‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 102 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

chant. Ce prince exhorta, en bon père , les législateurs qui venaient de fraterniser , de continuer à vivre en bons frères , à donner l'exemple de l'union à tout son peuple , et à seconder ainsi les vœux les plus chers de son cœur. 11 semblait leur dire comme dans Athalie :

Enfans, ainsi toujours puissiez- vous être unis.

Cependant , ces frères si bien unis allèrent dîner ensemble , burent copieusement , et vinrent dans la séance du soir reprendre leurs anciennes places et leurs anciennes haines , et la scission en devhit encore plus forte entre les jacobins et les constitutionnels.

L'anniversaire de la fédération du 1 4 juillet 1790 n'avait pu être célébré dans l'année 1791 , par une fête publique , à cause de L'arrestation de la famille royale et de sa détention au château des Tuileries , à cette malheureuse époque. Il fut décrété qu'il serait célébré cette année pour la seconde fois , et qu'on y renouvellerait encore , sur l'autel de la patrie, les sermens du patriotisme. Mais sous quels auspices différens se présentait cette fois l'anniversaire de cette première fédération qui avait été, en 1790 , si gaie , si enjouée , si nombreuse , et en général si loyale ! Le ministre des affaires avait enfin annoncé la marche de M. le duc de Brunswick et du roi de Prusse , sur la frontière de France , avec une armée composée de Prussiens , d'Autrichiens et d'émigrés français , formant en-

semble plus de soixante-dix mille hommes. Trois jours avant la fédération , on avait décrété qu'il y aurait dans Paris une cérémonie lugubre, effrayante, où l'on proclamerait que la patrie était en danger. Des pétitionnaires en guenilles , sortis des mêmes égoûts que ceux qui avaient vomi les brigands du 20 juin , s'étaient répandus la veille au soir dans toutes les rues de Paris et autour de l'Assemblée législative , hurlant avec affectation d'un ton de voix sépulcral , les uns vive Pétion ! les autres Pétion ou la mort ! (i), d'autres enfin vive la mort ! et leurs vociférations avaient arraché à l'Assemblée la réintégration du maire dans ses fonctions. Comme ce magistrat orgueilleux et vindicatif devait jouer un des principaux rôles à cette fédération , et que > d'ailleurs , on le savait dévoué à la faction d'Orléans y tous les amis de la famille royale tremblèrent ce jour-là pour la vie du roi et de la reine : des placards invitaient les citoyens et le bon peuple à ne pas sortir le lendemain du Champ-de- Mars y sans avoir vengé le sang qu'on y avait répandu le 17 juillet de l'année précédente ; et l'on voyait dans les boutiques des armes qu'une imagination féroce s'était plue à inventer , et qui faisaient frémir. Mille avis perfides ou sincères , partant d'un zèle inquiet ou d'une rage atroce , arrivaient au roi et à la reine ; on les prévenait de

(1) La plupart de ces pétitionnaires avaient ces mots écrits avec de la craie sur leurs chapeaux . W .

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