CHAPITRE V
dans l'Assemblée ? soit dans les clubs , soit dans les faubourgs. Son effigie fut brûlée au Palais-Royal le lendemain de son départ.
Le directoire du département de Paris , tout composé de partisans de La Fayette , à la tête de qui se trouvait alors le malheureux duc de La Rochefoucauld > honnête homme , à petites vues ( 1 ) , ne pensant pas très-juste , et parlant plus mal encore qu'il ne pensait ; le directoire prit un arrêté solennel qui suspendait le maire Pétion de ses fonctions. Le roi confirma cet arrêté quelques jours après. L'Assemblée législative leva cette suspension du département confirmée par le roi , la veille même du jour de la fédération. Quelques jours auparavant , elle avait licencié l'état-major de la garde nationale de Paris et de celle de toutes les villes du royaume dont la population excédait cinquante mille âmes. Pendant ce temps tous les bourgeois de Paris se portaient en foule chez les différens notaires de la capitale ; ils y signèrent , au nombre de vingt mille y une pétition relative aux événemens du 20 juin , qui avait été rédigée par un
(1) Weber fait voir ici ce que peuvent produire 1 aigreur et l'esprit de parti. Le ton dédaigneux avec lequel il parle de l'un des plus vertueux citoyens qui aient honoré la France , est d'autant plus révoltant , qu'il écrivait après la mort du duc de La Rochefoucauld , massacré le 8 septembre 1792 ; circonstance qui aurait, dû le désarmer. Les prisonniers égorgés étaient au nombre de cinquante-trois , et La Rochefoucauld fut le quatrième de son nom qui périt dans ces détestables journées. (Note des nouv. édit.)
ig8 mémoires de weber.
ex-constituant nommé Guillaume* La cour, les constitutionnels, les jacobins, tous étaient effrayes les uns des autres. Les constitutionnels se ralliaient tant qu'ils pouvaient à la cour ; mais ils avaient donné tant de preuves d'hypocrisie , de perfidie , d'insolence dans le triomphe , qu'on semblait préférer de périr plutôt que de contracter des obligations envers d'anciens scélérats, qui ne prenaient un masque de loyauté que pour cacher leur frayeur, fSLY ils n'ont jamais eu un instant de remords. Leurs moyens étaient si faibles , qu'on s'exposait à toutes sortes de dangers en les adoptant. D'ailleurs , si l'on succombait avec eux, on succombait sans gloire; s'ils eussent triomphé , le premier usage qu'ils eussent fait de leur victoire , aurait été de remettre la cour dans les fers , dans la honte , dans la soumission humiliante où ils l'avaient déjà tenue. Le roi levait chaque jour les mains au ciel , et se résignait à sou sort.
Je fus témoin d'une scène originale qui se passa vers ce temps-là dans le sein de l'Assemblée nationale. A la suite d'un discours qui fut prononcé par un évêque constitutionnel , nommé Lamouretle , on vit soudain le côté droit et le côté gauche de l'Assemblée quitter leurs sièges avec précipitation , et se jeter dans les bras les uns des autres , pour se donner le baiser de paix , d'union et de concorde, désavouant pour l'avenir toute idée de république , toute querelle , toute animosité politique. On fit venir le roi pour être témoin de ce spectacle tou-