‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 125 sur 151 · CHAPITRE V. 1 /j · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 1 /j

» connaissance : elle m'a répondu qu'elle n'en avait » pas besoin ; qu'elle et sa sœur sauraient se ser- » vir réciproquement ; à cela j'ai répondu à la » femme du roi : Fort bien , Madame , puisque » vous ne voulez pas accepter de ma main des fem- » mes pour votre service , vous n'avez qu'à vous » servir vous-même , vous ne serez pas embar- » rassée sur le choix. »

En débitant de pareilles indécences contre la fille de Marie-Thérèse , Manuel fut souvent interrompu par les applaudissemens de Pétion et de tout son auditoire.

Sur ces entrefaites , le canonnier qui n'avait pas perdu de vue ses projets contre moi , arriva, accompagné de deux commissaires , pour me remettre entre les mains de quatre gendarmes , avec ordre de me conduire au comité de surveillance.

Une troupe de poissardes, accompagnées d'autres assassins soldés par la faction , s'empressa de me suivre , et dit à haute voix à ceux qui tachaient de les retenir : a Nous ne sortons que pour un ins- » tant , ce n'est que pour faire voir du pays au » frère de lait de la reine qui a voulu faire sauter » la tête de M. Manuel et de M. le maire. »

D'après ces propos dont je ne dissimule pas que je fus très-épouvante , je m'attendais à être assassiné, comme l'avaient été MM. Foulon et de Launay, sur les marches de l'escalier par lequel je devais passer pour me rendre au comité.

Le ciel , qui voulait me conserver , m'inspira

dans le moment l'idée de m'adresser à l'officier ( i ) du corps-de-garde qui avoisinait le fatal escalier. Cet officier m'écouta avec intérêt , et ayant appris de moi le sort dont j'étais menacé , il me retint quelques instans > pendant que la populace allait voir l'installation de Santerre que la faction venait de faire nommer commandant général de la garde nationale de Paris , place à laquelle il visait depuis long-temps.

Effectivement les assassins se dispersèrent pour assistera cette cérémonie. L'officier saisit cet instant pour me faire conduire au comité de surveillance dans une voiture de place , qui me déroba à tous les regards .

C'est ainsi que j'échappai à ces assassins , dont un des plus déterminés avait , m'a-t-on dit, préparé son sabre pour porter le premier coup : les autres n'auraient pas manqué alors de se jeter sur moi ; ils m'auraient déchiré , et auraient fini , comme de coutume , par porter en triomphe ma tête au bout d'une pique.

Arrivé au comité de surveillance , le canonnier fît de nouveau sa déposition y après quoi on renvoya les gendarmes , et je fus enfermé dans une chambre où. il me fallut rester depuis midi jusqu'à sept heures du soir. Ce fut alors que deux commis-

(1) C'était un chevalier de Saint-Louis , dont malheureusement je n'ai pu savoir le nom.

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