TOME I
dans les bois sur les hauteurs, vers un moulin qui porte le nom de Moulin de Schafffiausen. Tout notre canon fut en batterie : en un mot, nous nous trouvâmes en si bon ordre, que M. le prince héréditaire ayant essayé de nous tâter dans les bois, y trouva tant de coups de fusil, et tant de coups de canon dans la plaine, qu'il s'arrêta et ne tenta plus rien.
L'avis de beaucoup de gens était de demeurer dans notre position et d'y recevoir la bataille , si M. le prince Ferdinand voulait nous la donner; mais M. de Soubise, avec une détermination qui ne lui était pas ordinaire, ordonna qu'on se porterait à une demi-lieue en arrière du point où nous étions , tirant vers Souest , pour se mettre derrière un landwergt(i), position en effet plus avantageuse que celle que nous occupions.
Les ennemis marchèrent sur nos traces, et vinrent se mettre en bataille vis-à-vis de nous, le landwergt entre deux, presque à la portée de fusil. Le pays était si couvert de bois , que presque à bout touchant nous ne nous voyions pas. Nous demeurâmes deux jours et deux nuits, les uns visà-vis des autres, en bataille, et l'arme au poing, sans que M. le prince Ferdinand tentât la moindre
(1) Un landwergt est , en Allemagne , une ligne de démarcation de territoire faite par deux fossés qui se joignent , et sur les crêtes desquels il y a des broussailles et des épines plantées ; ce qui compose d'excellens retranchemens.
chose. En effet , notre poste était trop bon pour nous y attaquer. Le soir du second jour que nous le prîmes, M. le maréchal de Broglie, qui arrivait avec son armée à Souest, dont nous n étions plus qua deux lieues, vint joindre, de sa personne, M. de Soubise, pour s'aboucher avec lui.
J'ai déjà dit que M. de Broglie était l'idole des officiers particuliers, et il s'en fallait bien que M. de Soubise pût compter sur l'attachement de son armée. Au peu d'opinion qu'on y avait de ses talens , se joignait l'humeur des bivouacs et des fatigues continuelles qu'on avait essuyées depuis quelques jours , et c'est ce qu'une armée française pardonne peu à son général. D'ailleurs si près des ennemis, toujours au moment d'entamer une affaire, les marchands de denrées se tenaient au loin, et les officiers manquaient de pain et de viande. Cette privation ne diminuait pas le mécontentement.
Dans ces dispositions , M. de Broglie parut à notre armée , et il se fit un certain brouhaha parmi les troupes dont il fut aperçu, ce qui désignait de reste que tous les vœux se tournaient de son côté. La chose fut poussée plus loin. Lorsqu'il passa devant la maison du roi, M. le chevalier Danfreville, chef de brigade des gardes-du -corps, extrêmement attaché à MM. de Broglie, s'avisa de battre des mains, et toute la ligne lui répondit. M. de Soubise se tira mieux d'un événement aussi mortifiant pour lui, que peut-être tout autre n'au-
rail fait à sa place. Il reçut M. de Broglie au pied d'un petit tertre où il avait établi son quartiergénéral ; et sitôt qu'il en fut joint : c* Monsieur , lui dit-il, vous voyez avec quels applaudis s emens mon armée vous reçoit : vous lui devez de vous faire voir à ceux dont vous n'avez pas encore été aperçu; » et sur cela , il l'entraîna sur le tertre où Ton discuta ce qu'il y avait à faire , d'après la position des choses, et où il fut résolu qu'à l'entrée de la nuit M. de Soubise se mettrait en marche pour Souest, et terminerait enfin sa jonction avec M. de Broglie.
En effet , à l'entrée de la nuit , nous nous ébranlâmes sur trois colonnes; notre marche se fit trèstranquillement et avec beaucoup d'ordre. A la pointe du jour, on aperçut dans l'éloignement, sur notre gauche , une quatrième colonne ; c'était M. le prince Ferdinand qui se dirigeait vers la position de Fillinghausen : spectacle qui ne se reverra peut-être jamais, que deux armées opposées se soient mises en marche en même temps pour se porter dans la même direction.
Les maréchaux de Soubise et de Broglie prirent leur quartier-général dans Souest, qui est une très-grande ville ; et leurs armées, quoique campées séparément, étaient à portée l'une de l'autre.
La position de Fillinghausen, qu'avait prise M, le prince Ferdinand , est une hauteur fort élevée, qui peut avoir une lieue et demie de long, et qui, eu égard à nous, tombe par son pendant gauche à la Lippe, dont le front est couvert par un
vallon profond au milieu duquel coule un ruisseau; son pendant droit tombe dans la plaine de Souest ; ses derrières sont de même escarpés , et toutes les avenues de sa circonférence sont si couvertes de bois , de haies et de difficultés , qu'il est trèsdifficile d'y pénétrer.
On parlait diversement de cette position dans nos armées. Les maréchaux étaient assez incertains sur ce qu'ils en devaient penser, et n'eurent garde de consulter plusieurs officiers-généraux , tels entre autres que MM. de Voyer et de Ségur qui avaient servi sous le maréchal de Contades, les campagnes précédentes ; et le maréchal avait pris cette position où M. le prince Ferdinand n'avait pas osé l'attaquer.
Après quelques jours de repos à Souest, on tint un conseil de guerre où présidèrent les maréchaux , et où furent admis le marquis de Castries et le comte de Broglie, maréchaux-des-logis; M. le prince de Condé, et M. le lieutenant de Stainville, ce dernier apparemment comme frère du ministre. Il y fut résolu qu'on attaquerait M. le prince Ferdinand sur plusieurs points. M. de Broglie se chargea de la gauche des ennemis, et devait se diriger le long de la Lippe sur le village d'Altrop. M. le prince de Condé avait une attaque intermédiaire entre M. de Broglie et M. de Soubise. M. de Soubise devait se diriger sur Scheidingen. M. Duménil, lieutenant-général, eut une attaque sur le flanc droit de M. le prince Ferdinand, par le pen-
dant qui tombe dans la plaine de Souest; et M. le marquis de Voyer, lieutenant-général, fut chargé d'attaquer les derrières de la position des ennemis. Cette disposition arrêtée, on convint encore, avant de déterminer une attaque sérieuse, vu les difficultés du terrain, de faire des reconnaissances sur la position même de M. le prince Ferdinand, et à coups de fusil, pour être sûrs des débouchés; de manière que le premier jour ne devait être destiné qu'à se porter sur les difierens points; le second à reconnaître, et le troisième à attaquer, si les maréchaux, après avoir acquis des connaissances suffisantes , et conféré ensemble , jugeaient la chose praticable.
Les armées s'ébranlèrent, et chacun se dirigea sur le point qui lui était assigné. J'étais de l'attaque de M. de Soubise, et, chemin faisant, nous entendîmes tirer du canon du côté de M. de Broglie, ce qui ne nous étonna pas, attendu qu'il devait s'emparer d'un château qui était sur son chemin. Ce canon continua, et nous étions déjà campés au lieu de notre destination, la nuit était venue, que nous l'entendions encore se soutenir avec autant de vivacité; même nous distinguions un feu de mousqueterie trop considérable pour l'attaque d'un château. Alors l'inquiétude prit à M. de Soubise. Il essaya d'envoyer des aides-de-camp pour être instruit de ce qui se passait à l'armée de M. de Broglie , sans qu'aucun pût passer, vu les difficultés du terrain, dans un pays inconnu, la nuit, où la
crainte de se perdre et detre pris les arrêtait à chaque instant.
Je me jetai sur de la paille dans la chambre de M. de Castries, d'où je sortais de temps en temps, pour e'couter si le feu de M. de Broglie ne cessait point, et je l'entendais toujours se soutenir de même. Enfin, entre deux et trois heures du matin, M. de Soubise envoya chercher M. de Castries. Je le suivis, et nous lûmes une lettre de M. le maréchal de Broglie qui mandait à M. de Soubise, qu'ayant attaqué le village d'Altrop, il l'avait emporté; que les ennemis avaient essayé de l'en chasser, mais qu'il s'y était maintenu; qu'il continuait d'être aux prises avec eux , et qu'il le priait d'agir pour ôter à M. le prince Ferdinand la facilité de tirer des troupes de son centre et de sa droite pour les diriger sur lui et l'accabler.
Dans l'instant, M. de Soubise fit prendre les armes à ses troupes , et les porta sur Scheidingen qu'il fît attaquer et qu'on emporta avec assez de facilité. La brigade de Piémont fut chargée de jeter un pont sur le ruisseau. Le canon tirait de notre côté et de celui des ennemis, et toutes les troupes étaient en panne, attendant que le pont fût construit pour passer le ruisseau et attaquer sérieusement.
Toute cette besogne ne laissa pas que de prendre du temps, et il pouvait être dix heures du matin a l'instant dont je parle. Je m'étais avancé en personne vers le pont pour reconnaître le débouché,
et ne m'y étant pas arrêté long-temps, je fus fort surpris, en revenant au régiment des gardes-suisses, de le trouver, ainsi que celui des gardes-françaises, en pleine marche de retraile. J'en demandai la raison à M. de La Saône, lieutenant-colonel des gardes-françaises, qui me dit, en s'approchant de mon oreille, que M. de Broglie était battu; qu'il venait de mander à M. de Soubise qu'il faisait sa retraite; que ce dernier allait aussi se retirer, et que la brigade des gardes marchait actuellement , pour se poster sur le flanc de sa marche et l'assurer.
Cet événement pourrait paraître extraordinaire , si l'on n'entrait dans le détail des causes qui l'ont produit. Lorsque M. de Broglie se chargea de l'attaque du coté de la Lippe, il avait ses vues. Jugeant que M. le prince Ferdinand ne tiendrait pas dans son poste , et qu'il se retirerait pendant la nuit, il voulut se mettre à portée de l'attaquer à la pointe du jour, tandis qu'il passerait cette rivière, son seul point de retraite, ou du moins d'entamer son arrière-garde; et pour cela, sans égard aux conventions qui avaient été faites de ne rien entreprendre véritablement que de concert, M. de Broglie serra les ennemis de très-près, pour qu'ils ne lui échappassent pas, et qu'il ne fût question que de lui dans cette affaire qui aurait été d'autant plus brillante, que, depuis quinze jours, M. de Soubise, quoique supérieur, était harcelé par M. le prince Ferdinand, au lieu que M. de
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Broglie, tout en arrivant, aurait eu de l'avantage sur lui. M. le prince Ferdinand , qui n'eut point de connaissances des autres directions qu'on avait prises sur lui , et qui ne se vit insulté que dans un seul endroit, y porta des forces supérieures, en tirant des troupes de son centre et de sa droite, et contraignit M. de Broglie de se retirer avec perte.
Comme M. de Soubise ne s'attendait point à la conduite de M. de Broglie, il s'en tint à ce qui avait été arrêté dans le conseil de guerre, et il ne songea à attaquer que lorsque M. de Broglie le lui demanda. Mais le temps indispensablement nécessaire pour la disposition des troupes, qui étaient dans leurs tentes, et endormies, le firent arriver trop tard pour opérer une diversion utile à M. de Broglie , qui était déjà battu avant que M. de Soubise pût agir. Ce dernier fut même heureux que l'aide-de-camp que lui envoya M. de Broglie pour lui apprendre qu'il se retirait , ne se fût pas perdu , et qu'il fût arrivé à temps. Un peu plus tard, son attaque était engagée, et M. le prince Ferdinand n'ayant de nouveau qu'un seul point à défendre, y aurait encore porté toutes ses forces , et y aurait eu le même succès.
M. de Soubise fit sa retraite avec la plus grande tranquillité. Les ennemis ne détachèrent pas un seul homme après lui ; il se retira sur l'abbaye de Paradis, où il campa. Son premier soin , en y arrivant, fut d'écrire à M. de Broglie: il lui manda que ce qui venait d'arriver n'était pas un événe-
nient fort important ; qu'il était bien sûr que, dans cette occasion, il s'était conduit avec la sagesse et les talens qu'il lui connaissait; qu'il le priait de lui assigner un rendez-vous, pour savoir de luimême comment les choses s'étaient passées, et comment il fallait les mander à la cour , où il ne dépêcherait pas de courrier qu'il n'eût eu l'entrevue qu'il lui demandait.
On assure, et je ne puis l'attester, que M. de Broglie n'agit pas avec la même franchise ; car, dès le soir même de la journée de Fillinghausen, il envoya un courrier à Versailles, par lequel il se plaignait amèrement de M. de Soubise, attribuant à sa négligence et à sa lenteur à attaquer, le fâcheux succès de cette affaire.
Le déchaînement contre M. de Soubise fut général à la cour, comme à Paris , où le courrier de M. de Broglie avait porté la même impression. Il en résulta que la prédiction de M. de Choiseul s'accomplit. Fort peu de temps après Fillinghausen, M. de Soubise reçut ordre de remettre trente mille hommes de ses troupes à M. de Broglie; il ne resta plus qu'avec l'armée la moins forte , en état seulement de faire tète à M. le prince héréditaire , que M. le prince Ferdinand avait laissé sur le Bas-Rhin avec un corps, tandis que lui, avec le gros des troupes, s'était porté sur le Weser.
M. de Broglie ne voulut pas un seul officier-général de l'armée de M. de Soubise; et les trente mille hommes que ce dernier fut obligé de lui ce-
der, passèrent dans son armée sous la conduite de milord Drummond qui n'était alors que brigadier.
Les calculs des ambitieux sont souvent fautifs. La supériorité que désirait et qu'obtint M. de Broglie, en est une preuve. Quoique la saison ne fût pas fort avancée, dès le jour de Fillinghausen la campagne fut manquée ; et c'était se charger de son mauvais succès , que d'avoir les forces supérieures, pendant le temps qui restait encore pour la terminer. On s'en prit à M. de Broglie de l'inutilité des efforts et des dépenses qu'on avait faites pour mettre des armées aussi considérables sur pied; d'ailleurs, les premières impressions qu'il avait données contre M. de Soubise se trouvèrent affaiblies chez les uns et détruites chez les autres, par les détails de la journée de Fillinghausen, lesquels étaient successivement arrivés, et avaient fait connaître la vérité. De plus, M. de Broglie était mal avec M. de Choiseul. Revenu à Paris, il crut qu'un mémoire justificatif lui ferait regagner dans le public tout ce qu'il y avait perdu; ce fut le prétexte que le ministre prit pour le perdre et le faire exiler, ainsi que son frère le comte de Broglie qui n'avait pas peu contribué à la conduite qu'il avait tenue pendant toute la campagne de 1761.
Bataille de Clostercamp , donnée le 1 6 octobre 1 760.
Ecrit en 1773.
Le maréchal de Broglie, commandant l'armée du roi , après avoir rassemblé ses troupes , partit de Francfort au commencement de la campagne de 1 760 , et vint camper à Gruemberg, d'où il passa l'PIom à la barbe des ennemis, et débuta par gagner le combat de Corbach, et par déposter le prince Ferdinand de Saxenhausen. Poussant toujours les ennemis devant lui, il les joignit à Wilhelmsthal, où ils se mirent en bataille , tandis qu'il occupait les hauteurs de Zirenbcrg. Dans cette position , M. de Broglie, au lieu de rester à la tête de ses troupes, eut le tort d'aller à Gassel qui venait d'être évacué. Le prince Ferdinand, profitant de son absence , d'ailleurs favorisé par la nuit et un épais brouillard qui s'éleva le matin , précipita sa marche par sa droite vers la Dimel, qu'il passa, vint comme un trait fondre sur M. de Muy campé avec son corps à Warbourg, et l'obligea, après quelque peu de résistance, à repasser cette rivière avec autant de perte que de confusion.
Dès cet instant la campagne du maréchal de Broglie fut manquée. Sur la nouvelle de la défaite de M. de Muy, il se porta, avec toute l'armée, à Obéra stinguen , et se mit vis-à-vis de M. le prince
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Ferdinand qui tenait depuis Warbourg jusqu'à Dringelborque , ayant la Dimel devant lui. M. de Broglie donna ordre à M. le comte de Lusace qui, avec son corps, avait poussé celui de M. deKilmansec du côté de Cassel, de le chasser de Minden , qu'il tenait encore : ce qui fut exécuté ; et M. le comte de Lusace ayant passé le Weser , et s'étant porté en avant sur la rive droite de cette rivière , poussa des détachemens jusqu'à Goèttingen.
M. le maréchal de Broglie, après être resté quelque temps dans son camp d'Obernstinguen , se replia sur celui d'Immenhausen , d'où il renforça le corps de M. le comte de Lusace avec lequel il établit une communication , d'abord en tenant les bois de Sababor , et ensuite lorsqu'il fut rentré au camp retranché de Cassel, tout le long de la Fulde, depuis Cassel jusqu'à Minden.
Maître de la Hesse , il faisait tous ses efforts pour donner de la jalousie au prince Ferdinand par sa gauche , tâcher de lui faire passer le Weser et abandonner la Westphalie , pour venir défendre le pays de Hanovre et celui de Brunswick où plusieurs détachemens furent envoyés. Mais le prince Ferdinand, loin de donner dans ce piège, songea lui-même à porter un coup au maréchal , échec qui pouvait devenir funeste si le projet avait été aussi bien exécuté que conçu.
Il donna au prince héréditaire de Brunswick un gros détachement de son armée, avec ordre de se porter en toute diligence sur le Bas-Rhin, d'y as-
siéger Wesel, et de tâcher de le prendre avant qu'il pût être secouru; ce qui était d'autant plus aisé, que Wesel, quoique place du premier ordre alors (1), avait besoin de beaucoup de bras pour le défendre, par la quantité de ses ouvrages ; que M. de Castella (2), qui y commandait, n'y avait que trois ou quatre bataillons; et que, si M. le prince héréditaire avait tenté plusieurs escalades dès le premier jour qu'il y est arrivé , il l'aurait infailliblement emportée. Ce succès lui eût été d'autant plus facile qu'il pouvait arriver au corps de la place par les fossés des ouvrages , à couvert de ces mêmes ouvrages, où la garnison trop faible n'aurait pu mettre un seul homme ; que les bastions ont des flancs bas qui auraient rendu l'escalade très-facile , et qu'enfin le Bas - Rhin , totalement dégarni de troupes , livrait Wesel à ses propres forces. Cette place une fois emportée, le prince Ferdinand y aurait marché ; et, passant le Rhin et la Meuse , il se serait porté en Flandre , où le pays ainsi que les places sans troupes lui auraient fourni une conquête aussi aisée que glorieuse, et très-fatale pour la France. Les subsistances, qui communément sont un empêchement insurmontable pour les expéditions de cette nature, ne l'auraient pas arrêté; il en pouvait tirer de Hollande autant qu'il aurait voulu.
(1) Le roi de Prusse en a fait depuis démolir la plus grande partie des fortifications.
(2) Lieutenant-général et colonel d'un régiment suisse.
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Au lieu de brusquer la chose, le prince héréditaire s'amusa à faire tous les préparatifs d'un siège , à ouvrir la tranchée , h. la grande portée du canon de la place; en un mot, à suivre la méthode ordinaire, aussi déplacée dans cette occasion qu'indispensable ordinairement. Une conduite différente aurait porté le coup le plus fatal et le plus irréparable. Quel parti restait-il à prendre au maréchal de Broglie ? Certainement il ne pouvait arriver en Flandre en même temps que le prince Ferdinand qui tenait le chemin le plus court, et qui d'ailleurs avait prévu son opération et fait son arrangement en conséquence; au lieu que M. de Broglie, sans établissemens ni magasins , dans le cours de la longue route qu'il avait à faire, ne pouvant tirer ses subsistances d'aussi loin que les lieux où étaient ses dépôts, se serait vu arrêté à chaque instant. Pouvait-il suivre l'ennemi par un pays dévasté , où il n'aurait plus trouvé de fourrages et où il aurait rencontré des difficultés à chaque pas ? Il ne lui restait d'autre ressource que de se diriger, le plus promptement qu'il aurait pu , sur Liège , chose bien difficile, pour ne pas dire impossible : les ennemis l'y auraient prévenu. 11 pouvait du moins se diriger sur Sedan , et là , passant la Meuse , venir couvrir la France : car, quelqu'effort qu'il eût fait, jamais il n'aurait pu sauver la Flandre.
Le maréchal de Broglie , excellent pour concevoir et exécuter un projet audacieux , sachant donner une bataille; moins brillant pour la partie du
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cabinet, surtout étant mal secondé par ses généraux et ses détailleurs qu'il s'aliène souvent; le maréchal de Broglie , dis-je , fut consterné lorsqu'il sut la marche du prince héréditaire. 11 vit jusqu'où pouvait aller une pareille manœuvre, et qu'il était perdu si elle réussissait. 11 jeta les yeux sur M. de Castries pour l'envoyer à tire d'aile avec un détachement de son armée au secours de Wesel. Indépendamment du talent qui devait faire donner la préférence à M. de Castries, une raison politique détermina ce choix, et, à coup sûr, le comte de Broglie eut grande part à ce conseil.
M. de Castries était neveu et tendrement aimé du maréchal de Belle-Isle , alors ministre de la guerre, qui détestait MM. de Broglie : ces derniers sentirent que c'était intéresser le ministre à la besogne , que d'en charger M. de Castries, et qu'ils acquéraient M. de Castries lui-même , en lui donnant une marque de confiance qui flattait également son amourpropre et son ambition.
Je servais comme maréchal-de-camp employé dans l'armée de M. de Broglie. M. de Castries me demanda pour aller avec lui. J'étais chargé, dans cet instant, de garder laïulde, depuis Spikershausen jusqu'à Bonafurt : je reçus une lettre du comte de Broglie , maréchal-des-logis , qui me mandait , de la part de son frère , de me rendre en toute diligence à Cassel , pour y joindre les troupes qu'on avait mises aux ordres de M. de Castries, destinées pour le Bas-PJiin.
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Quelque promptitude que je misse à exécuter cet ordre, les troupes étaient déjà parties ; et par les difficultés que j'éprouvai à me rendre à Cologne , en voiture, avec M. de Thiard qui avait la même destination que moi , il me fut aisé de juger ce que les troupes eurent à souffrir dans une marche aussi longue et aussi pénible, au travers de Westerwald, par une pluie continuelle et des chemins affreux, aucune précaution n'ayant été prise pour leur passage.
M. de Gastries , qui montra dans toute la suite de son opération autant d'activité que de talent, eut surtout un mérite infini à être parti de Gassel dans les premiers jours d'octobre; et, malgré les plus grandes difficultés, et sans qu'il y eût la moindre chose préparée , d'être parvenu à rassembler, le i3 du même mois, à Neuss, 5i bataillons et 32 escadrons , tant des troupes que M. de Brogiie avait détachées de son armée , que de celles qui étaient venues de France.
Gomme le secours de Wesel pressait, M. de Castella mandant sans cesse , par des espions, qu'on vînt, parce qu'il ne pouvait tenir, M. de Gastries , malgré la fatigue des troupes et la quantité de malades et de traîneurs restés en arrière dans une marche aussi pénible, partit le 14 de Neuss, et vint camper à Mœurs. S'étant porté ce même jour , avec son avant-garde , composée du corps de Ficher, des deux régimens de dragons de Royal et de Thiange , et.de la brigade de Rouargue , le tout