‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 124 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rôle pour me justifier , mais je fus interrompu par les huées de toutes les tribunes , où la populace se reléguait jour et nuit , depuis le 10 août , pour forger des dénonciations et y applaudir. Un canonnier du faubourg St. -Antoine , ayant demandé la parole un instant après , me dénonça de la manière suivante : « Je connais beaucoup ce citoyen ; je » l'ai vu entouré d'officiers suisses et de tous ceux » de l'état-major de la garde nationale qui firent » les insolens lorsque les aristocrates doublèrent w la garde du château. Je l'ai entendu haranguer » ce jour-là, et promettre formellement, le 9 août, » de faire tomber dans une demi-heure les têtes » de Pétion et de Manuel, »

Ce canonnier, qui ne m'avait jamais ni vu ni entendu , peu content de me charger de ces calomnies , prit à témoin de la vérité de sa dénonciation un vieillard en uniforme national assis à côté de lui ; celui-ci attesta les faits sans jamais m'avoir vu , sans même se donner la peine de chercher des yeux celui à qui on les imputait.

Pétion et Manuel , du haut de leur trône , sourirent avec complaisance au canonnier , et après avoir donné à l'élan de son patriotisme les éloges qu'il méritait, et l'avoir remercié surtout des moyens qu'il leur fournissait d'immoler une victime de plus, ils lui expédièrent l'ordre de me conduire , accompagné de quatre gendarmes , au comité de surveillance , et de là à l'hôtel de la Force.

La joie de la populace , lorsqu'elle me vit pour

'.l/fo MÉMOIRES DE WEBER .

ainsi dire à sa disposition , devint générale , et cette canaille n'aurait pas sitôt mis fin à ses menaces et à ses injures , si Manuel n'avait demandé la parole, pour l'amuser d'une manière mille fois plus déchirante pour moi , puisque la famille royale était l'objet de ses grossières plaisanteries.

Ce scélérat, pour égayer son ami Pétion, ainsi que le reste de l'assemblée , s'égaya particulièrement sur le compte de la reine de la manière la plus indécente. Voici comme il s'exprima :

« Il faut convenir qu'il n'y a rien de si embar- » rassant dans le monde qu'une famille royale et » son attirail. Il est temps enfin de balayer ce cor- » tége , d'arracher à la reine toutes ces femmes qui » l'entourent , et de les mettre en lieu de sûreté , » pour les empêcher de nous nuire à l'avenir. »

Ces paroles excitèrent une approbation générale. Sur-le-champ les cris « à l'Abbaye , à la Force les » femmes de la reine (i) » retentirent de tous côtés. 11 continua : « J'ai vu hier la femme du roi ; » ce n'était plus cette femme altièrc que rien ne » pouvait fléchir ; je l'ai réellement vue pleurer; je » lui ai beaucoup parlé et à son fils aussi : je puis » dire que le petit m'a fort intéressé. J'ai dit entre » autres choses à la femme du roi , que je voulais » lui donner pour son service des femmes de ma

(1) Madame de Lamballe , surintendante de la maison de la veine ; madame la marquise de Tourzel , gouvernante des enfans de France. W.

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