‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 104 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

cet empressement simultané de la part des nationaux et des étrangers, cette année il n'offrait, à huit heures , qu'un désert , un champ vaste , aride , sablonneux, tel qu'un lac dont les eaux auraient trouvé une issue et se seraient entièrement retirées. Sur des monticules de sable étaient placées circu-

voulait d'ailleurs assurer, par tous les moyens possibles , la tranquillité de la fédération qui devait avoir lieu le lendemain. Déjà le 2 juillet, le ministre de l'intérieur Terrier-de-Montciel , qui se distinguait par la fermeté de son caractère , avait écrit aux directoires de départemens une circulaire par laquelle il les sommait, au nom de la loi , de dissiper les attroupemens qui se formeraient pour se rendre en armes à Paris à l'époque du i4 juillet. Cette mesure vigoureuse en imposa. L'Assemblée, sentant les motifs qui s'opposaient à un rassemblement dans la capitale, n'osant blâmer le ministre parce qu'il agissait d'après la loi, ni cependant empêcher l'arrivée des patriotes, autorisa les permissions individuelles, et décréta la formation d'un camp cle 36,ooo hommes , formé près de Soissons,de tous les Français qui se seraient ren lus à Paris pour la fédération. Par un autre décret, \e pouvoir exécutif fut tenu de faire sortir, sous trois jours , de Paris les troupes de ligue , et de les employer à trente mille toises au moins de la résidence du corps législatif. Enfin on licencia les états-majors delà garde nationale et les compagnies de grenadiers et de chasseurs. A peine ces mesures étaient-elles prises , qu'on vit paraître une partie des fédérés annoncés sous le nom de Marseillais. Ils étaient huit cents, mais presque tous sans armes ; les autres arrivèrent successivement en assez grand nombre. Ainsi, à l'approche du i4 juillet, on avait pris les dispositions qui livraient au premier mouvement d'émeute le corps législatif même qui les avait rendues ou provoquées , les dépôts publics, le trésor, enfin le gouvernement. L'éloignement des troupes de ligne , la désorganisation de la garde nationale , la présence des nouveaux fédérés, tout semblait favorable aux projets des agitateurs, etl'onadroitdes'étonnerducalmede la journée,comparalivement à ce quelle devait être , suivant toutes les probabi-

lairement quatre-vingt-trois petites tentes, et devant chaque tente un peuplier, mais si petit > si frêle , qu'un souffle paraissait devoir tout renverser, et que chacun avait peine à résister au jeu de la banderolle tricolore dont on les avait tous chargés. Cet

lités. Ce résultat fut l'effet d'une démarche imprévue et prononcée du roi. Il écrivit à l'Assemblée une lettre dans laquelle on lit ces passages : a Nous touchons à cette époque fameuse ou. les Français » vont , dans toutes les parties de l'empire, célébrer la mémoire du » pacte d'alliance contracté sur l'autel de la patrie, le 1 4 juillet 1790. » La loi ne permet qu'un renouvellement annuel du serment fé- » dératif dans le chef-lieu. Mais nous avons une mesure qui , sans » porter la moindre atteinte au texte delà loi, me paraît être au r> niveau des grands événcmens qui se pressent de toutes parts.... » J'ai vu qu'il n'y avait pas de garantie plus sûre que la réunion » des deux pouvoirs, renouvelant le même vœu, celui de vivre » libre ou mourir.... Un grand nombre de Fiançais accourent de » tous les départemens ; ils pensent doubler leurs forcer , si , près » de partir pour nos frontières , ils sont admis à la fédération avec » leurs frères de la ville de Paris. Je vous exprime le désir d'aller » au milieu de vous recevoir leur serment, et de prouver aux mal- » veillans, qui cherchent à perdre la patrie en nous divisant , que » nous n'avons qu'un même esprit , celui de la constitution , et que » c'est principalement par la paix intérieure que nous voulons » préparer et assurer nos victoires. » Cette lettre fut lue et applaudie à diverses reprises. Elle fit une impression favorable , disposa les esprits au rapprochement qui eut lieu dans la séance du 7 juillet , où le roi vint et confirma tout ce qu'il avait écrit. Quoique, entre le 7 et le i4, les impressions causées par ces deux démarches fussent effacées en partie , il n'est pas douteux qu'elles n'ayent contribué à la tranquillité du i4 qui , sans ces circonstances , aurait été très-orageux. Ces détails étaient nécessaires pour bien comprendre l'historien, qui n'explique point pourquoi cette fédération ne fut point ce qu'elle devait être , d'après les apparences. Sans la lettre de Louis XVI, elle eût été terrible , et sans la suspension de Pétion , entièrement calme. (Note desnouv. édit.)

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