CHAPITRE V
une députatîon municipale , .comme il l'avait promis dans la réponse familière qu'il fit au roi. Sa Majesté adressa la même sollicitation à l'Assemblée nationale ; mais elle ne crut pas de sa dignité de lui répondre , et bien moins encore de sa politique de se prêter à aucun des moyens qui auraient pu détromper le peuple.
Cependant l'aspect de la capitale devenait à toute heure plus effrayant et plus tumultueux ; des placards insolens , affichés dans tous les lieux publics et jusque sous les murs du palais ; les Marseillais et les fédérés errant continuellement autour de son enceinte ; les cris furieux d'une populace mutinée appelant de toutes parts le son du tocsin , et menaçant d'une insurrection formidable , si l'Assemblée nationale ne se bâtait de satisfaire au vœu de la nation, en prononçant la déchéance du monarque ; tout annonçait que le coup fatal allait être porté.
Telle était la situation des choses aux premiers jours d'août.
Le bataillon des Filles-St. -Thomas était celui qui , dans tous les jours d'alarme , s'était constamment montré le plus attaché à la famille royale : son ardeur parut redoubler dans ces m oui eus extrêmes. On le vit chaque soir , soit en patrouille , soit en renfort , veiller sur la demeure de ses maîtres.
J avais, avec un détachement de ce bataillon, passé aux Champs-Elysées la nuit du 8 au 9 août. A deux
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heures du matin nous y arrêtâmes et réussîmes à désarmer une trentaine de Marseillais , vomissant contre le roi et contre la reine les plus exécrables imprécations. Vers les six heures , à peine étais-je rentré chez moi que je reçus l'avertissement de me rendre sur-le-champ au quartier-général. Cent hommes venaient d'être consignés aux maisons de la caisse d'escompte , de la caisse de l'extraordinaire et de la trésorerie y pour les protéger contre les excès à craindre d'une insurrection générale. Je devais être de ce détachement ; mais à dix heures le commandant ayant reçu l'ordre d'envoyer promptement un renfort aux Tuileries , je sollicitai vivement et j'obtins la permission de préférer ce dernier poste.
DifTérens émissaires, que nous avions députés dans les faubourgs St. -Marceau et St. -Antoine , nous rapportèrent dans la journée que les factieux couraient de maison en maison pour forcer les habitans à les joindre. Ils annonçaient que l'armée des rebelles serait infailliblement au château la nuit suivante (i).
(1) Les lieux ayant changé de face, il est indispensable, pour l'intelligence du récit, d'en faire connaître la topographie. Un témoin oculaire, dans la relation qu'il a publiée récemment sur la journée du 10 août, donne sur cette topographie des détails fort exacts. On les retrouvera dans les éclaircissemens ( A"o/e H ). Pour mieux peindre encore l'aspect et la disposition des lieux , nous publierons dans le Recueil des portraits , fac simile , etc., un. plan du château des Tuileries et une vue de l'attaque , d'après un tableau du temps. {Note des nouv. édit.)