‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 2)Chapitre 34 sur 54 · TOME r · texte numérisé non relu

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commandé par M. de Chabot, maréchal-de-camp; M. de Castries s'étant avancé , dis-je , jusqu'à Rhinberg, au bord du Rhin, sentit l'importance de ce poste , en même temps que la difficulté de le prendre l'épée à la main ; car Rhinberg est entouré d'un rempart excellent, revêtu d'un fossé large et profond, rempli d'eau, et il y avait douze cents hommes pour le défendre.

Ce fut là que M. de Castries commença à sentir une vérité qui fut bien confirmée dans la suite de son expédition ; c'est que , pour réussir, il faut surtout qu'un général soit aimé de ses officiers et de ses troupes, et qu'on ait confiance en son honnêteté. Ficher , partisan qui avait eu sa troupe détruite à l'affaire de M. de Muy , à Warbourg, venait d'en lever une loute nouvelle ; homme de guerre , et voulant la gloire de M. de Castries, il lui dit qu'il n'y avait pas à balancer ; quil fallait , coûte qui coûte, avoir Rhinberg , et qu'il allait y employer son corps : trop heureux de le sacrifier dans une occasion aussi importante, et pour l'Etat, et pour l'avantage de son général ! En effet , il fit passer de ses gens à la nage , qui grimpèrent contre le pont-levis qu'ils parvinrent à abattre ; la garnison, étant d'ailleurs extrêmement molle, du moment qu'elle vit que les Français avaient une entrée , ne songea plus qu'à se sauver par l'autre porte , et M. de Castries fut maître de Rhinberg.

11 hésita s'il ne tenterait pas d'embarquer sur le Rhin un secours capable de défendre Wesel et de

rebuter le prince héréditaire , qui n'avait pas laissé que de souffrir, de son côté , dans sa marche , et d'éviter par-là un combat toujours incertain , et dont la perte aurait entraîné celle de Wesel. Mais, ainsi qu'il arrive souvent à la guerre , attribuant k l'ennemi plus de prévoyance qu'il n'en a , il imagina qu'il avait eu la précaution de barrer le Rhin, et que son secours , non-seulement ne passerait pas , mais même serait compromis : il se détermina à risquer, sur des bateaux, six cents hommes et cent canonniers, aux ordres de M. de Boisclairau, lieutenant-colonel , qui passèrent sans nul obstacle , et arrivèrent pendant la nuit à Wesel , où ils causèrent une grande joie et rétablirent la confiance.

Le i5 , M. de Castries s'avança sur le canal qui va de Gueldres à Rhinberg , et campa sa gauche où était la cavalerie, en arrière du village de Campesbruck , derrière un marais qui va du village à l'abbaye de Clostercamp; son front couvert par le canal, et sa droite par des terrains marécageux, et des canaux dans la direction de Rhinberg.

Le village de Campesbruck est composé de plusieurs maisons fort éloignées les unes des autres , dont les jardins , entourés de haies et de fossés , forment autant de retranchemens. Il a sur sa droite , eu égard à la position où nous étions , le canal de Rhinberg; sur son front, un bois de futaie clair, traversé de plusieurs chemins fort larges ; et pardelà , des bruyères qui vont jusqu'à l'abbaye de Clostercamp , lesquelles sont traversées , à quel-

que distance de l'abbaye, par le canal de Gueldres. Sur sa gauche , le marais qui borde la futaie , et la bruyère qui s'étend jusqu'à l'abbaye , ce qui fait une espèce de boyau , formé d'un côté par le canal , et de l'autre par le marais ; ce boyau se prolonge jusqu a l'abbaye qui a à sa tête le village de Campesbruek , du côté où nous étions campés.

M. de Castries envoya Ficher, avec tout son corps , composé de deux mille hommes , s'emparer de l'abbaye de Clostercamp , et crut ce côté d'autant plus en sûreté , que deux mille hommes sont un objet, et que, les ennemis tentant quelque chose sur ce point, il aurait eu le temps d'être averti; d'autant que Clostercamp est un bon poste , et assez loiu de Campesbruek , et que le terrain , fort large à l'abbaye , par le cours du marais et du canal , va en se rétrécissant jusqu'au village de Campesbruek, où le front est resserré.

J'étais de jour le i5 , et c'était à moi , non-seulement à. camper les troupes, mais à assurer leur position. On ne pouvait pas en prendre une meilleure , ni plus couverte , que celle que nous avions, et que M. de Castries avait choisie. 11 n'y avait qu'un seul objet sur lequel j hésitai , c'était de faire garder en force le pont qui était sur le canal, proche l'abbaye, au grand chemin qui conduit de ISuis à Clostercamp, qui traversait notre camp à la gauche de l'infanterie , entre elle et la cavalerie , et qui vade là, le long du marais , au travers de Campesbruek , de la futaie et de la bruyère , jusqu'à l'abbaye. Mais

il considérait l'épuisement où étaient nos troupes ; que , soit que nous marchassions aux ennemis , ou qu'ils vinssent à nous , il était de nécessité d'avoir une affaire , et que nous ne pouvions pas l'engager dans une position meilleure que la nôtre ; qu'en mettant un gros corps à ce pont, c'était le compromettre, vu son éloignement du camp; car, en supposant que M. le prince héréditaire choisît ce débouché , il était aisé de prévoir, qu'il y marcherait avec tout son corps, pour n'être arrêté par aucun obstacle, et pouvoir passer sur le ventre à tout ce qui tenterait de s'opposer à son passage. Toutes ces considérations me déterminèrent à laisser le pont sans garde, et reposer notre infanterie. D'ailleurs, Ficher , avec deux mille hommes à l'abbaye de Clostercamp, en avant de ce pont , me parut suffisant pour assurer ce point , indépendamment de l'ordre que M. de Castries donna , qu'au premier coup de fusil les grenadiers et chasseurs de la gauche de notre infanterie se porteraient au village de Campesbruck , en avant de la gauche du front de bandière ; ce qui était plus que suffisant pour arrêter l'ennemi au boyau que j'ai décrit , et donner le temps au reste des troupes d'avancer. Outre cela, j'avouerai ingénument que je ne soupçonnai jamais M. le prince héréditaire de nous attaquer de ce coté, où il y avait tant de précautions prises; je m'attendais bien plutôt à le voir venir par notre droite , en jetant des ponts sur les vatergans et canaux qui traversaient tout le pays entre notre camp

et Rhinberg, dont nous étions éloignes d'une lieue. J'en étais si persuadé , que je chargeai M. de *** , et mon brigadier de piquet, de toute la gauche, pour ne m'occuper qu'à bien reconnaître le front et la droite de notre position , où je mis plusieurs postes, simplement pour être averti.

M. le prince héréditaire , sur la nouvelle de l'approche de M . de Castries , se détermina à prévenir son attaque , et parut avec la plus grande partie de ses forces et tout ce qu'il ne fut pas indispensable de laisser devant Wesel , le i5, sur les hauteurs de l'autre côté du canal , en avant de Rhinberg : il y demeura toute la journée en bataille , sans autre mouvement que d'envoyer des hussards assez près pour nous observer. Mais , dès que la nuit fut venue , il marcha par sa droite , à couvert du canal qu'il avait sur son flanc gauche; il tomba sur l'abbaye de Clostercamp , et chassa le corps de Ficher , qu'il coupa d'avec nous , de façon qu'il n'eut pas le temps de nous envoyer avertir.

Il y avait quelques maisons derrière notre camp, où M. de Castries avait mis son quartier-général; j en occupais une avec M. de Thiard , maréchalde-camp, et M. de Ségur, lieutenant-général, qui commandait la gauche que fermait la brigade d'Auvergne , à laquelle j'étais attaché. Nous nous étions mis sur de la paille, tout habillés. Vers les deux heures du matin , un nègre que j'avais entra dans la chambre où nous étions , et nous dit qu'on tirait quelques coups de fusil. Je lui demandai de quel

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côté : il me répondit que c'était en avant du front du camp , ce qui ne me fit pas grande impression , j'y avais mis des postes du régiment de Normandie qui arrivait de France. Des nouveaux venus , effarouchésde la proximité de l'ennemi, tirent souvent sans savoir pourquoi. Je dis à mon nègre d'aller écouter de nouveau, et de revenir s'il entendait quelque chose ; il ne tarda pas à rentrer , et nous apprit que le feu augmentait, et qu'il venait du côté de l'abbaye de Clostercamp. Cela nous parut sérieux. Je fis appeler mon aide-de-camp, que j'envoyai aux nouvelles ; mais s'étant aventuré , il fut pris, et ne revint point.

Nous allâmes à la maison de M. de Castries ; nous le trouvâmes debout , averti comme nous de la fusillade , mais aussi peu instruit de ce qui l'occasion ait ; il avait envoyé de tous côtés pour en être informé. Peu d'instans après, M. de Saint- Sauveur, qui faisait le détail de la cavalerie , entra, et nous dit que l'on ne tirait plus , que tout était tranquille; que cependant nos troupes étaient sous les armes à la tête du camp; ce qui détermina M. de Castries à attendre d'autres nouvelles. Dans le courant de la conversation, M. de Saint-Sauveur nous dit qu'il avait entendu tirer trois coups de canon du côté des ennemis ; il n'en fallut pas davantage pour nous faire juger que c'était un signal , et que sûrement M. le prince héréditaire était en mouvement pour tenter quelque chose : sur-le-champ nous nous rendîmes à la tête du camp.

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Aux premiers coups de fusil , nos troupes avaient pris les armes , et M. de la Bartet , lieutenant-colonel du régiment d'Auvergne, en prévint son chef. 11 faisait encore nuit très-noire, lorsque nous arrivâmes à la tète du régiment d'Auvergne qui , comme je lai déjà dit ^ fermait la gauche de notre infanterie ; nous y trouvâmes M. de *** qui venait de placer les chasseurs et les grenadiers de son régiment dans les premières haies du village de Campesbruck, à quelques portées de fusil en avant, sur la gauche du front de bandière. Il représenta qu'ils avaient besoin d'être renforcés , n'étant pas suffisans pour garder le terrain où il les avait postés. M. de Ségur y porta le premier bataillon d'Auvergne ; et s'étant avancé dans le village de Campesbruck, pour reconnaître , il y fut pris, et blessé de deux coups de sabre sur la tête , et d'un coup de baïonnette qui lui perça le cou. 11 donna, n'y voyant pas clair, dans la colonne des ennemis qui occupaient déjà le village , et qui étaient venus par ie grand chemin de Clostercamp. M. de Castries posta les trois bataillons du régiment d'Alsace , commandés par M. de Wurmser, sur la droite du premier bataillon d'Auvergne ; et moi je me portai, avec les trois autres bataillons de ce régiment, toutà-fait à la gauche , dans le grand chemin de Nuis à Clostercamp , par lequel on aurait pu prendre toute notre position en flanc. La gendarmerie était derrière moi, et successivement toute la cavalerie formait une seconde .ligne.

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A peine ces dispositions étaient-elles faites , le jour ne faisant que paraître, que le feu commença avec une vivacité incroyable , et ne se démentit pas un seul instant , pendant quatre heures que dura l'affaire.

Je ne faisais qu'occuper ma position , lorsque M. de Rochambeau, qui était resté avec moi, aperçut une colonne qui débouchait de la futaie de l'autre côté de Campesbruck , et qui , se dirigeant dans le marais , tâchait de nous tourner, il courut aux quatre pièces de canon de son régiment , qu'il posta de façon qu'elles prirent cette colonne en écharpe. Ce feu, joint à celui que je fis faire à mes trois bataillons 5 la fit bientôt rentrer avec grande perte et désordre dans le bois, abandonnant dans le marais une des deux pièces de petit canon qu'elle avait avec elle , dont elie nous tirait avec assez de vivacité , mais sans succès , les coups portant trop haut. Auvergne retrouva cette pièce à la fin de l'affaire (i).

Tranquille de ce côté , me trouvant sur le flanc de l'attaque, je songeai à en profiter pour tomb*er sur l'ennemi , et venir au secours d'Alsace , du premier bataillon , et des grenadiers et chasseurs d'Auvergne qui soutenaient un feu horrible. Je disposai

(1) Le gênerai Rochambeau, dans les Mémoires qui fei ont partie de celte collection , donne des détails intéressans sur cette affaire . et particulièrement sur l'action du chevalier d'Assas.

( Note des noiiv. édit. )

nies trois bataillons en colonne le long du chemin , bordé sur la gauche par le marais, et sur la droite par des haies et un va'ergan. Je le longeai par ma droite , et il me conduisit sur le flanc droit des grenadiers anglais, qui étaient aux mains avec les troupes que je viens de nommer. Us donnèrent , dans cette occasion , une preuve de cette valeur froide qui caractérise leur nation. Sans s'étonner de mon arrivée , toute leur droite fit , en reculant, une espèce de potence , et, m'attendant à bout touchant, ils me firent une décharge dont mon cheval fut tué. Dans cet instant , ma colonne , au lieu de suivre la direction que je lui avais donnée , et le premier peloton qui était déjà à la baïonnette avec les grenadiers anglais, dont on prit un colonel; ma colonne, dis-je, passa le vatergan sur la droite , et se jeta dans une maison d'où elle se tira, pendant assez long-temps, à bout touchant avec les ennemis qui , sentant 1 importance de ce point ^ renforcèrent cette partie, et, détruisant les plus avancés, nous firent perdre le peu de terrain que nous avions gagné.

Inquiet sur l'issue de cette journée qui ne débutait pas d'une façon fort satisfaisante, je sortis des haies pour voir ce qui se passait à ma droite , où Alsace et les détachemens d'Auvergne combattaient toujours avec une fermeté digne de la plus grande admiration et des plus grands éloges. Mais ce qui me frappa le plus , ce fut le sang-froid de M. de Castriesa que je joignis. Par ses dispositions, jecom-

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pris qu'il ne jugeait pas plus avantageusement que moi de l'affaire ; il donnait des ordres pour évacuer Mœurs où étaient le peu d'équipages que nous avions , et notre hôpital; il mandait à M. de Chabot, maréchal-de-camp, qui était dans Rhinberg avec deux régimens de dragons et la brigade de Rouergue , de se porter à un point qu'il lui indiqua sur nos derrières , pour faciliter notre retraite, en même temps qu'il faisait marcher la brigade de [Normandie , pour attaquer dans une lacune qui était entre les grenadiers d'Auvergne et moi. De plus, il faisait avancer le régiment de Briqueville pour nous soutenir tous.

Normandie se porta, avec mollesse et confusion, à son point d'attaque, et lorsqu'il y fut, au lieu de foncer, il se mit à tourner en rond , comme font d'ordinaire les gens qui veulent lâcher pied , ce qui ne lui fut jamais possible. Tout ce qu'il y avait de gens de l'état-major, d'aides-de-camp, de volontaires , en un mot tout ce qui était à cheval , inspiré parle même attachement pour M. de Gastrîes, vola à ce régiment, et forma derrière lui une barrière qui non -seulement l'empêcha de fuir, mais même le poussa sur l'ennemi.

Je jugeai que c'était le moment de tenter de mon côté un nouvel effort. Je rejoignis mes bataillons d'Auvergne, que je trouvai un peu reculés, derrière une haie très-bien accommodée , où M. de Rochambeau les avait postés. Je leur dis que ce n'était pas le moment de se mettre sur la défen-

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sive , qu'il fallait encore donner un coup de collier ; et les informant des nouvelles troupes qui allaient attaquer, je leur ajoutai, qu'ayant supporté tout le poids de la journée , il ne fallait pas en laisser l'honneur à d'autres. Je dois la justice à Auvergne, qui, sans contredit, est un des plus braves régimens que le roi ait à son service, que je n'eus pas besoin dune plus longue harangue. Je vis l'ardeur briller dans les yeux du soldat et de l'officier. Ils ne débouchèrent pas de la haie où ils étaient renfermés , mais ils sautèrent par- dessus. En les disposant de même que la première fois en colonne, dans le chemin , pour recommencer la même attaque, je fus effrayé du peu de monde qui restait aux drapeaux. En vérité , il n'y avait presque plus personne.

M. de Castries, voyant le peu de fond qu'il y avait à faire sur Normandie , donna ordre à M. de LaTour-du-Pin de longer avec les quatre bataillons de son régiment derrière Alsace, et, quand il l'aurait dépassé, de tomber sur le flanc gauche des ennemis. Gomme M. de La Tour-du-Pin était aux trois quarts du chemin qu'il avait à faire pour exécuter ce mouvement , il reçut un coup de fusil au travers de la cuisse. On l'emporta sans qu'il dît à personne l'ordre qu'il avait reçu ; cela fut cause que son régiment, ignorant la manœuvre dont il était chargé , s'arrêta tout court. M. de Castries qui s'en aperçut , et qui joint à beaucoup d'autres qualités militaires une grande activité , y courut à

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toutes jambes , et , le conduisant lui-même , il le mena jusque sur les ennemis.

Le hasard fit que j'arrivais sur le flanc droit des ennemis , au même instant que M. de Castries parut sur le flanc gauche. Ne pouvant soutenir ces attaques combinées , ils se retirèrent avec tant de précipitation , que nous ne pûmes joindre une poignée de grenadiers anglais que je vis de loin , et qui demeuraient seuls en état de combattre, le reste ayant été détruit.

Il arriva alors ce qui arrive presque toujours à des Français victorieux : ce que je conservais d'Auvergne m'échappa , et se jeta dans le marais où je ne pus les suivre à cheval , pour s'emparer de la pièce de canon que les ennemis avaient abandonnée. Devenu inutile à cette troupe, je voulus au moins arrêter Normandie qui s'emportait en avant dans le plus grand désordre. Mais tous mes efforts furent inutiles : il ne se contenta pas de traverser , en courant , la futaie; mais il s'engagea encore assez avant dans la bruyère , où la cavalerie des ennemis était en bataille : elle tomba dessus , et le maltraita fort , en le ramenant.

11 aurait pu arriver de grands désordres, sans le régiment de Briqueville et quelques bataillons qui, s'étant ralliés, firent feu, et arrêtèrent l'impétuosité de la charge de cavalerie, qui se jeta tout àfait sur notre droite où elle trouva M. de Tliiard, maréchal-de-camp , lequel , au moment du succès , s'était avancé sur la droite du village de Campes-

bruck , avec la brigade de cavalerie de Royal- Piémont , dans un espace qui est entre le village et le canal, afin d'être plus à portée de déboucher. 11 chargea un escadron de dragons anglais qui plia, et auquel il prit un étendard.

M. de Lujeac, maréchal-de-camp, qui était à la tête de la gendarmerie, quoiqu'il se fût démis une épaule la veille en faisant une chute , étant poursuivi par des hussards , plaça dans cet instant quatre pièces de 16 tout-à-fait à la gauche , derrière le marais, dans un point qui voyait la bruyère. Ces pièces tirèrent avec tant de succès quelles en chassèrent les ennemis , qui repassèrent le canal , prirent le chemin de l'abbaye de Clostercamp , et se perdirent dans les haies et les arbres qui couvrent cette partie.

M. de Chabot , sorti de Rhinberg pour prendre la position que M. de Castries lui avait indiquée , sitôt qu'il apprit nos succès , y retourna promptement , craignant que les ennemis ne tentassent quelque chose sur ce point. 11 y rentra au moment qu'ils s'y présentaient ; mais, voyant que nous l'occupions , ils le tâtèrent mollement, et firent leur retraite, dans laquelle M. de Chabot leur fit quelques prisonniers.

L'indiscipline de notre infanterie donna le temps à celle des ennemis de se retirer et de repasser le canal. M. de Castries, voyant qu'il n'était plus en mesure de les poursuivre , donna quelques heures aux troupes pour se reposer, après lesquelles il se

mit en marche , passa le canal , et fut camper sur les hauteurs de Rhinberg. Je crois qu'il est difficile de citer une affaire d 'infanterie plus vive et plus opiniâtre que celle de Clostercamp. Le champ de bataille était jonché de morts, sans qu'on vît un seul uniforme des ennemis sur notre terrain, ni un seul uniforme français sur celui des ennemis. On ne peut , certainement, trop admirer la vertu constante qu'il y eut des deux côtés; mais il y avait du nôtre un tel intérêt pour le général, que le dernier officier et le dernier soldat auraient plutôt péri que de céder. Bel exemple pour ceux qui commandent. 11 ne leur suffit pas d'avoir des talens , s'ils ne savent inspirer à leurs troupes de l'estime et de l'attachement par une probité délicate qui maintient une discipline exacte ; rendre justice au mérite de chacun, le faire valoir, en même temps excuser les fautes de ceux qui n'y tombent pas par négligence ou mauvaise volonté. M. de Castries, dans le courant de sa vie , de même qu'à la guerre , a réuni toutes ces qualités. Aussi doit-on s'attendre à le voir aller au plus grand , et triompher des jaloux qu'il ne peut manquer de faire.

Le 17 à la pointe du jour, M. de Castries se porta , avec la brigade liégeoise et un détachement de dragons , en avant, le long de la digue qui borde le Rhin. A trois quarts de lieue de Burich, il trouva les ennemis qui occupaient plusieurs censés et les haies de cette partie , qui est un pays extrêmement couvert et coupé de marais. 11 ne jugea pas à propos

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de pousser plus loin. Il ordonna à M. de Roquépitié, maréchal- de-camp, qui commandait ce détachement , de se maintenir dans ce point , et il s'établit, entre les postes qu'il mit et ceux des ennemis, une fusillade assez vive , qui dura toute la journée , entremêlée de coups de canon.

M. de Castries fut reconnaître les débouchés du village de Boort , et ceux du grand chemin de Santen : il préféra celui de Boort , et fît venir à la tète des haies , à la naissance de la plaine de Burich , l'avant-garde de M. de Chabot, qu'il lia avec M. de Roquépine par des postes, et la brigade de la Couronne.

M. le prince héréditaire s'était retiré dans sou camp retranché de Burich, de ce œté-ci du Rhin. A peine M. de Chabot était-il posté , qu'il vint le reconnaître à la tête de quelques troupes de cavalerie ; on lui tira du canon , et il se replia. 11 nous le rendit sur quelques troupes de dragons qui savancèrent trop; toute la journée se passa en escarmouches. Il ne laissa pas que d'y avoir du monde de tué de part et d'autre. Nous tâtâmes Burich ; mais nous le trouvâmes si garni, que nous nous retirâmes. M. de Castries envoya ordre à l'armée de se mettre en marche ; il la fît camper en arrière du village de Boort.

Le 17 au soir, M. le prince héréditaire renvoya M. de Ségur et tous les prisonniers qu'il nous avait faits. Us nous dirent que, malgré les propos qu'il tenait , ils étaient convaincus qu'il ne songeait

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qu'à repasser le Rhin et à se retirer. Nous reçûmes nouvelle , dans ia nuit, qu'il était en marche, et que c'était pour venir h nous. IS'ous prîmes les armes. L'infanterie resta à la tète de son camp, et la cavalerie fut mise en bataille, sur la bruyère d'Alpen.

Le 18 , à la pointe du jour, M. de Chabot manda à M. de Castries que les ennemis marchaient par leur droite vers leur pont, qu'ils avaient abandonné Burich, et que ses patrouilles y étaient. 11 suivit leur arrière-garde et leur fît quelques prisonniers. Lorsqu'il fut arrivé au-dessous du village de Gundric, où était leur pont, il voulut le canonner avec deux pièces de 8 qu'il avait avec lui ; mais on lui répondit de l'autre côté du 'Rhin, avec vingt-deux pièces de gros canon, ce qui l'obligea non-seulement à se taire, mais à se mettre à couvert derrière la digue.

M. de Castries entra ce même jour dans Wesel. 11 y fut reçu à juste titre comme un libérateur. 11 est certain qu'il venait de remplir un objet aussi important que difficile , et qu'il ne fallait pas moins que ses talens , son activité , ses ressources , pour surmonter les difficultés qu'il rencontra à chaque pas. Il est nécessaire d'en avoir été témoin pour le. croire. Tout militaire qui considérera que des troupes qui , parties le 2 de Cassel , sans aucunes précautions prises pour leur route, ont délivré Wesel le 18, après avoir gagné une bataille en chemin > pourra se former une idée de l'opération.

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