‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 109 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la rnain de leur père, qu'ils baisèrent, l'une en pleurant , l'autre en jouant. Il est impossible de se faire une idée de l'ivresse qui s'empara alors de tout ce qui était dans la cour de l'Ecole-Militaire : gardes nationaux , troupes de ligne , Suisses , peuple , dans la cour , aux fenêtres , aux balcons , grimpés sur les grilles ; tous criaient : vive le roi! vive la reine ! A l'entrée des Tuileries , l'enthousiasme était encore centuplé ; depuis la cour royale jusqu'à l'escalier , les grenadiers hors d'euxmêmes , de plaisir d'avoir ramené le roi sans que le moindre danger l'eût approché , avaient l'air d'égarés , dans la crainte que ce court trajet ne leur enlevât toute leur gloire et tout le fruit de leurs soins. Obligés de laisser passer la voiture seule par la porte trop étroite , ils se précipitèrent avec une fureur d'intérêt et de fidélité pour former la haie d'une porte à l'autre. Aux bénédictions données au roi, se joignaient, de toutes parts, des imprécations contre les jacobins.

Le lendemain un décret a été rendu pour éloigner les troupes de ligne et les Suisses. Projet annoncé de détruire les grenadiers dans la garde nationale , pétition pour demander la suspension du roi et l'accusation de La Fayette. Un membre a proposé d'accuser toute l'armée , et il a été applaudi.

Journée du 10 août 1792.

Tout le mois de juillet s'était passé dans la plus affreuse agitation. Desmouvemens chaque jour plus séditieux , des rumeurs plus alarmantes entretenaient la fureur du peuple et son aveuglement. Les factieux ne cessaient de lui répéter , et ce bruit allait partout s'accréditant , qu'un dépôt de cocardes blanches , d'armes et de munitions de toute espèce avait été formé aux Tuileries. Ils ajoutaient qu'un parti redoutable était prêt à se déclarer pour la famille royale ; que l'avant-garde du duc de Brunswick ( ils nommaient ainsi le rassemblement des émigrés) était déjà parvenue à entrer furtivement dans Paris , et qu'aussitôt que les armées ennemies seraient aux portes de cette ville , le roi , assuré de leurs secours , se mettrait à la tête des royalistes dont elle était remplie , fondrait avec eux sur l'Assemblée , et, ressaisissant son pouvoir , exercerait sur le peuple la plus terrible des vengeances.

Le roi fut à peine instruit de ces clameurs séditieuses et du trouble qu'elles excitaient , qu'il écrivit au maire pour l'engager ( car ce malheureux prince n'osait plus employer le mot d'ordre ) à venir faire la visite du château y et se convaincre par lui-même de la fausseté de ces imputations.

Pétion ne se rendit point à cette invitation pressante : il ne daigna pas mêm e envoyer au château

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