‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 103 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

toutes parts , que ce jour était marqué pour l'exécution des derniers forfaits , et que , du milieu de la foule, des assassins s'élanceraient sur leurs personnes sacrées, des balles se dirigeraient sur leurs voitures. Les gardes-suisses et quelques bataillons de gardes nationales étaient destinés à protéger le cortège de la famille royale contre la bande de Pétion.

Les grenadiers des différentes sections avaient brigué l'honneur d'escorter la voiture du roi ce jour-là. Le bataillon des Filles-St. -Thomas fut désigné le 1 3 . J'appris cette décision dans la soirée , je courus aussitôt pour en informer madame Campan , première femme de chambre de la reine. Je l'attendais dans un appartement voisin de celui de Sa Majesté, lorsque la reine, ouvrant ellemême une porte de l'intérieur , et surprise de me voir : Vous voilà , TVeber, me dit-elle avec bonté , vous cherchez aussi madame Campan ? Je me hâtai d'instruire Sa Majesté de l'objet de ma venue , et de lui apprendre que les grenadiers des Filles-St. - Thomas étant destinés à servir le lendemain de cortège à la famille royale , j'aurais le bonheur d'être de ce nombre. Touchée de mon dévouement et des larmes dont , malgré moi , mes yeux étaient alors remplis , la reine, préoccupée aussi sans doute des approches de cette périlleuse journée , et comme oppressée par son trouble , détourna de moi son visage et me permit de baiser sa main. Je ne prévoyais pas alors que le 18 juillet 1792 serait le

dernier jour où il me serait permis de me jeter à ses pieds.

Description de la Fédération de 1792.

Le 14 juillet 1790, le Champ-de-Mars était rempli dès quatre heures du matin (1). Au lieu de

(1) Les détails donnés par Wcber sur cette fédération sont , en général, conformes à ceux qui ont été publiés dans les relations du temps. Mais il est besoin de quelques éclaircissemens préliminaires pour expliquer ce qui se passa le i4 juillet 1792. La suspension tardive de Pétion , prononcée le 6 juillet par le département, et motivée par les troubles du 20 juin, fut dénoncée comme un attentat par les sections , et devint une affaire de salut public. Manuel , procureur de la commune , destitué pareillement , vint à l'Assemblée redemander son honneur et sa place. « Pétion (dit un » auteur contemporain) avait juste assez d'esprit , de talent et de » caractère pour dire ce qu'on lui faisait penser, et faire ce qu'on » lui disait. Il sut se tenir à sa place, au second rang, instrument » docile de ceux qui étaient au premier. On le donna à aimer au » peuple, parce qu'il était beau et bien-disant. » Sa destitution fut confirmée le 1 1 juillet par une proclamation du roi. La veille , tous les ministres , après un compte de leur gestion et de l'état de leur département, avaient donné simultanément leur démission , et de suite étaient sortis brusquement de la salle. Un long silence accueillit cette mesure qui , quoique imprévue , ne fit pas la sensation à laquelle on pouvait s'attendre. Le roi resta sans ministres , comme au premier i4 juillet. On opposa à leur démission combinée des pétitions par lesquelles on demandait la mise en accusation de La Fayette , et la réintégration du maire Pétion , dont la suspension venait d'être approuvée par le roi. Le i5 , l'Assemblée par un décret leva cette suspension. C'était blâmer la conduite du département et l'approbation donnée par le prince. Mais telles étaient , d'un côté , l'exaltation des esprits, et de l'autre , la crainte et les inquiétudes, que l'on trouva dans cette mesure de la prudence, et qu'on alla même jusqu'à la croire indispensable. On

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