qui répondait à travers les bois dans la plaine de Hanovre.

Toutes les avenues de la position de M. de Cumberland étaient couvertes de bois, et par conséquent susceptibles de chicanes j M. le maréchal d'Estrées

ne rencontra aucun obstacle jusqu'aux ennemis qu'il trouva eu bataille, de la manière que je viens du dire. La première journée se passa en canonnade de part et d'autre, et à reconnaître. Il y avait deux partis à prendre , ou celui de marcher par notre droite , de se porter dans la plaine d'Hanovre, et de déposter M. de Cumberland par cette manœuvre, ou celui de l'attaquer. Le dernier prévalut , et l'on fit la disposition suivante.

M. de Chevert , M. le comte de Lorges , depuis fait duc , et M. le maréchal d'Armantières, qui n'était alors que lieutenant-général, furent chargés, à l'entrée de la nuit , de s'engager dans le chemin qui cernait le pied de la hauteur où s'ad<5ssait la ligne des ennemis , et , à la pointe du jour, de se porter avec vivacité sur le sommet , pour emporter la redoute et en chasser les ennemis. Les premiers coups de fusil de ces messieurs devaient servir de signal à deux lignes d infanterie , disposées sur le ravin qui couvrait la gauche des ennemis, pour le passer., attaquer le village d'Hastenbeck , et prendre leur ligne en flanc.

Tout ce qui avait été prescrit fut ponctuellement exécuté. M. deChevert était certainement l'homme le plus propre à conduire vivement et vaillamment une attaque. Souvent chargé de pareilles commissions , il s'en était toujours acquitté avec éclat; il avait par ce moyen obtenu de la réputation ; de la naissance la plus obscure , il s'était élevé aux premiers rangs par sa valeur, et il serait certainement

HISTORIQUES. fy]

mort maréchal de France 3 s'il n'avait pas eu des ennemis. La colonne de M. de Lorges n'eut point de succès; M. d'Armantières ne fit pas grand'chose.

Monter sur la hauteur, s'emparer de la redoute, en chasser les ennemis , fut pour M. de Chevert l'affaire d'un moment. On ne pouvait voir, de la petite plaine où étaient les deux armées, ce qui se passait à l'attaque de la hauteur dans les bois; mais il fut aisé- de juger qu'elle avait complètement réussi , par la manœuvre des ennemis, qui se voyant tournés , et au moment d'être pris à dos , firent leur retraite. Notre infanterie passa le ravin sans tirer un coup de fusil, et ne trouva déjà plus personne de l'autre côté , que quelques troupes de cavalerie qui faisaient l'arrière-garde.

On s'étonnait d'un succès aussi prompt , aussi facile, et l'on s'avançait en bon ordre à la suite des ennemis, lorsqu'on fut bien surpris d'entendre un feu considérable sur la hauteur , à la redoute qu'avait prise M. de Chevert, et d'en voir partir du canon , en même temps que , par le chemin qui cernait le pied de la hauteur, il parut une tête de cavalerie, qui débouchait dans la petite plaine, sur les derrières de notre infanterie.

Personne ne douta que les ennemis , ayant fait semblant de céder, ne fussent rentrés dans les bois auxquels ils étaient adossés, qu'ils n'eussent monté sur la hauteur et chassé les troupes que nous y avions. Chacun crut l'affaire perdue, et craignit qu'entassés les uns sur les autres. dans un terrain

très-serré , la confusion ne s'y mît, d'autant que la tète avait tourné à M. d'Estrées qui se tenait pour battu , et qui ne donnait point d'ordre.

Je n'avais pu suivre M. le duc d'Orléans auprès duquel mon devoir m'attachait , parce que M. le maréchal d'Estrées, avec lequel il était , ne voulant point avoir de monde autour de lui , avait exigé de ce prince de ne se faire suivre que par son écuyer. Je me trouvai , dans ce moment critique , auprès de M. de Contades qui commandait la première ligne. Je courus promptement sur nos derrières, devenus l'endroit intéressant; j'y trouvai M. le duc d'Orléans occupé à mettre la cavalerie en bataille, pour charger celle des ennemis. Ce prince était tout seul, M. d'Estrées ne s'étant point porté dans cet endroit. Un moment après, arriva M. de Maillebois , qui venait de notre gauche , où il s'était tenu pendant toute l'affaire , je ne sais à quel dessein ; car , séparé des ennemis par un marais , il était impossible qu'il s'y passât, la moindre chose. J'examinai avec attention la contenance de M. de Maillebois , et je dois lui rendre la justice, qu'il donna les meilleurs ordres , et les plus convenables à la circonstance où l'on se trouvait.

On ne fut pas long-temps dans la perplexité où avait jeté un événement dont il faut convenir que les apparences étaient inquiétantes. La cessation du feu de la hauteur , et la retraite de la cavalerie des ennemis, qui avait fait mine de déboucheries bois , fit aiséniejit connaître que ce n'était ni une

manœuvre concertée de M. de Cumberland, ni uu corps marchant pour se mesurer avec nous.

On a su depuis que M. de Chevert, après avoir chassé les troupes qui gardaient la redoute et la hauteur, s'était toujours avancé par les bois, sur la crête de cette hauteur , jusqu'à la gorge de Besperode , qui était derrière la ligne des ennemis , environ vers le centre , où il s'était arrêté , sans se commettre à descendre avant que de savoir ce qui se passait dans la plaine , et que les troupes qu'il avait fait plier , descendant tout de suite vers la plaine , pour se rejoindre à leur ligne , arrivées au bord des bois , au lieu d'y voir leur armée qui en était déjà retirée, se trouvèrent si près de la nôtre, qui marchait en avant , qu'elles firent une décharge , à bout portant, sur le régiment de Champagne qui fermait notre droite , et qu'elles firent plier. Profitant de cet instant de désordre , ces troupes rentrèrent dans le bois , et remontèrent sur la hauteur, par derrière M. de Chevert, déjà passé , qui n'en eut aucune connaissance ; et ^ poursuivant leur chemin pour se retirer par nos derrières sans être vues, lorsqu'elles furent au petit plateau et à la redoute d'où M. de Chevert les avait chassées, elles y aperçurent le régiment d'Eu que cet officier général y avait laissé. Ce corps, d'après la confiance et l'indiscipline françaises, était débandé. La plupart des soldais dormant, d'autres en chemise , ou cherchant de l'eau , ce corps des ennemis n'eut pas de peine à culbuter dans la vallée une troupe aussi

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