‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 116 sur 151 · CHAPITRE Y. 22g · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y. 22g

par les membres du département , et reçue par la députation nommée pour aller au-devant d'elle jusqu'à la porte. Les ministres la conduisirent aux sièges qu'ils occupaient dans l'Assemblée. La reine , madame Elisabeth et le reste de la famille royale s'y assirent. Le roi monta au fauteuil placé pour lui à la gauche du président. « Messieurs , dit-il » à haute voix ? ( en fixant les tribunes et l'Assem- » blée, ) je suis venu ici pour épargner un grand » crime à la France ; j'ai cru ne pouvoir être plus )) en sûreté avec ma famille qu'au milieu des re- » présentans de la nation , et je me propose d'y > passer la journée. »

. La famille royale , madame la princesse de Lamballe y madame de Tourzel , gouvernante des enfans de France , les ministres et quelques personnes de la suite du roi , furent alors relégués ,ou, pour mieux dire , enfermés dans la loge du logographe située derrière le fauteuil du président.

Le reste du cortège , dans le jardin des Tuileries y au bas de l'escalier de la terrasse des Feuillans , attendait le résultat de cette affreuse séance. Le roi avait obtenu à peine la permission de continuer sa marche que les menaces se dirigèrent contre nous. Nous nous attendions à tout moment à être obligés d'en venir aux mains avec ces êtres furieux. Tout-à-coup nous voyons s'élever sur la terrasse , du côté du manège , un énorme tourbillon de poussière , et une foule prodigieuse de peuple accourir au milieu de l'armée des piques , pous-

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sant des cris ou plutôt des hurlemens de joie. Cette foule s'avança jusqu'à la porte de l'Assemblée , et s'arrêta devant nous pour nous montrer les têtes de deux de nos camarades ( i ) ( Suleau et Vigier ) , portées sur des piques , et pour nous menacer du même sort. Ce spectacle d'horreur nous inspira moins d'effroi que de rage ; et nous nous serions tous précipités sur eux , si nous n'eussions craint d'exposer encore plus les précieux otages que retenait l'Assemblée. Dans le même temps, un des Suisses de la garde du château vint ajouter à notre fureur et à notre consternation; les Marseillais, nous criaitil avec l'accent du désespoir , informés que les trois quarts du renfort de la garde nationale se sont retirés et rangés du parti des factieux , ont sur-le-champ forcé la porte de la grande cour , et y ont déjà tué plusieurs personnes. Un bruit affreux , qui retentissait jusqu'à nous , le feu roulant de la mousqueterie , et, peu de momens après, les coups de canon ; tout nous prouva qu'en effet le palais de nos maîtres avait été attaqué , qu'on y était aux prises avec les rebelles , et que tout y était à feu et à sang. A l'instant la populace, qui était vis-à-vis de nous sur la terrasse , met en pie—

(i) Nous eûmes beaucoup de peine à retenir un de nos camarades , devenu furieux à l'aspect de la tête du brave Suleau : il criait sans discontinuer, en sanglottant et se débattant dans sa rage : Ne m'abandonnez pas; tuons ces assassins; vengeons nos camarades. W.

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