‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 10 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

des factieux. Elle accompagnait le roi dans une Visite que la famille royale faisait à la célèbre manufacture des glaces du faubourg Saint-Antoine. Le peuple se précipitait de toutes parts pour jouir de la vue du monarque, à Voyez , madame, » dit alors M. de La Fayette à la reine , voyez » comme ce peuple est bon quand on va au-de- » vant de lui ! — Oui , Monsieur , lui répondit la » reine ; mais vous savez bien qu'il n'en est pas » tout-à-fait de même , quand il vient au-devant » de nous. » M. de La Fayette sentit l'application et ne répliqua rien.

L'anarchie qui résultait de la décomposition totale du royaume et de la captivité du roi, occasionait en tous lieux des scènes sanglantes. Les ministres du roi lui persuadèrent que , s'il faisait auprès de l'Assemblée nationale une démarche prononcée, cela pourrait rassurer les esprits au dedans , et en même temps calmer les mécontente- 'mens des cours étrangères , qui déjà murmuraient hautement de la détention de la famille royale. Le roi se prêta à faire tout ce que ses ministres lui dictaient , croyant que , quand bien même il ne ferait par là que sauver la vie d'un seul de ses sujets , sa conscience l'absoudrait de cette démarche , et que la postérité saurait lui rendre justice.

Le roi se rendit en conséquence à l'Assemblée

nationale , le 4 février à midi , accompagné de ses

ministres et de quelques officiers de sa maison ,

mais sans aucune garde militaire. On avait préparé

l8 MÉMOIRES DE WEBEK .

pour Sa Majesté un fauteuil à droite , mais au niveau de celui du président de l'Assemblée , qui , ce jour-là, était M. Bureau de Fusy. Après de longs applaudissemens , le roi parla debout. Il rappela d'abord la situation effrayante de la France , et ses soins pour écarter les troubles tant intérieurs qu'extérieurs.

« Il est temps, dit Sa Majesté , que je m'associe » plus intimement , et d'une manière encore plus » expresse et plus manifeste , à l'exécution et à la » réussite de tout ce que vous avez concerté pour » l'avantage de la France. » Il cita , en peu de mots, ce qu'il avait fait dix ans auparavant , pour l'établissement d'un ordre de choses plus favorable à la liberté nationale , par la formation des Assemblées provinciales. Il annonça l'engagement de favoriser et de seconder , de tout son pouvoir , le succès de la nouvelle organisation d'où devait dépendre la félicité publique. Il invita au sacrifice de tous souvenirs pénibles , ceux que leurs pertes récentes ou des privations inattendues pouvaient armer contre un ordre de choses devenu le seul moyen de salut. Il finit par cette phrase touchante :

k Vous, qui pouvez influer par tant de moyens )) sur la confiance publique , éclairez sur ses véri- » tables intérêts ce peuple qui m'est si cher, et » dont on m'assure que je suis aimé quand on » veut me consoler de mes peines. » A ces mots , il éclata de toutes parts, dans la salle, des acclama-

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