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par le prestige du talent qu'on lui supposait. Sans vues , sans idées, sans physionomie politique, il était déjà renversé quand ses amis s'écriaient encore : « Le voilà donc à sa place ! »
Et cependant la révolution s'annonçait par ses premiers symptômes. Le baron de Besenvalne dissimula point ses craintes , et fit sourire de pitié les jeunes courtisans qui ne voyaient , dans ces mutineries , qu'une conjuration de quelques hommes , et qui ne s'apercevaient pas de la conjuration des choses.
Il commandait dans l'intérieur du royaume : ce commandement embrassait l'Ile-de-France , le Soissonnais , le Bourbonnais, le Maine, le Berri, l'Orléanais, la Xouraine.
On se souvient qu'au mois de juillet 1788, une grêle affreuse détruisit la moitié de nos récoltes ; la disette , qui devait en être la suite , faisait redouter la famine, puissante auxiliaire des révolutions. Il fallut employer les troupes stationnées dans les provinces à protéger la marche des grains dirigés sur la capitale -, et ce fut en cette occasion que M. de Besenval rendit de véritables services. Il parcourut lui-même tous les lieux de son commandement, que devaient traverser les convois , et prit de si sages précautions , que l'objet de sa tournée fut rempli , sans qu'un seul habitant eût été molesté , sans qu'une seule plainte eût été portée contre les troupes , quoique le grand nombre de détachemens à fournir ne permît pas qu'ils eussent toujours des officiers à leur tête.
Ce succès chagrina la faction qui pourtant ne désespéra point d'une pénurie très-prochaine. Elle jouait , comme on dit , à jeu découvert , et la cour s'obstinait à l'ignorer. Si quelques hommes énergiques la pressaient
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d'agir , des considérations pusillanimes l'en détournaient. Le gouvernement craignait tout le monde , et n'effrayait personne. La journée du 12 juillet le surprit dans cette inertie qu'il prenait pour de la modération.
Le commandement des troupes , dans Paris , appartenait aux chefs des deux corps d'infanterie de la garde du roi , tous deux lieutenans-généraux -, mais on ne devait rien attendre du premier (M. le comte d'Affry ) , malade et languissant, et moins encore du second (M. le duc du Châtelet), dont le régiment lui refusait obéissance. Le baron de Besenval portait donc seul le poids de ce fatal moment; et ce qui rendait sa situation encore plus critique, c'est qu'il n'osait rien entreprendre sans l'autorisation de M. le maréchal de Broglie, généralissime d'une armée qui n'existait pas , et qui , traitant la fougue d'un peuple insurgé comme une guerre régulière , faisait sa liste d'officiers-généraux, pendant qu'on assiégeait la Bastille.
Le Biographe que j'ai cité plus haut , est donc injuste, quand il dit que le baron de Besenval ne prit que des mesures timides , ne donna que des ordres vagues , etc., etc. Il n'eut point d'ordres à donner, puisqu'une lettre du ministre delà guerre (1) lui prescrivait de les attendre. Ce ne fut même qu'au moment d'être forcé dans un poste accessible de tous côtés , qu'il se replia sur Versailles. S'il eût hésité, la défection était inévitable. Cette armée du Champ-de-Mars se composait de deux régimens français et de trois régimens étrangers. Les deux'premiers met-
(0 V. les Mémoires. M. de Besenval y rapporte la lettre du ministre de la guerre, au moins en ce qui concerne l'ordre formel de ne point agir sans Panjtonssftioù du mare'chal de Broglie.
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taient de l'honneur à désobéir. L'argent produisait le même effet sur les trois autres.
Le baron de Besenval éprouvait tous les inconvéniens d'une fausse position. Les uns lui faisaient un tort et même un crime de sa conduite modérée ; les autres le
signalaient comme un instrument du despotisme du
despotisme ! ils savaient bien, ceux qui s'armaient
encore de ce mot , que le despotisme s'était déplacé , le jour où s'ouvrit l'Assemblée nationale.
« Enfin, dit M. de Besenval lui-même, le roi, qui fut )> informé des bruits qui grondaient contre moi , me J> pressa de me soustraire au péril-, et, sur ma résis- » tance, il me l'ordonna. Je me déterminai donc à re- » tourner en Suisse. »
Le baron fut arrêté , le 27 de juillet, par la milice de Villenox qui n'eut point d'égard à l'ordre du roi.
Toutes les horreurs que Sylla commit dans Rome pour établir l'oppression , se renouvelaient, en ce moment, à Paris , au nom de la liberté. Ce hasard qui servait si bieu le baron de Besenval, ne l'abandonna point. M. Neckei revenait en France , redemandé par le cri public. Il changea de chevaux dans le lieu même où le général était retenu prisonnier (1). M. Necker n'ignorait pas les
(1) Le trait que nous allons citer n'honore pas moins M. de Besenval que l'homme ge'néreux qui lui donna cette marque de dévouement On n'a de pareils amis que lorsqu'on les mérite.
M. le comte deSaint-Chamans, dont la terre est voisine de Villenox , apprit, à neuf heures du soir, que le baron de Besenval venait d'être arrêté par la milice de cette ville. On ajoutait même que ses jours étaient en péril.
La première idée de M. de Saint-Chamans fut de voler au secours de, ce général , avec les habitans de sa commune. Mais , à cette heure ,