CHAPITRE V. 2O
On avait annonce que le serment se prêterait à midi. Le roi arriva à onze heures. Le cortège était très-imposant : un détachement de cavalerie ouvrait la marche , puis un autre d'infanterie de troupe de ligne. Les pages, les écuyers , et un grand nombre de palfreniers suivaient. Il y avait trois voitures : dans la première étaient M. le prince de Poix, M. de Brézé , le jeune de Tourzel, M. le comte de Saint-Priest , etc.; dans la seconde, les dames de la reine , mesdames de Tarente , de La Roche- Aymon , de Maillé et de Mackau ; dans la troi sième , le roi , toute sa famille, et madame la princesse de Lamhalle. Cinq cents grenadiers , volontaires nationaux , escortaient les voitures ; et les ministres étaient à pied aux portières de celle du roi. Quatre compagnies de grenadiers suisses fermaient la marche. Les trompettes, les tambours, et une salve d'artillerie , annoncèrent la présence du roi. Il se présenta dans les appartemens , avec cet air calme d'une bonne conscience, qui ne le quitta jamais. La reine avait sa dignité accoutumée; mais on voyait sur son visage l'empreinte du malheur que son courage cherchait à dominer. Madame Elisabeth avait toujours l'air d'un ange. Madame Royale présentait une tristesse intéressante , et le dauphin était beau comme l'amour. Ils saluèrent avec sensibilité tout ce qui s'offrit à eux. Une partie des troupes traversa l'Ecole-Militaire sous le portique du milieu , et alla se former en bataille sur le Champ-de-Mars , tandis que
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l'autre occupait les avenues du coté du boulevard.
Le plus excellent esprit animait les grenadiers des volontaires nationaux : ils remplissaient l'antichambre de l'appartement où se tenait le roi. JLa reine parut avec le dauphin en uniforme national. « Il n'a pas encore mérité le bonnet , dit-elle » aux grenadiers ! — Madame , dit l'un d'eux , )) il v en a beaucoup ici à son service , » et les cris d'enthousiasme recommencèrent : enfin , le canon annonça que le corlége national débouchait dans le champ de la Fédération. Le roi et sa famille se placèrent au balcon qui était couvert d'un riche tapis de velours cramoisi brodé d'or , et tout ce qui était là l'entoura et se rangea à ses côtés.
Le cortège national entra dans le Champ-dc- Mars par la grille de la rue de Grenelle , défila sous le balcon du roi et se porta vers l'autel de la patrie , de droite et de gauche ; à la suite de cinquante gendarmes nationaux , venait un groupe d'hommes , de femmes , d'enfans armés de piques , de haches et de bâtons. Une musique analogue jouait le fameux air: Ça ira ; des gueux faisaient des gestes et montraient des écriteaux insolens au roi. Les cris de vive Pétion ! la mort ou Pétion ! commencèrent à se faire entendre. Des bandes de la lie du peuple , tantôt de mendians , tantôt d'assassins y du moins à en juger par leurs aimes , des femmes ivres mortes , couronnées de fleurs , toute la canaille des faubourgs ayant écrit sur le derrière de leurs chapeaux , avec de la craie : vive Pétion !