‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 123 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

en ajoutant que je l'avais fait uniquement pouf ma défense personnelle.

Il continua : « La reine a-t-elle pris beaucoup » d'intérêt à votre situation ? Où vous êtes-vous » retiré ensuite avec les autres grenadiers ? >i

Je répondis : tt Ni le roi ni la reine n'ont eu- » tendu parler de nous ; j'ignore ce que mes ca- )) marades blessés sont devenus ce jour-là ; pour » mon compte je suis resté chez un officier de ser- » vice jusqu'à la nuit. »

« Vous êtes très-attaché , me dit-il , au roi et » à la reine. — Ils sont mes bienfaiteurs , je me » fais gloire de leur être dévoué à la vie et à la » mort. »

Plusieurs personnes , remarquant avec quelle animosité le président faisait insérer dans le procèsverbal ( 1 ) la dernière déclaration que je venais de faire , et croyant y apercevoir mon arrêt de mort , s'écrièrent : « Moii Dieu î qu'il est maladroit ! » Mon Dieu ! que cet aveu est déplacé ! le voilà » perdu î »

Enfin , après m' avoir tenu ? tantôt à la barre , et tantôt enfermé dans une chapelle grillée , depuis quatre jusqu'à neuf heures du soir , et m' avoir fait signer le procès-verbal de l'interrogatoire que je venais de subir y il me renvoya au corps-de-garde pour y passer la nuit , sans s'embarrasser ni des

(1) Ce procès-verbal du 18 août doit être sur le registre ou dans les archives de la section de 1792. W.

murmures ni des cris d'improbation qui partaient , de toutes parts , contre les sentimens de prévention et de haine qui perçaient dans sa conduite à mon égard.

Le lendemain, à dix heures du matin, on me conduisit en voiture, sous la même escorte, à l'Hôtelde- Ville : là , un commissaire de ma section , après avoir vérifié l'interrogatoire que j'avais subi la veille, lut à haute voix les quatre crimes de lèse-nation dont j'étais accusé :

te i° D'être Autrichien ; 20 d'être frère de lait » de la reine ; 3° d'avoir été du nombre des gre- » nadiers des Filles-St. -Thomas qui avaient tiré » le sabre contre les fédérés ; 4° d'avoir escorté la » famille royale , malgré l'ordre de M. Rœderer, » jusqu'à la porte de l'Assemblée nationale , le 10 » août à neuf heures du matin. »

Ce même commissaire y ajouta une nouvelle déposition , signée de mon propriétaire et de mon portier ; elle était conçue en ces termes :

« Nous félicitons la section et le comité de surn veillance d'avoir pu se saisir d'un aristocrate » aussi dangereux que le citoyen Weber ; nous » prévenons et nous certifions qu'il n'y a pas un » homme plus habile dans le maniement des armes » à feu ,* que de plus il a appris à tous les aristo- » crates ses amis à tirer au pistolet ; et qu'enfin » il a fait venir de son pays et leur a distribué une » quantité de ces armes. »

Sur cette nouvelle déposition je demandai la pa-

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