CHAPITRE V
de la régie , en face de l'hôtel Choiseul, ue vinssent à nie reconnaître pour un grenadier des Filles-Saint- Thomas , et ne se saisissent de moi , comme ayant été de service au château:
Arrivé chez moi , je me travestis de mon mieux, et après avoir sollicité en vain un asile pour moi et mon fidèle domestique chez plusieurs personnes de ma connaissance , je fus enfin assez heureux pour obtenir de M. Arcambal , premier secrétaire du département de la guerre , de pouvoir passer la nuit dans sa maison.
J'appris le lendemain qu'on avait publié et affiché la cassation et la proscription du bataillon des Filles-Saint-Thomas. Ne sachant plus où me retirer, désespérant , d'après l'épreuve que j'en avais faite la veille , de trouver quelqu'un d'assez courageux pour m'accorder l'hospitalité , je me déterminai à me rendre à l'hôtel de mylord Gower , alors ambassadeur du roi d'Angleterre à la cour de France, qui est aujourd'hui revêtu du titre de marquis de StafFord , pour lui peindre toute l'horreur de ma situation , et pour me hasarder de lui demander un asile jusqu'au moment de son départ que je prévoyais n'être pas bien éloigné. Je fis encore cette démarche dans l'espérance qu'il pourrait me faire passer dans son pays comme une des personnes de sa suite.
M. l'ambassadeur étant malade , je ne pus pas avoir l'honneur de lui être présenté ; mais madame l'ambassadrice me fit l'accueil le plus flatteur.
^36 MÉMOIRES DE WEUER .
Guidée par sa générosité naturelle , elle eut la bonté de m 'offrir tout l'argent qui pouvait m'être nécessaire dans les circonstances où je me trouvais. Je m'empressai de lui en témoigner ma vive et respectueuse reconnaissance ; je l'assurai que je n'étais pas dans le .besoin , ayant encore plus de cent louis en or sur moi. Ces premiers témoignages d'intérêt m'inspirèrent un surcroît de confiance : sur-le-champ j'osai la prier de m'accorder un asile momentané dans son hôtel , de me comprendre , s'il était possihje y dans le nombre des personnes qui auraient le bonheur de sortir de France avec elle.
Madame l'ambassadrice m'exprima avec beaucoup de bonté les regrets de ne pouvoir m'accorder la grâce que je sollicitais. Elle me dit qu'il y avait chez elle , comme chez tous les ambassadeurs , deux ou trois espèces de jacobins dont il ne lui était pas possible de se défaire ; que je risquerais de m'y taire prendre y ce qui lui ferait infiniment plus de peine que de voir piller son hôtel par la populace. À toutes ces marques de bonté y elle voulut bien ajouter celle d'envoyer chercher le secrétaire d'ambassade ( i ) , afin de se concerter avec lui sur ce que je devais faire dans un moment aussi critique. Après qu'ils eurent raisonné ensemble sur ma situation , madame l'ambassadrice me con-
(1) M. Huskisson , depuis premier secrétaire de la Trésorerie rous M. Pilt, et aujourd'hui membre du parlement. W.