CHAPITRE IV
» "veau prix aux sentimens d'amour et de fidélité » dont la France , depuis tant de siècles , donne à » ses rois des preuves si touchantes . »
Il avait été nommé une députation pour aller, sur-le-champ présenter au roi une adresse de remercîmens . Elle s'empressa de venir rendre compte de sa mission dans la même séance. « Nous avons » rencontré, dit M. Target, la famille royale qui » venait au-devant de Sa Majesté. La reine nous « a adressé ces paroles précieuses : Je partage tous » les senti me fis du roi , et je m'unis de cœur et » d'esprit à la démarche que son amour pour sou » peuple vient de lui dicter: voici monjilsj je Ven- » tretiendrai sans cesse des vertus du meilleur » des pères , et je lui apprendrai de bonne heure à » respecter la liberté publique , et à maintenir les » lois , dont j'espère quil sera le plus ferme sou- -» tien. »
Ce discours et ces démarches avaient amolli le cœur des anthropophages. On aurait cru , après cette séance , que l'Assemblée nationale se serait empressée d'entourer sou roi et sa famille de toutes les marques de respect , d'amour , au moins de déférence ; bien loin de là , ce fut le moment qu'elle choisit pour ordonner la publication du livre rouge ou des dépenses secrètes (i), et cela , afin d'insulter le monarque , et de rendre la couronne odieuse au peuple. On se garda bien de faire con-
(1) Voyez, à la fin du volume, quelques détails sur ce livre rouge {note B). {Note des nouv. édit.)
naître à la nation les motifs des bienfaits accordes, et de lui expliquer ceux qui l'avaient été au service , au besoin , à la naissance , à la faveur , à la reconnaissance. On ne voulait qu'exciter des mécontentemens et des murmures. Cependant on ne fut pas médiocrement surpris de trouver les deux frères Lameth , deux des principaux démagogues de l'Assemblée , portés pour soixante mille francs dans ce même livre rouge. C'était la somme que Marie-Antoinette avait consacrée à leur éducation. Ces Messieurs , pesant leurs sentimens au poids de l'or, se crurent quittes de toute gratitude envers la reine, en empruntant cette somme de M. Laborde, et en la faisant verser au trésor royal .
La liste des pensionnaires de l'Etat fut imprimée et distribuée successivement. Sa publication dura six mois. M. le duc de Polignacy parut pour une somme de quatre-vingt mille francs. Les débats , dans lesquels il fut outragé de la manière la plus scandaleuse, le contraignirent à publier, à Venise, un mémoire justificatif , dans lequel il prouva que tous les bienfaits , appointemens et places dont il jouissait , pour pouvoir soutenir à la cour l'état de premier écuyer de la reine , et madame de Poligiiac , celui de gouvernante des enfans de France , se montaient à deux cent quatre-vingt-onze mille francs , dont une partie encore leur avait été accordée comme indemnité , pour réparer les brèches qu'ils avaient faites à leur fortune particulière, afin