‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 115 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

royale eut à peine ouvert sa marche, que nous nous attachâmes à ses pas. Réunis, en descendant l'escalier , à un grand nombre de nos camarades , nous escortâmes sur la droite Leurs Majestés jusqu'à la porte de l'Assemblée. Cent grenadiers suisses prirent la gauche ; pour moi , me trouvant au milieu de mes camarades, je réussis à me placer le plus près possible de madame Elisabeth. Arrivés dans le jardin des Tuileries , nous le traversions à pas lents. L'excès de mon trouble, la pâleur de mon visage frappèrent la reine ; elle me fixa attentivement , et se penchant vers sa sœur pour lui parler à l'oreille , elle lui transmit pour moi ces paroles qui me font encore tressaillir : « Weber , la reine » vous fait dire de vous posséder. » Derniers garans de cette même bonté dont elle m'honora depuis les jours de mon enfance , dernier regard qu'elle ait jeté sur moi, vous serez à jamais présens à ma pensée ; ,dans tous les instans de ma vie vous vous retracerez à ma reconnaissance et à ma douleur ! S'apercevant ensuite qu'une nouvelle larme décelait , malgré moi , l'anxiété et la profonde douleur auxquelles j'étais en proie , et que je cherchais à lui cacher, madame Elisabeth eut l'extrême bonté d'ajouter, en me saisissant le bras : Calmezvous y JVeber — , soyez raisonnable]

La terrasse des Feuillans était, depuis trois heures du matin , couverte de la populace armée des faubourgs et de la troupe choisie des scélérats les plus déterminés. Elle refusa au roi le passage , et

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ce ne fut qu'après un quart d'heure des plus grossières injures et des menaces les plus atroces , qu'il lui fut enfin ouvert par les efforts du procureursyndic et des membres du département. Pendant que le roi franchissait l'escalier , les imprécations redoublèrent , des cris de mort se firent entendre : l'effroi était dans toutes les âmes. L'Assemblée , à la réquisition d'un officier municipal , se décida enfin à envoyer une députation pour recevoir la famille royale à l'entrée du lieu de ses séances. Il fut décidé que son escorte resterait au dehors. L'espèce de corridor qui conduisait à l'enceinte était aussi étroit qu'obscur , embarrassé. Une multitude épouvantée , ou complice des massacres qui déjà s'étaient commis et se commettaient dans le passage des Feuillaus , traversait au même instant cette ténébreuse avenue, LL. MM. furent obligées de s'y arrêter long -temps. Un grenadier de la garde nationale , craignant le danger d'une telle foule pour monseigneur le dauphin , le prit dans ses bras , et, l'élevant au-dessus des têtes, le porta ainsi jusque dans la salle de l'Assemblée : en revenant à nous : « Je viens , dit-il avec enthousiasme , » de porter le fils de mes maîtres , l'univers entier » dans mes bras ; vive monseigneur le dauphin ! » Ce peu de mots fit couler les larmes de tous les yeux.

La famille royale entra dans le même temps dans la salle , annoncée par un des officiers municipaux y accompagnée par les ministres , précédée

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