‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 121 sur 151 · CHAPITRE V. 2$Ç · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 2$Ç

ville , à l'Assemblée et surtout* au Temple , et de venir m'en rendre compte tous les soirs. Mais s'étant aperçu, dès le premier jour, qu'on observait ses démarches , et que des mouchards le suivaient partout, il crut devoir employer la ruse pour se rendre auprès de moi sans se compromettre. Il se servit à cet effet du moyen le plus capable de donner le change aux malveillans ; lorsqu'il sortait de mon appartement dont il était resté gardien, il se rendait d'abord dans un quartier éloigné ; là il prenait un fiacre qui le conduisait à une certaine distance , et il faisait ensuite à pied le reste du chemin pour arriver jusqu'à moi. Je lui avais recommandé dès le premier jour de dire à tous ceux qui pourraient demander de mes nouvelles, que j'étais à une campagne dont il ignorait le nom.

Cette conduite , que la prudence commandait dans un moment où je savais que tous ceux de mon bataillon (1) , échappés le 10 août, étaient ou arrêtés ou en fuite , nous réussit jusqu'au 18; mais à cette époque les jacobins, furieux de ne pouvoir découvrir ma retraite , résolurent de se saisir de mon domestique.

Après avoir épuisé en vain tous les genres de séduction , ils usèrent de rigueur. Accablé de mauvais traitemens , menacé même de la guillotine s'il n'indiquait le lieu de ma retraite, il se vit dans la cruelle nécessité de le découvrir.

( 1 ) ïassin , commandant de bataillon ; Wermaring , capitaine ; Guischer, lieutenant ; Heck , sergent. W.

24o MÉMOIRES DE WEBER .

Sur-le-champ , six hommes armes de piques furent envoyés par ma section pour s'assurer de ma personne. Mais les hommes à piques étaient dans un tel embarras , ils étaient saisis d'une si grande frayeur lorsqu'il s'agissait d'arrêter un grenadier de mon bataillon , que les six en question crurent qu'il était prudent de demander un renfort de six de leurs camarades de la section où je m'étais réfugié.

Ils arrivèrent donc au nombre de douze chez M. de Mory , mon respectable hôte , comme nous allions nous mettre à table , au moment où nous étions loin de nous attendre à une pareille visite. Ils s'emparèrent de moi , et sans me laisser, pour ainsi dire , le temps de prendre congé de M. de Mory que cet événement avait jeté dans la plus grande consternation , ils me conduisirent d'abord au bureau de la section de la Croix-Rouge pour faire insérer dans le protocole du jour le procèsverbal du secours que cette section avait prêté à la mienne pour mon arrestation , et lui promettre aide en pareille circonstance.

Cette cérémonie d'usage finie , on me fit monter en voiture ; le renfort se retira , et les six hommes de ma section , seulement y m'escortèrent ensuite jusqu'à mon corps-de-garde , rue Favart , où l'on me retint quelque temps , et d'où j'arrivai enfin au couvent des Filles-St. -Thomas , rue Vi vienne , pour y subir un premier interrogatoire.

En passant rue de Richelieu devant la boutique

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