‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 113 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

)) tre la garde nationale , ni contre la constitution ; )> qu'il n'avait cédé qu'à l'instinct de la nature en » disculpant son père. » Notre irruption soudaine sauva le jeune Mandat y et continuant nos efforts pour calmer ses ennemis , nous l'entraînâmes insensiblement du côté de l'escalier du château où nous le finies entrer pour le mettre plus à l'abri de leurs fureurs.

Il était aisé de remarquer que la défection dans la garde nationale croissait à mesure que les gendarmes et les fédérés en parcouraient les rangs ; leurs menaces y leurs caresses, diminuaient ainsi, à chaque instant , le nombre des prétendus amis du roi ; beaucoup d'entre eux , séduits ou intimidés , se retirèrent entre 4 et 7 heures du matin , plusieurs même se réunirent aux rebelles sur la place du Carrousel.

On prit alors la résolution d'adresser sur-lechamp une pétition à l'Assemblée , au nom de la garde nationale > pour lui demander le renvoi des fédérés. M. Dupont de Nemours , un des membres de l'Assemblée constituante , se trouvant de garde au château avec son bataillon , se chargea de la rédaction (i). Telle était la terreur que ces hom-

(i) Suivant J'auteur des Détails sur le 10 août , dont nous confrontons le récit avec celui de Weber , ce ne fat pas M. Dupont de INemours, mais M. Dubut de Longchamp, colon de Saint-Domingue et grenadier de la garde nationale. Parlant avec beaucoup de feu , il proposa de se rendre à la barre de l'Assemblée , et là d'insister avec chaleur pour obtenir le renvoi des fédérés. « Leur arri-

mes avaient jetée parmi les Parisiens , par le meurtre de quelques-uns de nos camarades , et par tous les excès auxquels ils s'étaient livrés depuis le premier instant de leur arrivée dans la capitale , que différentes sections se réunirent aussitôt , et la pétition fui dans un moment couverte de signatures. L'Assemblée nationale, en écoutant ce vœu , qui était évidemment celui de la majorité des citoyens, passa froidement à Tordre du jour.

La désertion continuelle de la garde nationale , et les renforts qui arrivaient sans cesse aux rebelles, augmentaient à chaque instant le péril , et avec lui mes inquiétudes sur le sort de la famille royale. Nous étions encore rangés en bataille devant la grande porte des cours , lorsque le bruit se répandit

vcc , disait-il dans cette pétition , a été le signal de désordres et d'attentats multipliés. Que font ici ces étrangers , dont la présence alarme nos familles? Nous demandons que , séance tenante , il soit rendu un décret qui ordonne le départ immédiat de ces artisans de discorde et de trouble. Nous le déclarons hautement: s'il arrivait , contre notre attente, qu'une réclamation si légitime ne fût point écoutée, notre résolution est prise d'obtenir justice par nos propres moyens. Au sortir de la salle, nous marcherons contre ces ennemis de la paix publique. » Cette pétition fut couverte de signatures. Elle venait trop tard. Quinze jours plus tôt , cette mesure , si elle eût été obtenue de l'Assemblée (ce qui est douteux ), eût sauvé la France. Mais ces fédérés , dont on demandait le renvoi , marchaient en force au moment même. Il n'est pas inutile de remarquer que l'auteur des Détails rapporte que c'est M. Peltier qui nomma M. Dupont de Nemours comme auteur de l'adresse, et rpfil nen persiste pas moins à désigner M. Dubut de Longchamp.

( Note des nouv. êdit. )

CHA PITP.fi V. 2 2%

jusqu'à nous qu'une députation du département, et une autre de la municipalité , devaient se réunir pour engager le roi à se rendre seul à l'Assemblée nationale. Je vis dans la séparation de Leurs Majestés un danger plus imminent encore pour la reine. Résolu de voler à sou secours , et de contribuer , aux dépens de mes jours, à l'arracher des mains des assassins , je quittai mon poste pour me rendre dans les appartenions , disant à mes camarades que je m'empresserais de revenir les instruire de la situation de la famille royale. En arrivant au palais je vis la reine tenant monseigneur le dauphin dans ses bras , le pressant contre son cœur , et le baignant de ses larmes : « Weber, me dit-elle en venant à moi » aussitôt qu'elle m'aperçut, que faites-vous ici? ce » n'est pas là votre poste ; vous ne pouvez y rester ; » vous êtes le seul de la garde nationale. — » Madame, je supplie Votre Majesté de vouloir » bien considérer que mon poste est partout où sa )) vie est en danger. — Je reconnais bien là » votre attachement pour nous , me répondit-elle » avec sa bonté ordinaire , mais je ne veux pas )) que vous soyez seul ici ; allez rejoindre vos ca- » marades -, je l'exige. » Je retournai aussitôt vers eux , mais dans le dessein de revenir avec eux le plus promptement possible, au poste que je ve- , nais d'être forcé d'abandonner. « Il est vrai , leur » dis-je , qu'il y a dans les ajppartemens un grand )) nombre de gentilshommes , et tous dévoués jus- )> qu'à la mort , mais mal armés, et vus avec me-

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» contentement par la multitude ; il est à craindre » qu'eux-mêmes ils ne soient assaillis , et que les » dangers de la famille royale n'en deviennent plus » grands. Ne serait-ce pas pour nous une honte, » un crime , que de perdre une telle occasion de » prouver notre fidélité et notre zèle? Que ceux )) ceux qui sont de mon avis me suivent , ajouj) tai-je avec une sorte d'emportement : lorsque » nous serons plusieurs , la reine ne nous renverra » pas ; » huit seulement se présentèrent, et je me hâtai de les conduire à la porte de l'appartement du roi.

La reine m'apercevant de nouveau , fît un geste comme pour me renouveler son dernier ordre : « Madame , lui dis— j e , voici mon excuse , des » hommes qui sentent et pensent comme moi. » Un léger mouvement de tète , un signe d'approbation fut ma récompense.

Ce premier succès m'encouragea à faire une autre tentative auprès de mes autres camarades ; et quelques minutes après j'amenai encore dix grenadiers qui furent accueillis, par tous les gentilshommes assemblés au château, avec les plus vifs témoignages d'empressement et d'estime. Privent les grenadiers des Filles-Saint-Thomas ! s'écriaientils^avec enthousiasme , et en nous serrant la main : Vive cette fidèle garde nationale ! « Camarades , » nous défendrons ensemble nos maîtres , nous les » défendrons jusqu'à notre dernier soupir. » Leurs Majestés , s'approchant de nous , et nous adressant

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