‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 112 sur 151 · CHAPITRE Y. 21 Ç · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y. 21 Ç

Nous nous flattions pourtant encore que le plus grand nombre des gardes nationaux ferait son devoir , et nous avions pris des précautions pour surveiller et contenir les plus suspects. Nous résolûmes , en outre , que quatre de nos grenadiers seraient placés à chacun des canons pour assurer le service. Mais, au moment même où nous arrêtions cette mesure , nous discernâmes à travers les cris- répétés de vive le roi ! une foule de traîtres parmi les gendarmes , et surtout parmi les canonniers des différens corps. Vive , vive la nation! s'écriaient-ils avec fureur ; nous n'avons , nous ne reconnaissons d'autre maître que la nation. Ouiy mes enfaus , disait le roi , avec un accent qui eût pénétré les cœurs les plus féroces ,' oui , la nation et votre roi ne font et ne feront jamais qu'un.

Après cette scène, d'autant plus pénible pour son cœur qu'elle avait plus cruellement trompé son attente , à peine Louis XVI était-il entré dans ses appartenons, que plusieurs gendarmes et gardes nationaux commencèrent à nous provoquer par leurs insultes ; d'un autre coté , les canonniers , en tirant leurs sabres, nous qualifiaient, avec dérision , de grenadiers royaux , et tournant à dix pas leurs canons contre nous , criaient avec rage , « qu'il n'y avait parmi les grenadiers des Filles- » St.-Thomas que des hommes vendus à la cour, m que le commandant Mandat n'avait envoyé au » château que des aristocrates , » et en même temps

ils proféraient contre lui les injures et les menaces les plus atroces.

Tandis que nous nous efforcions de les apaiser, remontrant aux plus forcenés d'entre eux , f( qu'ils « se trompaient , que notre conduite était irré- » prochable ; que l'Hôtel-de-Ville ayant demandé » vingt hommes de renfort de chaque bataillon , » nous étions venus , ainsi qu'eux , pour défendre » l'asile du roi ; que ce n'était pas le moment de » se quereller et de s'aigrir sur des mal-entendus; » que nous étions tous camarades , et qu'il fallait )) se secourir mutuellement au lieu de s'entr'égor- » ger, » nous observâmes un mouvement extraordinaire dans un attroupement qui venait de se former derrière nous.

Les mêmes gardes soldées , qui , un instant avant, avaient vomi mille injures contre M. Mandat , menaçaient de massacrer le fils , qui n'ayant pu , sans indignation , entendre maltraiter ainsi son père , avait pris vivement sa défense.

Je connaissais ce brave jeune homme ; il avait servi dans la garde constitutionnelle du roi ; je le dis à mes camarades , et secondés des grenadiers de St.-Roch , nous nous précipitâmes au milieu de la foule , pour nous réunir à un chasseur ( i ) de notre section qui , seul et les yeux pleins de larmes , représentait à ces furieux , ■* que ce jeune » homme ne s'était permis aucun propos , ni con-

(1) M. Mignqt , agent de change. W.

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