CHAPITRE IV
tions et des applaudissemens. J'étais présent à eette séance dans la tribune située vis-à-vis du fauteuil du roi. Au milieu des témoignages de la sensibilité publique , je n'oublierai jamais que je vis le député Barrère fondant en larmes , en disant hautement : « Ah ! quel bon roi , quel bon roi ! oui , » il faut lui élever un trône d'or et de diamans. » Le roi ayant fait la promesse de maintenir la constitution , il fut décrété sur-le-champ que nul ne serait admis à une fonction publique sans avoir fait le serment civique , ainsi conçu : « Je jure d'être » fidèle h la nation , à la loi et au roi , et de main- » tenir de tout mon pouvoir la constitution dé- » crétée par l'Assemblée nationale , et acceptée par » le roi. » Alors commença la longue comédie de ces prestations de sermens , qui ont été si souvent renouvelés et violés depuis, et qui ne paraissent pas encore près d'être terminés. Tous les membres de l'Assemblée nationale prêtèrent ce serment l'un après l'autre , à l'exception du vicomte de Mirabeau, de trois autres membres de la noblesse , MM. de Chailloué, de Boinviile et de Belbeuf, et de M. Bergasse , député du tiers. Ce fut à la fin de cette séance que le vicomte de Mirabeau brisa son épée sur ses genoux , dans les corridors de la salle , en disant ces mots célèbres : Lorsque le roi brise son sceptre , ses serviteurs doivent briser leur épée (1).
(1) Le vicomte de Mirabeau était en opposition directe avec son frère le comte. Autant l'un était factieux, autant l'autre était pro-
2Q MEMOIRES DE WÉBER.
Comme il reprochait à l'abbé Mauiy d'avoir fait sa déclaration comme tous les autres, ce député , qui ne croyait pas qu'une promesse extorquée par la violence engageât sérieusement la personne qui promettait , et qu'il ne fallait pas , par la considération contraire , renoncer à la possibilité . de pouvoir faire du bien ou prévenir du mal , répondit plaisamment par ce vers d'une tragédie :
Le parjure est vertu quand le serment fut crime.
L'application eut son effet; car les quatre membres de la noblesse que j'ai déjà cités, rentrèrent bientôt dans le sein de l'Assemblée nationale, à l'exception du seul Bergasse , qui s'opiniâtra jusqu'à la fin à avoir raison contre toute l'Assemblée.
Dans son discours , Louis XVI parla du jeune dauphin de la manière suivante : « Je préparerai » de bonne heure , dit-il , l'esprit et le cœur de » mon fils au nouvel ordre de choses que les cir- » constances ont amené : je l'accoutumerai, dès » ses jeunes années, à être heureux clans le bon- » heur des Français; je l'accoutumerai à recon- » naître , malgré le langage des flatteurs , qu'une >. sage constitution le préservera des dangers de » l'inexpérience , et que la liberté ajoute un nou-
noncé et même violent dans le parti royaliste. L'Assemblée offrait alors le spectacle de plusieurs frères qui siégeaient dans les deux côtés opposés de la salle , entr'autres le comte et le vicomte de Beauharnais. C'est ce qui fit dire avec assez de justesse, dans le temps, qu'un pays où l'on voyait tant de frères ennemis ne devait pas tarder à devenir une Thébaïde. W