CHAPITRE IV* l
Toutes les fois que Marie-Antoinette se présentait en public y le peuple , maigre' l'effervescence
C'est le bien du Be'arnais, C'est l'enfant de la Montagne :
Le bonheur qu'avait Henri , l\ous l'assurons à Louis.
Chez vous, l'homme a de ses droits Recouvre' le noble usage, Et vous opprimez vos rois!
Ah! quel injuste partage!
Le peuple est libre ; et Louis Est prisonnier dans Paris.
On parodia de même une romance délicieuse qui rappelait ari liait charmant de madame Elisabeth (*). Tout le monde la chanta sur l'air du pauvre Jacques.
Pauvre peuple , quand tu n'avais qu'un roi ,
Tu ne sentais pas la misère ; Mais à présent avec douze cents rois
Tu manques de tout sur la terre, etc.
(*) Voici l'anecdote qui donna lieu à cette romance.
Tous les membres de la famille royale avaient des maisons de campa gne particulières, pour s'y délasser des fatigues de la représentation Saint-Cloud était à la reine ; Brunoy à Monsieur, Bagatelle à M. le comte d'Artois , Bellevûe aux tantes du roi. Madame Elisabeth n'en demandait pas; mais étant venue à Montreuil par hasard dans une maison charmante appartenant à madame de Guémenée, le roi lui dit : f^ous êtes chez vous. En effet, il venait secrète ment de l'acquérir pour la lui donner. C'est là que madame Elisabeth passa les plus doux raomens de sa vie dans les soins champêtres, la bienfaisance et les sentimens doux qu'inspire le spectacle de la nature. Pour former une laiteri e elle fit venir de Suisse quatre génisses superbes, et une jeune fille du Valais pour en prendre soin. Cette dernière s'appelait Marie. Belle, naïve, mais toujours mélancolique, sa nouvelle place ne pouvait lui faire oublier ses montagnes, et surtout Jacques à qui elle avait été promise. Elle confia sa peine à madame de Theuenet^wï composa aussitôt
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qu'on cherchait toujours à exciter contre elle , lui témoignait, par son empressement et ses acclamations , le respect et l'attachement qu'on lui témoignait encore. A l'Opéra, le chœur d'Iphigénie : Chantons , célébrons notre reine , occasionait les mêmes applaudissement et les mêmes transports , que lorsque Marie- Antoinette parut à ce spectacle pour la première fois après son avènement au trône. Un jour que Sa Majesté assistait au Théâtre Italien, à une représentation des Evénemens imprévus , une actrice d'une grande célébrité (i) , qui jouait un rôle de soubrette, ayant à dire, dans un passage de son rôle , ces mots : Ah ! que j'aime ma maîtresse! se retourna vers la loge où était la reine , avec une grâce et une adresse qui lui étaient particulières. Les bravos réitérés du parterre et des loges témoignèrent qu'il n'était personne dans la salle qui n'éprouvât le même sentiment.
Ces petites scènes fournirent quelquefois à Marie-Antoinette l'occasion de donner des leçons ingénieuses et délicates à ceux qui s'étaient faits , de gré ou de force , les instrumens des passions
les paroles et Fair de la jolie romance: Panure Jacques, quand j'étais près de toi, etc. Marie rapprit, et la chanta an moment où madame Elisabeth passait. Touchée de la flexibilité de la voix de la jeune fille , la princesse s'intéressa à son sort, et, apprenant que la romance dépeignait sa véritable situation, elle fit venir Jacques de Suisse à Montreuil, et l'unit pour toujours à Marie.
(i ) La dame Dugazon. W.