‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 120 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

seilla de me rendre chez un Allemand (i) , maître de.la manufacture deporcelaine d'Angoulême , rue du Temple, et de m'y présenter de sa part. Elle voulut bien m'assurer de plus qu'elle ne doutait pas que le dévouement connu de cet homme pour la famille royale , ne l'engageât à contribuer de tout son pouvoir à ma sûreté personnelle.

Je n'eus rien de plus pressé que de prendre congé de madame l'ambassadrice pour me rendre chez la personne qu'elle venait de m'indiquer. En passant près de l'hôtel de M. de Mory , fils du caissier de la compagnie des Indes , j'y entrai pour lui faire part de mon projet. 11 fut sensible à la confiance que je venais de lui témoigner , et après m'avoir donné des conseils sur ce qu'il croyait que j'avais de mieux à faire , il m'apprit que la famille royale devait être enfermée au Temple ; puis ayant réfléchi que la garde nationale aurait alors un corps-de-garde en face de la manufacture de porcelaine y qu'elle me reconnaîtrait infailliblement à la longue ; que d'ailleurs un ouvrier suffirait pour me dénoncer , il m'offrit aussitôt un asile dans sa maison , et me pria , au nom de l'amitié qui nous liait , de ne pas le refuser.

J'acceptai les offres de M. de Mory, avec d'autant plus d'empressement que je croyais par là mettre ma vie à l'abri de tout danger , sans crainte de le compromettre. Je savais qu'il avait la confiance de

(i)M.Dhill. W.

sa section ( i ) ; il faisait d'ailleurs beaucoup de bien aux pauvres ; il était sincèrement aimé ; j'étais donc bien sûr qu'il ne pouvait rien lui arriver de fâcheux.

En me rendant à l'invitation obligeante de cet homme généreux, j'avais le projet d'attendre chez lui l'ouverture des barrières , et de tâcher d'obtenir , par son moyen , un passe-port de l'Hôtel-de- Ville pour sortir du royaume et me réfugier à Londres le plus tôt possible.

Je passai cinq jours chez mon nouvel hôte dans la plus parfaite sécurité. La pureté des principes de M. de Mory et sa probité m'étaient trop bien connues , pour avoir le moindre doute sur l'honnêteté de ses procédés à mon égard. Mon domestique était, d'ailleurs, la seule personne qui connût le lieu de ma retraite. Je n'avais pas balancé à lui confier ce secret important , d'après la longue expérience que j'avais de sa fidélité et de son attachement; il n'eût en effet jamais été capable de me trahir , si les démagogues n'eussent eu recours aux moyens les plus efïïayans pour le forcer à leur indiquer ma nouvelle demeure.

Je lui avais ordonné d'aller s'informer tous les jours , de ma part , auprès de certaines personnes du service de la reine , de ce qui se passait dans la

(i) De la Croix-Rouge. Ce fut dans cette section que le comte de Clermont-Tonnerre fut massacré par son cuisinier qu'il avait congédié quelques jours auparavant. W.

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