‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 114 sur 151 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

la parole avec autant de grâce que de dignité et d'énergie : « Braves grenadiers, nous disait la reine, » tout ce que vous avez de plus cher, vos enfans, » vos propriétés, tout est lié aujourd'hui à notre » existence ; notre intérêt est le même , j'espère » en vous.

» Oui, grenadiers, nous ajoutait le roi; courage, » ayons-en tous dans un danger qui est égal pour » tous. )> Et d'un ton plus ferme encore : « Courage , » grenadiers, courage; je compte sur votre fidé- » lité. » A cet instant, et tous ensemble, nous nous précipitâmes vers M. d'Hervilly, et prêtâmes le serment de périr à cette même porte, avant qu'un seul des rebelles y pût pénétrer.

Il était alors sept heures et demie du matin, et d'une minute à l'autre l'attaque était attendue. On annonce une députation du directoire du département.

Elle vient peindre au roi ses dangers , et le presser de se rendre dans l'enceinte de l'Assemblée avec la reine , ses enfans , et madame Elisabeth. Le procureur-syndic Rœderer porte la parole : il déclare que le département , malgré les mesures qu'il a prises , ne peut plus répondre de la multitude; que le péril est à son comble, qu'enfin il ne reste à la famille royale aucun autre moyen de salut. Ce discours, deux fois interrompu par l'opposition fortement prononcée d'un des ministres présens , mais repris avec plus de véhémence encore par Rœderer, l'emporte à la fin , et détermine h. i5

le départ du roi et de sa famille vers la salle de l'Assemblée. Ce prince , moins occupé en cet instant du soin de sa sûreté personnelle , qu'animé du désir, toujours si puissant sur son coeur, de prévenir l'effusion du sang , crut évidemment , par sa retraite , enlever aux factieux tout prétexte de poursuivre le cours de leurs attentats.

Les commissaires , s'apercevant que toutes les personnes qui , par devoir ou par zèle , s'étaient réunies dans les appartemens de Leurs Majestés, résolues de les défendre ou de périr avec elles , se disposaient à les accompagne]* , firent tous leurs efforts pour s'y opposer. — Grenadiers , vous allez faire tuer le roi , criait liœdercr; et s'adressanl tantôt au roi, tantôt à la reine , il leur représentait avec chaleur qu'un tel cortège 9 irritant encore plus lajureur du peuple , ne pouvait qu'ajouter à leurs dangers. Leurs Majestés ne songèrent qu'à celui auquel se dévouaient leurs serviteurs fidèles ; et ne prévoyant point le péril plus grand encore auquel ils allaient rester exposés , nous priaient tous avec instance de ne pas les suivre.

Nous étions restés jusque-là, mes dix-huit camarades et moi , à ce même poste où nous avions juré , entre les mains de M. d'Hervilly , de mourir pour nos maîtres. Nous crames donc que les circonstances nous faisaient un devoir indispensable de désobéir pour cette fois aux ordres du roi , et les cris véhémens du procureur-syndic n'eurent pas l'effet que s'en promettait sa perfidie. La famille

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